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Remettre en honneur cette notion essentielle, salutaire et sublime du devoir est, à vrai dire, la condition indispensable de toute résistance efficace aux doctrines de division et de haine qui cherchent, dans nos sociétés actuelles, à s'emparer des masses populaires et contre lesquelles il ne faut pas se lasser de lulter avec la dernière énergie, Mais cette énergie elle-même doit être éclairée et elle ne saurait, sans danger, tomber dans l'outrance si justement reprochée aux doctrines antisociales. Si l'on doil s'opposer à toute répudiation de nos traditions nationales, à toute rupture violente, à toute cassure entre le présent et le passé, s'il convient de condamner les fureurs révolutionnaire d'autrefois comme les systèmes modernes de bouleversement social, il faut aussi savoir accepter les faits accomplis, les transformations nécessaires et les réformes salutaires qui, à travers beaucoup de sophismes, d'illusions' dangereuses, d'erreurs et de crimes, ont été réalisés par la Révolution de 1789.
C'est ce que semble un peu trop oublier un»' fraction, assez peu nombreuse sans doute, mais fort bruyante, des défenseurs de l'ordre social contre le socialisme et l'anarchisme contempo-
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iNiins. A Ie< en croire, tous les maux <lonl nous souffrons, lous ceux qui nous menacent encore seraienl autant de conséquences plus ou moins directes de la Révolution. C'est à elle que devrait être imputée la désorganisation sociale de la France et d'une partie de l'Europe; toute son œuvre serait mauvaise, toute son œuvre devrait être détruite.
Notons tout de suite, et avant d'aller plus loin, que c'est aussi, dans un esprit différent el dans un autre but, la conclusion des socialistes qui reprochent à la Révolution de 1789 d'avoir constitué la société capitaliste et bourgeoise ; et l'on doit reconnaître, d'ailleurs, qu'à leur point de vue, l'accusation est fondée.
En est-il de même de la part des prétendus sociologues qui voudraient condamner toute l'œuvre de la Révolution au nom des principes de l'école positiviste? C'est ce qu'il nous reste à examiner brièvement.
Dans la thèse que nous discutons en ce moment, on reproche à l'esprit, aux principes et aux doctrines de la Révolution d'être en contradiction avec les données mêmes de la science positive déduites de l'étude des faits. Celle-ci nous enseigne, en effet, que le développemenl de la vie dans tous les êtres, — chez les êtres humains comme chez les autres, — a pour base la continuité, la sélection, la race. Or, quoi de plus contraire à ces lois de la vie que
rie procéder comme le voulait Rousseau el comme le fit la Révolution, de donner pour origine unique à tous les pouvoirs la volonté changeante de majorités irresponsables, ou de proclamer tous les hommes égaux, ou encore de prétendre légiférer non pour une race humaine déterminée, mais pour l'humanité tout entière?
11 n'est guère contestable qu'à ces divers points de vue la Révolution, ou, pour parler plus exactement, les hommes de la Révolution et les assemblées révolutionnaires furent les dupes de dangereuses utopies et commirent de lamentables erreurs. Il n'est guère douteux non plus que, d'un bout à l'autre, son œuvre réformatrice fut compromise et viciée par l'esprit révolutionnaire, c'est-à-dire par cet esprit de violence, par cette force brutale et désordonnée qui ne connaît d'autre loi que sa volonté propre et dont la populace parisienne et les hommes à pique furent l'incarnation la plus complète et la plus révoltante.
Quand on étudie de près cette époque terrible, non plus dans les grands plaidoyers politiques que Ton a trop souvent décorés du titre d'histoire de la Révolution, mais dans les œuvres de patiente érudition qui, pièces eu mains, la font aujourd'hui revivre à nos yeux dans le détail de sa vie quotidienne, on ne peut sans doute se défendre d'une impression profonde
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Je mépris el de dégoût; on ressenl un âpre désir de voir mettre lin à cette orgie sanglante, une profonde surprise que la majorité de la France l'ait si longtemps subie. C'est le sentiment qui se dégage des volumes que M.Taine a consacrés aux Origines de la France comtemporaine et plus spécialement de ceux où il I raite de la Révolution.
