LES FLEURS CHANGÉES EN BÊTES
cetés, pour dépouiller son ancienne enveloppe, il suffit souvent
de se sentir aimé.
Le Katong-ging était une petite fleur azur qui se balançait sur une tige svelte et élégante au bord des rivières. Elle était jolie; elle paraissait bonne, douce, honnête. Elle inspira de la confiance à une Libellule bleue qui habitait les mêmes parages que le Katong-ging.
Si le jour la pauvre demoiselle avait beaucoup de peine à échapper aux attaques des hirondelles qui écumaient les bords de la rivière, la nuit c’était bien pis encore; les lézards, les araignées , les chauves-souris , tous les rôdeurs nocturnes lui faisaient une rude guerre. Elle était obligée de se tenir sans cesse sur le qui-vive, et de ne dormir que d’un œil ; ce qui devient fatigant à la longue.
La Libellule raconte ses chagrins au Katong-ging.
— Ma chère demoiselle , lui répondit la fleur, que ne parliezvous plus tôt, je me serais fait un plaisir de vous offrir un abri où vous pourrez dormir tout à votre aise. Quand la nuit sera venue , posez-vous sur moi, vos ailes et mes feuilles sont de la même couleur. Je défie tous les lézards, toutes les araignées et toutes les chauves-souris de la terre, de vous reconnaître quand nous serons ainsi confondues, d’ailleurs au moindre danger je vous réveillerai ; nous autres fleurs nous avons le sommeil si léger.
La demoiselle de se confondre en remerciements et de bénir le ciel qui lui avait envoyé une voisine si charitable.
Mais le Katong-ging avait ses projets.
IJn jeune ver luisant habitait une touffe d’herbe à ses pieds ,
LES l’LEÜRS ANIMEES.
et chaque soir il essayait de grimper sur la tige de la fleur , afin de sortir de l’obscurité , et se récréer à la vue de son reflet jouant dans l’eau tranquille.
Le malicieux Katong-ging secouait sa tige dès qu’il voyait le ver luisant parvenir presque au terme de sa course ; et l’infortuné retombait dans l’herle. Trois ou quatre fois il recommençait son ascension, toujours même manège de la part de la fleur.
Ce jour-là le Katong-ging appela le ver luisant, et lui dit de grimper et de se cacher sous des feuilles, en même temps il s’inclina pour faciliter l’ascension.
Que cette fleur est bonne fille, pensa le ver luisant en s’enroulant commodément autour de sa corolle, maintenant la nuit peut venir, je me verrai dans l’eau.
La nuit vint, et la demoiselle aussi, elle se posa sur le Katongging, et fatiguée de ses insomnies précédentes, elle s’endormit. Le ver luisant attendait avec impatience que la lune fût couchée, et ne voyait qu’un glacis d’argent sur l’eau.
L’obscurité remplaça le clair de lune. Aussitôt le ver luisant de briller, et les chauves-souris d’accourir. Le malheureux fut noyé ainsi que la demoiselle dont il avait signalé la présence.
Le Katong-ging , l’hypocrite Katong-ging, heureux du mauvais tour qu’il venait de jouer, poussa un petit éclat de rire.
La Fée aux fleurs qui savait tout ce qui s’était, passé, se sentit tellement indignée qu’elle changea la fleur en scorpion.