MULTIPLICATION PAU GREFFE
La greffe est le triomphe de l’art sur la nature; c’est l’opération d’horticulture la plus utile et la plus merveilleuse- Jusqu’ici nous avons vu les plantes se reproduire, se multiplier par d'ingénieux procédés; maintenant nous allons les voir se métamorphoser de mille manières. C’est là certainement un des plus grands, des plus inexplicables mystères de la végétation. Par exemple, les personnes étrangères à l’horticulture croient communément qu’en plantant un noyau de cerise , on pourra obtenir, avec le temps , un cerisier donnant des fruits de la même qualité que celui auquel appartenait le noyau ; cela est logique , c’est tout ce qu’il y a de plus rationnel. Eh bien ! cela n’est pas vrai : plantez le noyau d’une de ces belles et délicieuses cerises dites de Montmorency; apportez tous les soins imaginables à l'entretien de l’arbre qui en résultera, et lorsqu’il donnera des fruits, vous récolterez de petites merises aigres, n’ayant en quelque sorte qu’un noyau recouvert d’une pellicule dure et sècbe. 11 en est de même pour tous les fruits. Qui dira encore la cause de cela? Cela est, donc cela doit être; il ne nous est pas permis d’aller plus loin. Mais de ce qu’on ne connaît pas la cause du mal, ce n’est pas à dire qu’on n’y puisse remédier, et le remède ici est la greffe , au moyen de laquelle on reproduit les variétés les plus précieuses. La greffe, en effet, consiste à faire rapporter à une plante des fleurs et des fruits absolument différents de ceux qu’elle eut donnés naturellement. Coupez les branches de ce merisier , dont les fruits sont si aigres; fendez-en le tronc; insérez dans les fentes quelques petites branches enlevées au cerisier de Montmorency , et, au lieu de merises, il vous donnera des cerises semblables ?i celles dont le noyau vous aura causé un si grand désappointement; et non-seulement vous lui ferez produire des cerises, mais des prunes, des abricots, des pêches, les uns etles autres, et même tous ensemble si vous opérez savamment.
La greffe embellit les fleurs , améliore les fruits; mais les végétaux sur lesquels on la pratique perdent beaucoup de leur vigueur, de leur force, et ils vivent moins longtemps que ceux qui n’ont pas subi celte opération. Si l’on attend qu’un sujet ait acquis une grande force pour le greffer , il sera lent à produire des fruits; si, au contraire, on le greffe alors qu’il est encore faible, il donnera des fruits promptement; mais il durera moins. La greffe enfin est une opération qui augmente l’activité de la vie des plantes en en diminuant la durée. On ne peut pas tout avoir : la beauté et la durée sont nécessairement antipathiques. C’est là, mesdames, encore une de ces douloureuses vérités qu'il est permis aux parties intéressées d’appeler des paradoxes.
CULTURE DES FLEURS
Lagreffejse pratique de [plusieurs manières; les principales sont la greffe en fente , la greffe en écusson, la greffe en couronne , la greffe en approche , la greffe anglaise et la greffe herbacée.
Greffe en fente. — C’est la plus facile, et, par conséquent, la plus usitée. 11 faut d’abord choisir un sujet sain et vigoureux. On entend par sujet l'arbre que l’on veut greffer ; la greffe est une branche que l'on prend sur l’arbre dont on veut donner les propriétés au sujet. Supposons qu’il s’agisse de métamorphoser un églantier ou rosier sauvage en rosier à cent feuilles. Après avoir coupoles branches de l’églantier, vous pratiquez à la partie supérieure de sa tige une fente longitudinale dans laquelle vous insérez une branche de l'année précédente, prise sur le rosier à cent feuilles, et taillée en biseau à son extrémité inférieure La greffe doit être plus petite que le sujet; à la rigueur, elle pourrait être de la même grosseur; mais si elle était plus grosse, elle ne réussirait pas. Cette branche ou greffe doit être coupée à sou extrémité supérieure de manière à ce qu’elle ne porte que deux ou trois yeux. 11 n’est pas nécessaire que son insertion soit bien profonde; mais il faut absolument que les parties de l’écorce du sujet soient en contact parfait avec les parties de 1 écorce de la greffe ; c’est par l’écorce que se fait et que se consolide la reprise.
On peut placer plusieurs grellês sur le même sujet lorsqu'il est assez fort. On peut aussi ne greffer qu'une partie du sujet ; ainsi on peut greffer des roses blanches sur un rosier rose de manière à ce qu'il donne simultanément ces deux variétés, et ces modifications peuvent s’étendre à 1 infini sous une main bien exercée.
Lorsque la grelle est placée dans la fente du sujet, on pratique une ligature avec de la laine, à la hauteur de la fente, et on entoure le tout d'un mastic ainsi composé :
Poix de Bourgogne Poix noire. . .