Il est vrai que, lorsqu'on a eu soin de faire précéder la lecture de ces volumes de celle de l'introduction historique qui occupe le tome premier et dans laquelle l'auteur trace un tableau si exact et si vivant de la société française vers la fin du xviu0 siècle, on a éprouvé, à l'inverse, et non moins vivement, un autre sentimenl : la conviction intime que la rénovation • l'une telle société s'imposait et l'étonnement qu'elle ait pu tarder si longtemps. Cette première impression ne doit pas être effacée par l'autre; l'horreur des hontes et des crimes révolutionnaires ne doit pas faire passer condamnation sur les vices trop réels ei trop profonds de l'ancien régime.
La réforme de ces abus était l'objet essentiel, elle a été le résultat final de la Révolution. Si les dogmes révolutionnaires sont faux, si l'esprit révolutionnaire est funeste, l'œuvre propre de la Révolution, l'œuvre de 1789 et de la Constituante, celle qui a survécu à la Terreur comme au Directoire, a été, en somme, plus
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favorable que contraire aux intérêts vitaux il permanents de la France.
Assurément, cette œuvre n'est pas à l'abri de toute critique. Talleyrand disait de la Révolution qu'elle avait « désossé la France », mot juste autant qu'expressif. On lui a reproché avec raison la rupture brusque et violente de tous les cadres sociaux de la vieille France, la répudiation systématique de tout son passé. l'abolition des anciennes provinces, le morcellement excessif du territoire, la suppression de la noblesse, l'interdiction des associations, l'affaiblissement du pouvoir exécutif et l'abus du système électif; non moins justement on a signalé la faute énorme qu'elle commit en mêlant une réforme religieuse aux réformes politiques et en prétendant légiférer en matière de foi.
Mais, ces réserves faites, il faut reconnaître que, dans ses autres parties, et dans ses parties essentielles, l'œuvre de la Constituante a été une œuvre de progrès et de liberté. Elle a créé une société nouvelle qui, prise dans son en semble, est, en somme, au point de vue politique, économique <il social, supérieure à l'ancienne. Elle a donné la formule de la liberté. i'lle a réalisé l'égalité civile. Au régime du bon plaisir elle a substitué le règne de la loi. Si elle a eu le ridicule de célébrer comme une victoire héroïque la prise de la Bastille, elle a eu, «mi
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revanche, le mérite réel do consacrer définitivement L'abolition des lettres de cachet. Elle a proclamé la liberté individuelle, la liberté religieuse, la libellé delà presse, l'inviolabilité de la propriété privée, et, bien qu'elle n'ait pas su en assurer lajouissance effective aux contemporains, elle n'en a pas moins fait la base désormais indestructible de notre droit public. L'introduction du régime représentatif est son œuvre. C'est d'elle que datent la disparition de la lavât ion arbitraire, le vole annuel de l'impôt el celui des dépenses de l'Etat par les élus de la nation, le contrôle sérieux de la gestion des deniers publics par ces mêmes élus ou par leurs délégués, l'égalité de Ions les citoyens pour le paiement des taxes publiques don! le caractère proportionnel est nettement affirmé, l'institution d'une justice égale pour tous et l'abolition des pénalités ou des procédures barbares que les anciens Parlements avaient eu le tort de maintenir.
A tous ces points de vue, l'œuvre de la Révolution, l'œuvre de la Constituante était et reste bonne. C'est d'elle el sur elle que nous avons vécu depuis un Merle, que nous vivons encore et, à notre suite, presque tous les peuples du continent européen se la sont appropriée. Après tout, c'est la Constituante qui a le mieux précisé el formulé l'essentiel des libertés nécessaires, el les victimes de toutes
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les oppressions, même contemporaines, trouvent encore dans ses principes le fondement de leurs revendications légitimes.
