‹ Les fleurs de CannesChapitre 2 sur 55 · BRIN D'ALGUE · texte numérisé non relu

BRIN D'ALGUE

Je vais souvent «l'asseoir à la Croisetto Sur les débris du fort de Richelieu ; ' Là les fucus remplacent l'olivette,

El de gazon les algues tiennent lieu.

Hier j'y rêvais. J'admirais l'onde amure Qui borde au loin les espaces sans lin, Seul. Tout-à-coup du pied poussanl la terre .le m'élançai vers le trône divin.

Je vis alors sourire les beaux anges;

Comme en janvier, aux lianes verts de nos mont:

Sons le soleil jaunissent les oranges,

Sous Treuil de Dieu je \is briller leurs fronts. 3

Et je me dis: « Pour goûter plus de fête Une ces esprits préférés du Seigneur, Que me faut-il? Le temps que la tempête Met à briser le bateau du pêcheur.

Je ne veux point la puissance et la foudre, Je ne veux point les prestiges de l'or, Ni des lauriers pleins de sang et de poudre Ni le génie à l'immortel essort.

Tout homme en main a sa coupe enivrante Où ses ieux croient découvrir le bonheur. Moi, je voudrais les baisers d'une amante ; Ma coupe à moi sera le fond d'un cœur. »

! a cigale qui claquellc

Sur le faite Du gigantesque olivier, Je l'aime autant que la grive

Fugitive Devant l'âpre braconnier,

Ou la timide mésange

Que dérange Le simple bris d'une fleui

On le pinson qui frigole

Sur l;i molle, (iuolant le erillet coufeu

Celte cigale que j'aime Est l'emblème

De la reine des saisons ; Sitôt qVon l'a pour compagne

La campagne Va prodiguer tons ses dons:

Les verts légumes, les roses

Frais-écloses Aux baisers destièdes nuits, Les gerbes qu'on voit défaire

Dans chaque aire, Les pastèques et les fruits. '■

On ne se sent pas bien vivre,

Si le givre Recouvre les tristes champs, Si de froid l'ouvrière tendre

Fait entendre Des plaintes au lieu de chants

Juin ci juillet au contraire

A la lerre Donncnl les longs jours d'été Or. tanl qu'un de ces jours brille

La famille Brave mieux la pauvreté.

Aussi pour moi la cigale

Est l'égale Du suave rossignol :

Le (in chanteur nous délecte

Et l'insecte Prouve la chaleur du sol.

Papillon et sauterelle

Pliant l'aile A midi cachent, leurs corps EUe, à midi plus contente,

Se tourmente A pousser des cris plus forts

Dans la goutte de rosée

Irisée Est le frais pour le faucheui

Mais il esl pour la cigale

Esthale Dans la goutle de sueur

Souvent de la croix de Garde Je regarde,

Assis cl rêveur, la mer; Le ciel me darde sa flamme :

Ma jeune came Se mêle aux silphes de l'air.

A mes pieds la fourmi iode :

L'ombre chaude Des grands pins tout résineux Garantit ma tête à peine;

Et l'haleine Du mistral fouette mesieux.

C'csl alors que la cigale

Me régale De son couplet persistant Elle seule a le courage

Qu'au bocage N'a plus l'oiseau haletant.

Le soir, quand redirent à Canne

Sur les ânes, Les faneuses du Suquet, " Si son chant encore dure,

Elle assure Un lendemain aussi gai,

Et voilà pourquoi je l'aime.

Je crois même Que du poète elle est sœur:

Comme lui, dans la bruyère

Libre el fière, Elle trouve le bonheur.

Comme lui peu remuante,

Elle chante A son qoùt, au plein soleil, Ou se lait, lorsqu'une mûre

D'aventure Tombe dans le Ilot vermeil.

El cigale qui claquelte,

Et poète Ont donc même passion

Dès qu'un dorgl méchanl la frôle,

L'une vole Aussitôt sur uu rayon ;

L'autre, s'il perd dans les chaines

Les domaines De sa chère liberté, Expire aussitôt de honte

Et remonte Près de la divinité.

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