Cire jauue. . .
Résine
Suif de mouton..
Le tout fondu à petit feu, bien mélangé et employé pas précisément chaud, mais avant d’être entièrement refroidi.
Greffe en couronne. — Elle ne se pratique que sur des sujets très forts, sur un tronc coupé aux deux tiers de sa hauteur, par exemple. On pratique sur ce sujet , à 1 aide d un petit coin de bois, une ouverture entre le bois et 1 écorce sur toute la circonférence ; on place ensuite dans cette ouverture, et
g^lOme»
les pleurs animées.
en forme de couronne , les greffes préparées comme pour grcflcr en fente, en ayant soin que I écorce du sujet et celle des greffes se touchent , et on achève l’opération, comme pour la greffe en fente.
Greffe en écusson.— On ne pratique cette greffe que sur les arbres et arbiisseaux dont 1 ecoice se détache facilement. On peut greffer de cette manière au printemps , pendant la sève et en automne. Faite en automne , on la nomme greffe à œil dormant, parce qu’elle ne reprend qu'au printemps suivant ; faite au printemps, pendant la sève , on 1 appelle greffe à œil poussant , parce qu elle pousse presqu aussitôt.: mais en général, celle pratiquée en automne.réussit mieux.
Si 1 on opère en novembre, on choisira pour prendre la greffe une branche de celle même année. Avec le tranchant du greffoir on incise l'écorce de cette branche, en forme d’écusson, tout autour d’un œil bien nourri; puis glissant le greffoir sous cet écusson , entre l’écorce et l’aubier , on le détache ; on fait aussitôt sur le sujet deux incisions , l’une horizontale, un peu plus large que 1 écusson , l’autre verticale, de manière que les deux incisions forment cette figure T , si l’on opère en automne, et celle-ci x, si c’est au printemps. On glisse ensuite le greffoir sous l’écorce ainsi incisée jusqu'à l’aubier, et on la détache assez pour pouvoir glisser dessous l’écorce qui est la greffe , puis on coupe horizontalement la partie supérieure de cet écusson , de manière que l'écorce de la greffe et celle du sujet soient réunies On fait ensuite avec de la laine ou du chanvre une ligature qui maintienne les choses en cet étal, et que l’on aura soin de desserrer à mesure que le sujet grossira.
Greffe en approche. — Ce genre de greffe réussit sur tous les arbres et arbrisseaux, pourvu que greffe et sujet soient assez voisins pour pouvoir se toucher. Supposons , par exemple , qu’un lilas et un syringa soient assez voisins pour que l’on puisse mettre en contact une branche de l'un avec une branche de l’autre, il sera facile alors d’obtenir du lilas sur le syringa, et du syringa sur le lilas. Les branches étant autant que possible de grosseur égale, on incisera jusqu’à la moelle la branche de lilas et celle de syringa ; on les appliquera et on les maintiendra l une contre l’autre dans la partie incisée, à l’aide d’une ligature et du mastic composé , comme il est dit plus haut. Si c’est le lilas qui doit produire du syringa, on coupera à quelques centimètres audessus de la ligature la branche du lilas qui est le sujet , afin de forcer la sève à monter dans la greffe ; on fera la môme chose dans le sensoposé si l’on veut faire produire du lilas au syringa. Lorsque la soudure sera complète, on pourra couper la greffe au-dessous de la reprise, mais non tout d’un coup :on fera d’abord une entaille qu’on rendrasuccessivement plus profonde jusqu'à ce que la section soit entière.
CULTURE DES FLEURS
La greffe en approche peut se faire de mars en septembre ; mais elle réussit mieux lorsque la sève monte que lorsqu'elle descend.
Greffe anglaise. — Pour que cette greffe réussisse , il faut que le sujet soit jeune, et que sujet et grelTe soient de la même grosseur : l’un et l’autre sont coupés en biseau de même longueur et en sens inverse, afin de s’ajuster parfaitement ; mais comme, malgré la ligature, la greffe pourrait glisser, on pratique à la partie correspondante du biseau de la tige une entaille ascendante, de manière que la greffe se trouve accrochée au sujet, et l'on termine comme pour la greffe en fente. Celle greffe ne réussit bien qu'au printemps.
Greffe herbacée. G est tout simplement la greffe en fente appliquée aux plantes herbacées ou aux plantes ligneuses alors qu elles sont encore jeunes et molles. On l’emploie avec succès lorsque le sujet est dans toute sa force de végétation, c’est-à-dire un peu avant la floraison. Le sujet et la greffe étant très tendres, il faut opérer avec beaucoup de dextérité; elle est d’ailleurs peu en usage pour les fleurs.