En condamnant la Révolution en bloc, en affichant la prétention d'en abolir l'œuvre tout entière, on commet donc une injustice. On commet aussi une faute de tactique capable de compromettre les meilleures causes, car on poursuit l'impossible. On peut penser ce que l'on voudra de la Révolution de 1789 : on peu! historiquement discuter sur elle à perte de vue; on peut regretter qu'elle ne se soit pas accomplie sous une autre forme, qu'elle ne se soit pas arrêtée à telle date, qu'elle n'ait pas évité tel ou tel écueil; mais on ne saurait empêcher qu'elle soit un fait accompli. Et ce fait a lai>-' une trace ineffaçable dans le corps môme de la nation; comme tout autre événement de notre histoire, il a exercé, il exerce encore sur le développement de nos destinées une influence qu'il n'est au pouvoir de personne d'annuler. Le corps humain ressent, Ic-ule sa Nie, les effets des crises qu'il a traversées el sa constitution en demeure à jamais modifiée; il n'en est pas autrement des peuples. Tel homme voudrait bien courir et sauter comme s'il n'avait pas eu autrefois la jambe brisée, lire comme si ses yeux étaient intacts; mais il ne saurai: faire que sa jambe n'ail pas été fracturée, que ses yeux n'aient pas été lésés, el il lui faut bien
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accommoder sa vie à smi étal présent, consé quence do son passé. A vouloir agir différemment, il se tuerait. 11 en est de même de la France du vingtième siècle: rien ne peut empêcher qu'elle ne soit fille de la Révolution de 1789 et qu'elle ne suive la voie tracée par sa mère.
L'idée de détruire l'œuvre de celle révolution, et toute son œuvre, c'est-à-dire de faire une contre-révolution doit donc être reléguée dans le domaine des chimères. Un tel désir, un tel projet pouvaient, à la rigueur, se concevoir au lendemain de la Terreur, quand les viclimes ou les enfants des victimes se trouvaient en face de leurs bourreaux encore tout souillés de sang. Ils se comprenaient encore au début de la Reslauration, de la part d'émigrés rapportant en France les amertumes, les tristesses et les ressentiments accumulés pendant vingt années d'exil, retrouvant leurs domaines usurpés, leurs châteaux démolis, leurs foyers anéantis. Aujourd'hui, une telle pensée serait le plus déplorable des contresens et des anachronismes; personne n'y croirait, personne n'oserait la réaliser, pas même ceux qui en parlent aujourd'hui. Mais il est fâcheux qu'ils en parlent, car ils éveillent ainsi contre eux des préventions justifiées et ils détournent l'attention d'œuvres plus utiles, plus pratiques, plus urgentes.
Ce n'est pas, en effet, à saper les bases de la société moderne que doit s'employer l'activité des générations contemporaine-. C'est, tout au contraire, à les raffermir et à les défendre : tâche nécessaire, mais tâche ardue, complexe et de longue haleine, qui exige beaucoup de dévouement, de soins minutieux, de suile dans les idées, de méthode et de persévérance. En face de la démoralisation croissante, en face de la marée montante des idées antisociales, une propagande énergique, incessante est indispensable et, à défaut de l'autorité publique, le devoir en incombe à tous les bons citoyens, à tous ceux qui ont au cœur l'amour de notre France.
Cette propagande, pour être efficace, ne saurait, d'ailleurs, être-limitée ni quant àson objet, ni quant à sa durée. Il ne s'agit pas de concentrer ses efforts contre un des fléaux nationaux que l'on vient de passer en revue. Tous menacent à la fois la patrie; tous doivent être combattus avec une égale énergie. On se tromperait étrangement si l'on estimait suffisant de défendre les intérêts matériels et Tordre social : il n'est pas moins urgent de relever les consciences el de travailler à raffermir dans l'âme
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des multitudes les convictions qui font la force et la dignité de l'homme. A une attaque générale doii répondre une défense d'ensemble et sur toute la ligne.
