L'EXPOSITION DE LONDRES
Qui rendra la vie à tes bardes Pour chanter l'éclat de ces jours, Albion? Leurs voix montagnardes Se taisent-elles pour toujours?
Aucun Ossian qui s'inspire
De la bruyère aux noirs rameaux,
N'arrachera-t-il une lyre
A la poussière des tombeaux?
Qu'en l'honneur de votre Bretagne, Bardes, vos sauvages refrains Courent comme un air qu'accompagne L'orgue immense des Ilots marins;
Chantez; de sa grandeur nouvelle Faites tous retentir ses bonis:
Le monde a les regards sur elle, Le inonde applaudit ses efforts!
Quel est ce palais magnifique Où For, l'argent et le vermeil Se disputent tout le portique, Qui resplendit comme un soleil?
Est-ce un caprice d'une fée Qui l'a fait surgir des brouillards Pour représenter le trophée De sa victoire sur nos arts?
Non, c'est l'autel que l'Industrie Dresse pour le Génie humain :
Au lieu d'encens, chaque patrie Apporte les fruits de sa main.
Gloire à ces luttes pacifiques Où le sang ne se verse pas, Où les Muses mythologiques Donnent l'arme pour les combats !
Plus de guerre, plus de batailles, Décris, de triomphes sanglants.
Plus de bronze sur les murailles, Plus de farouches conquérants !
Albion, tu donnes l'exemple, Tu cesses les divisions, Et tes murs deviennent le temple Des chefs-d'œuvre des nations :
Sois bénie, et que dans l'histoire Ton peuple avec toi soit béni Pour ce bienfait dont la mémoire Se gravera sur le granit !
NAPOLEON ffl
Qu'ils étaient beaux les jours où la terre attentive, Des glaces de Russie à l'Hispanique rive En sa course suivait le moderne Géant, Lorsque divinisé dans de sublimes fêtes Il faisait incliner les plus superbes têtes Devant son char de conquérant !
Nos soldats, tout noircis encor par la cartouche, Dans la pourpre des rois se taillaient une couche S'ils voulaient, las de vaincre, enfin se reposer ; Et notre aigle, planant sur les débris des trônes, Dans ses serres tenait des restes de couronnes Qu'elle achevait de dévorer !
On no chantail jamais que dos hymnes de gloire; Et l'Empereur pour mieux fasciner la Victoire Empruntait au soleil lès feux de son regard ; Et partout où restait quelque antique muraille,
Nos braves accouraient de bataille en bataille Pour y planter notre étendard.
Mais cet éclat n'est plus ; dans un ardent mirage Le prisme du passé nous en montre l'ima On ne fait pas deux fois de telles actions: Le monde était petit pour notre grande armée. Et le temps voit encor sur l'Europe alarmée La blessure des nations.
Depuis, quel changement ! Sous de honteux monarques Des forbans par la mer vomis avec leurs barques, Sans que Paris frémît, sans que de son to L'ombre du vieux Jean Barl s'élençât irritée, Sans qu'on brandit des Franks la hache redoutée, Ont craché sur notre drapeau;
Depuis, les passions chez nous se sonl dressées; Propriété, famille ont été menacées ; Une fièvre de sang a brûlé les esprits; De faux républicains, sur une horrible liste Dans leur haine mêlant libéral, royaliste, N'ont tiré que sur les ha]
Us prétendaient qu'enfin leur heure était venue. L'heure de Péchafaud ; et déjà dans leur vue
Se lisait cette soif qu'ils ont d'assassiner. Sicaires monstreux ! comme un ilôt qui déborde, Mœurs, lois, foyers, aulels, fraternité, concorde, Leur folie allait lout ruiner. (*)
Que devenir? Le Dieu qu'implore l'innocence Devait-il cette fois laisser tomber la France Dans ce gouffre creusé par l'aveugle fureur? Non, d'avance un bon a âge avait rompu les chaînes De celui qui devait, après trente ans de peines, Etre un second libérateur.
Tu parus... et soudain cette horde meurtrière Recula devant toi, rentra dans sa. poussière, De môme que la foudre, aux lianes creux du vallon, Lorsque son bruit puissant éveille les abîmes, Fait rentrer les vautours inassouvis de crimes Au fond des sables de Memnon !
Et la société maintenant dort tranquille ;
Le bronze a parcouru les quartiers de la ville ;
{') D'ordinaire, en poc-io, contrairement a la prononciatîcn vulgaire, on fait trois syl'abes des mots : ouvrier, ruine, tablier, peup'ier, etc., et deux syllabes des mots : lien, tuer, etc. On respecte cependant cette prononciation dans les mots : poêle, fouet, goélette, etc., malgré l'orthographe. Pourquoi ne pus être logiqie ? Il nous a toujours paru ;>'us nature de nous soumettre aux exigences de l'oreille et, quand nous lisons des vers, de prononcer comme si nous lisions de la prose.
On n'entend plus hurler le faubourg plébéien; Si le tigre dompté gronde encor dans sa cage,
C'est toi qui nous défends, nous rions de sa rag Notre sort est tout dans le tien.
Et pour consolider L'œuvre de délivrane ■. Des partis terrassés pour briser L'existence,
Pour qu'un principe sûr rainent' le bonheur, Pour qu'un bel horizon à nos veux se déroule, Tu viens interroger et consulter la foule Sur ton offre d'un empereur.
Huit millions de voix ! quel spendide suffrage ! Aussi, par toi sauvé d'un imminent naufrage L'univers catholique approuve notre vœu : Sois donc, sois empereur, et du rude Génie Oui de tant de rayons a ceint notre patrie Sois pour nous le digne neveu !
Mais, comme Lui rêvant une immense épopée, Si tu prends dans tes mains notre invincible épéé, Yas-iu faire voler les sceptres en éclats? Héritier de son nom, l'es-tu de son délire? Vas-tu nous rendre encor l'ivresse de l'Empire? Vas-tu nous rendre les combats ?
Oh! c'est assez! Chez nous trop de noms retentissent, Les Lauriers trop nombreux dédaignés se flétrissent : Laisse d'autres glaner après notre moisson ;
La France écoutant trop une humeur vagabonde, La France a déchiré les entrailles du monde : Laisse un peu dormir le lion.
Qu'une durable paix eniin nous régénère, Qu'on rende moins amer le pain de la misère, Que [es arts donnent seuls une proie aux esprits. Que plus d'instruction fasse un peuple à ta taille. Que les gens de mérite et non la valetaille A ta cour obtiennent les prix !
Alors tu seras grand, plus grand que dans la guerre Ton nom sera i r; vé dans tous les cœurs de mère ; Et, des vastes travaux comme des noirs canons Ta race ayant tiré ses tiers titres de gloire, Nos entants pourront dire en traçant notre histoire : Le siècle des Napoléons ! !