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On remarquera la diminution très considérable qui, d'après la statistique officielle, se serait produite depuis 1900. 11 est possible, en effet, que la réforme de l'impôt des boissons accomplie à cette époque ait exercé, par le dégrèvement des boissons hygiéniques et par la surtaxe de l'alcool, une certaine action restrictive sur la consommation de ce dernier breuvage; mais les observateurs attentifs ont quoique peine à croire que cette réduction ail réel-

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lement atteini les proportions indiquées par la Régie et ils craignent que, pour une large pari, il ne faille chercher dans la fraude l'explication de ce recul apparent du fléau.

On ne doit pas, d'ailleurs, oublier que les quantités d'alcool figurant dans les statistiques officielles sont toujours des quantités d'alcool pur, c'esl à- dire à 100 degrés, qu'il esl impossible de consommer sous celle forme el qui, généralement, est l'amené, par dilution, à un titrage de 10 0/0 en moyenne dans les boissons offertes aux buveurs. Les 3 1. 50 d'alcool pur qui, d'après la Régie, représenteraient notre consommation moyenne et annuelle, équivalent donc, en réalité, à 8 litres au moins d'eau-de-vie ou d'autres liqueurs alcooliques.

Mais ce n'est pas tout, et il ne faut pas perdre de vue que, pour le calcul de cette moyenne, on répartit la consommation d'alcool entre la population totale de la France, y compris les femmes qui, du moins en général, ne boivent guère d'alcool et les enfants qui en consomment encore moins. Si l'on tient compte de ce fait, on arrive à la conclusion que la consommation moyenne annuelle des Français adultes s'élève à une dizaine de litres d'alcool pur. Dans certaines régions du ressort de Rouen el de celui de Gaen, elle dépasse 16 litres d'alcool pur par habitant.

De plus, en même temps que les quantités

consommées augmentaient, la qualité devenait plus défectueuse au point de vue hygiénique ou, pour parler plus exactement, le liquide consommé devenait plus toxique. A l'eau-de-vie de vin et de cidre se substituaient graduellement les alcools industriels auxquels leur bon marché assurait la préférence : alcools de grains, de betteraves, de mélasses, de pommes de terre, tous beaucoup plus nocifs que les anciennes eaux-de-vie et d'ailleurs ayant besoin, pour devenir potables, d'être additionnés d'essences souvent plus toxiques que l'alcool luimême. Delà csl née toute celle série de liqueurs et d'apéritifs, beaucoup plus dangereux que l'antique « tord-boyaux » et au premier rang desquels figure l'empoisonneuse par excellence, c'est-à-dire l'absinthe, dont il sera spécialement question plus loin.

Quels sont, sur la sanlé publique, les effets de cette formidable ingestion d'alcool? Voici Tune des réponses les plus récentes cl les plus décisives à cette question. Elle émane du docleur Fernet, médecin des hôpitaux de Paris el membre de l'Académie de médecine. Au cours d'une communication faite, le 2\ novembre 1907, à l'Académie des sciences, il résumait de la manière suivante l'action de l'alcool : d'après les constatations faites dans les hôpitaux, l'alcoolisme intervient comme cause efficiente danun tiers de la mortalité générale. Il osl la eau-.'

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principale el unique dans le dixième des décès. 11 est la cause adjuvante dans deux autres dixièmes. Chez les aliénés, il intervient dans la moitié de la mortalité.

S'il est une maladie don! les progrès alarment profondément l'opinion publique et con- Ire laquelle on lutte actuellement avec énergie, c'oA, à coup sûr, la tuberculose. Or, de l'aveu des savants les plus éminents, la tuberculose est, dans la plupart des cas, imputable à l'alcool. D'après le docteur llayem, « la phtisie se prend sur le zinc. » — « L'alcool, — dit M. le docteur Landouzy, — fait le lit de la tuberculose. » Au congrès international contre la tuberculose, en 1905, le président, M. le docleur llérard déclarait que « l'on ne ferait rien d'efficace contre la tuberculose tant qu'on n'aurait pas réfréné l'alcoolisme ». Avant lui, et dès 1902, le doyen de la Faculté de médecine de Paris, M. le docteur Brouardel avait dit, au congrès de Londres, que « les deux tiers des cas de luberculose étaient dus à l'alcool. »

L'alcool ne tue pas seulement l'alcoolique. Par sa redoutable action héréditaire, il décime, il détruit des familles entières. Ainsi, dans un groupe de 764 descendants de buveurs d'alcool pris au hasard, M. le docteur Legrain, médecin en chef des asiles de la Seine, a trouvé 322 dégénérés divers, 131 épileptiques et 150 aliénés, en tout plus de 600 individus voués à

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une existence misérable et à une mort prématurée. Le médecin en chef de la Salpêtrière avait, il y a quelques années, fait une enquête analogue sur GO familles d'alcooliques. Des 301 enfants dont elles se composaient, 132 étaient morts en bas âge, 60 étaient épileptiques et 48 atteints de convulsions : 61 seulement, soit un cinquième, jouissaient d'une santé normale.

11 n'est pas possible, on le comprend, de déterminer combien, parmi les conscrits réformés pour inaptitude physique, il s'en trouve dont la débilité est due aune tare alcoolique. On peut cependant trouver des indications significatives dans la proportion anormale de conscrits réformés que l'on constate dans les départements où l'alcoolisme est le plus répandu. C'est ainsi que, dans l'Orne et la Manche, 55 0/0 du contingent est ajourné ou réformé; dans certains cantons des Vosges, on atteint le chiffre de 60 0/0 et, pour l'ensemble de la Fiance, on estime que l'alcool fait perdre à la défense nationale au moins un corps d'armée.

On a essayé, à plusieurs reprises, de chiffrer ce que la consommation de l'alcool peut couler annuellement a la classe ouvrière. Un pareil calcul ne peul être évidemment que très approximatif. Néanmoins, les patients travaux de MM. Rochard, Charles Dupuy et Coste ont

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