.Mais la condition la plus essentielle du succès esl l'organisation méthodique de l'effort et surtout sa permanence. C'est, il faut le dire, ce qui, jusqu'à présent, a le plus manqué en France. Sur le terrain politique et social comme sur le terrain militaire, nous avons toujours eu trop de goût pour les improvisations et les coups de main; et, dans un cas comme dans l'autre, cela nous a souvent coûté fort cher. S'agit-il de quelque entreprise courte et hardie, de quelque chose ressemblant à une razzia ou mieux à une croisade, notre far la francese s'y prête volontiers. Le combat intermittent et en ordre dispersé est celui qui paraît avoir nos préférences. Malheureusement, ce n'est ni par des coups de main, ni par des coups de tête que se font les conquêtes durables, — surtout dans le domaine politique et social.
A un mal permanent il faut nécessairement opposer une médication continue. Pour lutter contre des ennemis fortement organisés on doit se donner une organisation non moins solide. C'est ce qui nous a manqué trop souvenl en France où l'habitude séculaire d'être dirigés et protégés en tout par l'Etat a fini par oblitérer chez la plupart de nos concitoyens le
sens de l'iniaiive individuelle et le goût de l'action soit privée, soit collective.
Les peuples voisins nous donnent, à ce point de vue, des exemples utiles à méditer, plus utiles encore à suivre. En Angleterre, en Belgique, en Allemagne, il n'e-t pas un parti politique de quelque importance qui n'ait son organisation permanente, ses comités locaux ou régionaux, avec leurs secrétariats constamment en action, sans cesse occupés à entretenir la propagande, à soutenir la lutte sur tous les terrains et sous toutes les formes, par le journal, par le tract, par la conférence, par les démonstrations publiques, par les démarches auprès des autorités, par la correspondance, en un mot par ton* les moyens légaux. A peine une élection est-elle terminée que l'on commence à préparer la sui vante, tandis qu'en France, sauf dans le parti socialiste, il n'existe, pour ainsi dire, pas d'organisation permanente en dehors de l'administration qui est dans la main du gouvernement et du clergé que son caractère doil tenir éloigné de l'arène. Quand l'heure du scrutin approche, il semble que les défenseurs nés de l'ordre social sortent de léthargie et alors, plus ou moins fiévreusement, ils se mettenl à l'œuvre, souvent avec un dévouement et un entrain merveilleux, mais presque toujours trop tard. Ils évoluent avec peine et sans suc ces sur un terrain insuffisamment préparé.
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Ayant attendu l'ouverture des hostilités pour préparer leur mobilisation, ils trouvent les meilleures positions prises quand ils entrent en campagne et ils rentrent chez eux aussitôt l'engagement terminé, non à la manière d'une armée solidement constituée, mais plutôt à la façon des mahallas marocaines dont les combattants, après un raid plus ou moins brillant, se débandent pour retourner à leurs moissons ou à leurs tentes.
Il est juste de faire exception pour un certain nombre d'hommes et de femmes d'un dévouement admirable, qui se prodiguent, sans se lasser jamais, pour la défense et le progrès social, pour la fondation et le développement de toutes les œuvres, de toutes les associations tendant au relèvement matériel ou moral des classes populaires; mais, le plus souvent, ces états-majors excellents n'ont qu'un trop petit nombre de soldats.
Il semble qu'on ne se rende compte en France ni de la gravité des maux dont la nation est atteinte, ni de l'étendue de l'effort nécessaire pour les combattre efficacement, ni de la puissance du levier que l'on peut trouver dans l'association. Nous nous imaginons volontiers avoir beaucoup fait dans cet ordre d'idées, et nous sommes justement fiers des œuvres que la charité privée soutient, des sacrifices qu'elle s'impose, des libéralités qu'elle provoque. Mais,
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si dignes d'éloges que soient la générosité, l'activité et l'ingéniosité françaises, il est certain que nous avons, sur ce point encore, beaucoup à apprendre de l'étranger. Si nous nous donnons nous-mêmes, si nous nous dévouons plus que nos voisins, — et c'est un grand signe de noblesse morale, — nous sommes loin d'arriver à leur hauteur quand il s'agit de sacrifices pécuniaires à faire dans l'intérêt général. Nos habitudes d'économie peut-être excessives se tournent presque, à ce point de vue, contre nous. — du moins contre le bien de la nation.
