‹ Les fleurs animéesChapitre 2 sur 51 · CACTUS · texte numérisé non relu

CACTUS

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LE DÉCAMÉRON

— Que je m’échigne pour ces bons gros petits pois qui travaillent toute la journée à me fabriquer sous leur cosse dure et serrée ces petites boules que je vends si bien, à la bonne heure; mais pour ces fainéants de pois de senteur, allons donc !

— Ils sont jolis.

— Mais ils ne produisent rien. Mauvaise herbe croît toujours. Rentrons vite à la maison.

Je compris alors pourquoi on me préférait Margot : sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.

Blessée dans mon amour-propre, j’ai quitté le fermier, et je suis venue à la ville. Hélas ! je n’y ai pas été plus heureuse ni plus considérée. J’ai vu les grisettes me laisser mourir de soif et de chaleur sur le rebord de leur fenêtre, et me jetant à la fin sur le pavé pour me remplacer par le rosier, qu’un romancier venait de mettre à la mode. Les portiers seuls avaient pour moi qiielque sympathie. Au lieu d’en être fière, cette sympathie m’a humiliée. Quittons, quittons cette terre , me suis-je dit ; retournons chez la fée : là, du moins, l’égalité règne entre toutes les fleurs; elles ne sont pas soumises aux caprices de la mode ; elles ignorent les douleurs et les petitesses de l’amour-propre. Et je me suis mise en route, je vous ai rencontrées, mes sœurs, et me voilà prête à écouter celle de vous qui va nous raconter son histoire à son tour.

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Ce fut leCactus qui parla.

Toute mon histoire sur la terre se résume dans ces seuls mots : J’ai eu froid.

Il m’est impossible de vivre dans ces régions où il tombe de la neige, où il gèle, où l’on est sans cesse assailli par la pluie, le vent et les giboulées.

Si j’étais resté sous les tropiques, je n’aurais pas trop le droit de me plaindre; mais j’ai fait la sottise de suivre un botaniste en Europe , et je suis perclus de rhumatismes. On a beau vivre dans une serre, on est toujours victime de quelque traître vent coulis.

Et puis cette chaleur factice me donnait la migraine ou des pesanteurs de tête insupportables. Mon sang, d’un rouge si vif, no circulait plus ; mon front alourdi retombait sur ma poitrine ; et il me semblait, dans l’espèce d’hallucination où j’étais, qu’une main invisible m’avait transformé en portière, et que je serrais amoureusement un poêle dans mes bras, ainsi que maintes fois je l’avais vu faire l’hiver dans la loge de notre hôtel.

Comme je regrettais la douce et tiède température des pavs où nous sommes nées, nous autres fleurs ! comme je m’ennuyais sur les cheminées, sur les consoles de marbre où je servais d’ornement! A la fin, j’ai pris une résolution courageuse : secouant ma torpeur, et profitant des chaleurs de l’été qui permettaient de me tenir en plein air, je me suis échappé. A présent , je ne crains plus qu’une chose, c’est d’être obligé de passer la nuit sans abri : la fraîcheur du soir pourrait me saisir. J’espère cependant que nous n’en serons pas réduites à cette extrémité ,

LE DÉCAMÉRON

et que la fée viendra à notre aide. Maintenant , à qui à parler ?

Ce fut au tour de la Pervenche.

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Moi, dit-elle, je me suis éveillée sur la terre par une belle matinée d’avril. Un ruisseau faisait entendre son doux murmure à mes pieds ; des oiseaux chantaient sur ma tête ; la brise parfumée se jouait dans mes cheveux.

La terre m’a paru si belle dans sa nouvelle parure, le ciel si bleu, le soleil si radieux, que j’ai senti mes yeux s’humecter de larmes. Sans attendre le lendemain, je suis partie. La terre, en ce moment, m’aurait fait oublier le peuple des fleurs. Mais aussi, peut-être, quel désenchantement le lendemain !...

J’ai voulu conserver mes illusions. Quand je serai de retour, je demanderai à la Fée de me laisser, chaque année passer, une heure sur la terre, pour me mirer au bord de l’eau, voir le ciel et respirer la brise, une heure rapide et fugitive, l’heure du printemps.

Ijistoirr ï>c la Jmdjôie.

La Fuchsie remplaça la Pervenche.

Quant à moi, s’écria-t-elle d’une voix claire et argentine, je ne me soucie plus de la terre, et me forcer d’y revenir, serait la plus grande punition qu’on pût m’infliger.

Ma vie a été courte, mais bonne, et je ne demande pas à la

recommencer. 11 ne faut point gâter ses impressions : eil cela, je suis de l’avis de la Pervenche.

J’avais choisis Paris comme lieu de résidence, et dans Paris, j’habitais le quartier Bréda. Je courais les bals , les spectacles , les concerts. J'avais un appartement magnifique, un coupé, deux chevaux et un groom. Je dansais la polka à ravir; je fumais des

c.igarrettes ; je montais à cheval; je jouais au lansquenet, et je buvais le vin de Champagne. On pourrait dire de moi comme de Fanchon : Elle aime à rire , elle aime à boire ; elle aime à chanter comme nous.

Il fallait me voir dans ce temps-là , comme j’étais jolie , l’hiver surtout, lorsque je paraissais dans un bal avec mon éclatant habit de folie ! Tout le monde me disait que je représentais au naturel l’ancienne déesse qui présidait aux folles distractions ; j’avais sa grâce, son esprit, sa figure piquante, sa légèreté. Hélas! tout cela n’a duré qu’un moment! J’aimais trop le vin de Champagne ; c’est lui qui m’a donné cette vilaine maladie que les médecins appellent gastrite. La terre m’est devenue insupportable depuis que je souffre de l’estomac ; je retourne vivre au milieu des fleurs, pour me mettre au lait de rosée, au sirop de brise. Le médecin des fleurs, qui a nom Zéphire, me rendra sans doute la santé.

histoire îut jPaljlia.

Après avoir encouragé et rassuré la pauvre malade, les Fleurs firent de nouveau silence pour écouter le récit du Dahlia.

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O. de GO NKT Editeur

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