A LEON GATAYES
Il y a quelques jours, la gracieuse directrice de la Gazette rose, en promulguant les arrêts de la mode, parlait d'une parure de la princesse Clotilde, — à je ne sais quelle fête donnée aux Tuileries.
J'ai été mélancoliquement impressionné de cette description.
Voici, en effet, ce que dit madame de Renneville :
« Laissez-moi vous dire la fraîche et coquette toilette que la princesse Glotilde portait dans l'un des derniers grands bals costumés. .
» Elle personnifiait la rose.
» Sa coiffure se composait d'une grosse rose pincée au
milieu du front, d'une semblable rose par derrière, de deux roses de côté, d'une aigrette de boutons de rose, et de deux branches flexibles de boutons et de feuillage, pleurant sur les épaules.
i Le collier était en boutons de rose, ainsi que les bracelets.
i La robe, de tulle rose, ressemblait à un buisson de roses.
i Tout autour grimpaient de longues traînées de boutons et de feuillages, et, presque à mi-jupe, se déroulait un feston arrondi de grosses roses épanouies. Le corsage n'était que roses et boulons admirablement imités. »
Des fleurs artificielles a cette jeune princesse, née et nourrie sous l'ombrage d'orangers, au doux pays des roses, aux lieux où les anémones, les renoncules elles tulipes sont des fleurs sauvages 1 — où l'hiver se reconnaît à ceci, que c'est la saison des violettes et la floraison des amandiers I fille du brave, du loyal Victor-Emmanuel ! quel changement pour vous, quel triste étonnement a dû être le vôtre, lorsqu'on vous a présenté des chiffons coloriés, en vous disant : t Vaici des fleurs, — les fleurs de la saison ; — ce ciel gris n'en produit
pas d'autres pendant les rigueurs de l'hiver ! »
Vous avez dû vous écrier, — comme Iphigénie en Aulide :
Ciel! pour taaliie rigueur*, de quoi tvte-je coupable?
Car il ne faut pas croire que la princesse Clotilde oublie son pays. La même Gazette rose dit :
c Au bal costumé du ministre d'État, la princesse Clotilde avait un costume de paysanne sarde qui lui seyait à ravir. •