On a remarqué, d'ailleurs, avec raison que si la misère matérielle excite aisément notre compassion et provoque nos libéralités, nous sommes moins sensibles à la misère morale, beaucoup plus terrible cependant, et moins prodigues de secours en faveur des entreprises de toute nature qui travaillent à la soulagée.
Nous sortîmes loin surtout de comprendre toute la puissance de l'association. Malgré le développement rapide des syndicats et de la mutualité, les associations en France ne saurai tu il être comparées, soit comme nombre, soit comme importance, à celles qui couvrent le sol de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Suisse el des Etats-Unis. Le réseau des coopératives, des associations philanthropiques ou « de bien public » y est tellement serré qu'il ne laisse, pour ainsi dire, échapper qu'un nombre relati-
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vemenl restreinl de citoyens. Et ce qui frappe surtout nos regards, non sans exciter noire envie, c'est la facilité avec laquelle se forme une ligue, toutes les fois qu'il s'agit d'un abus à redresser, d'une liberté à défendre, d'une plaie morale à guérir ; c'est l'empressement avec lequel le public s'y intéresse et y adhère, l'ardeur persévérante avec laquelle ces groupements descendent dans l'arène et se jettent dans la mêlée.
Dans ces allures si différentes des nôtres, il y a sans doule beaucoup d'influences de race el de tempérament; il y a aussi beaucoup d'habitudes acquises et de tendances dues à l'éducation. Mais il y a encore, il y a surtout le sentiment profond que nul n'aie droit de se désintéresser de la défense sociale et du bien public, que ce doit être pour lous l'affaire essentielle, que l'indifférence en pareille matière esl une faute el une faute très grave.
Ce mal de l'indifférence, qui est né de l'égoïsme individualiste et qui contribue à l'entretenir, a fait et fait encore dans ce pays des ravages presque effrayants. Beaucoup plus que la propagande la plus pernicieuse, celte indifférence a contribué à retarder le rétablissement de la paix sociale et le relèvement moral des masses populaires en France. On ne peut songer sans amertume qu'une partie seu-
lement des millions jetés au venl et surtout dos milliers de vies consumées dans l'oisiveté ou l'inutilité aurait pu suffire pour assurer la création, le fonctionnement et l'avenir des œuvres les plus utiles, pour apaiser les pi éventions et les passions antisociales du peuple, pour faire pénétrer la lumière dans les esprits et préparer le règne de la concorde dans les âmes. Aujourd'hui est-il trop tard ? Quelqueesprits chagrins le prétendent ; nous ne saurions le croire. Dans tous les cas, la partir semble assez belle et l'enjeu assez précieux pour qu'il vaille la peine d'en courir la chance.
Il s'agit, en effet, de savoir si, par l'effet d'un affaiblissement continu de sa natalité, notre patrie est condamnée à perdre son rang de grande puissance ; si elle continuera d'être gangrenée par la pornographie, dévorée par l'alcool, démoralisée par la diffusion constante des doctrines matérialistes. 11 s'agit de savoir si l'on parviendra, ou non, à préserver de ces multiples contagions morales les jeunes générations qui s'éveillent à la vie et dont serafaite. dans peu d'années, la nation. Pour préserver la terre française d'une invasion étrangère, l<»nl homme en état de porter les arme- se lèverait -ans hésiter et courrait au drapeau : nonsommes en présence d'antre- envahisseurs, nombreux et redoutables, qui s'attaquent noi