‹ Les fleurs de CannesChapitre 32 sur 55 · L'AVOCAT QUI VEUT ÉCRIRE · texte numérisé non relu

L'AVOCAT QUI VEUT ÉCRIRE

Jadis, quand les bètes parlaient,

Certain renard dans l'art de dire

S'était tant distingué qu'il ne pouvait suffire

Aux demandes dont l'accablaient Les loups chicaneurs de la ville :

C'était ceci, c'était cela, ' Les procès arrivaient par mille.

D'où venait cet engoûment-Ià?

L'expliquer n'est point difficile :

Maître renard savait émailler ses discours De traits mordants, de lazzis, de détour» Pleins de sel Attique et de grâce, Si bien qu'il finissait toujours Par dérider la magistrale face

!>•■ son juge, el voilà les clients acquittés.

I ii bon-mol lui valail victoire El di s écus parfaitement comptés.

Vussi l'appelait-on, pour exprimer sa gloii L'Eschine des mé( hançetés.

Mais, un beau jour, changeant un peu de

II abandonne la parole

Et vent trancher de l'écrivain.

Projel vain !

Chose délicate ! '.

Tous ses articles de journaux

Furenl sots, Au point qu'un docteur allopathe A ses malades trop rétifs Dans les quatre coins de la ville, Les ordonna pour dormitifs.

Ce que voyant, l'âne, moins imbécille Qu'on ne le croit, dit au pauvre animal : Pas on ne peut suivre double carrière Toujours dans \m<' on se trouve en ai riê Tel qui parle bien èa il mal

A iÉON DE BERLUC -PERIJSSIS

Tu demandes ce qu'est le bonheur ? Je l'ignore. Rien n'est plus relatif. Dans 1rs champs, c'est Paris Qu'on voit briller au loin ainsi qu'un météore ; \ Paris, quand il pleut sons un ciel toujours gris, Ce sonl les champs. Parbleu! je le disais moi-même L'autre jour; mais, hélas ! j'étais malade et blême. Je me meurs faute d'air dans le Quartier-latin ; J'entends un vilain mot dit tout bas : poitrinaire ; Jl me faudra quitter l'un ou l'autre matin Ce bien-aimé Paris, ou commander ma bière Sur les produits futurs de mes CONTES GAULOIS. Ne pouvant habiter Paris, je le galvaude,

Ces) la coutume; au fond, je pense ce que dois De la Province ignare et bégueule et nigaude,

Où les sots croient pouvoir vous donner Sur les doigts

Et rpi'on a bien raison de siffler tanl de fois ! Donc, à bas la Province ! Et pour une hyperbole Prends ce que je disais. Nous parlions du bonheur ; Robuste comme Atlas, riche comme Mausolc, T'n mien ami trouvait cette introuvable Heur... Où?... dans Paris, c'est clair. Et moi qu'un mal désole Et de qui tout l'argent tiendrait sur un sonnet, •le la trouvais dehors, c'est aussi clair et net.

« Le bonheur, » disait-il « c'est une ombre craintive ;

Plus nous la poursuivons, plus elle est fugitive;

Quand on va le chercher sous les zones d'azur,

Il esl sous les trimas; c'est un fruit jamais mûr,

Un diamant qu'on voil toujours au doigt des autres,

l'n messie attendu par dis milliers d'apôtres

Qui l'ont tué parfois en le méconnaissant...»

« Un orfèvre » disais-je « est, sans pierre, impuissant.

A reconnaître l'or ; le bonheur sur la terre,

Pour qu'on le reconnaisse, a de même sa pierre :

La souffrance. Le cœur, après avoir souffert,

Bien plus facilement à la joie est ouverl ;

Et le repos alors au sein de la campagne,

Entre une femme aimée et quelque blond enfant,

N'est-ce pas le bonheur? — Ah! très bien ! ah ! charmant!

Vous venez de relire à coup sûr Florian.

— Raillez, et néanmoins, lorsque l'ennui vous gagne,

Vous savez comme moi fuir les murs de Paris.

Fuir ses boulevards socs, fuir ses arbres en peine, El repaître plus loin vos yeux îles prés fleuris,

Des monts où naît la source, et de l'immense plaine !

— Les champs connue remède, à la bonne heure ! mai Les champs comme séjour continuel, jamais !

— Vous leur préférez donc cette visqueuse boue De nos places, cet air sans parfum, sans fraîcheur, Qui ronge les poumons et qui ternit la joue?

— Que me dites-vous là ! Paris, c'est l'éditeur, Le théâtre, l'esprit, le luxe, l'Empereur ;

Ce sont les monuments, les passages en fête.

— Paris une fois vu n'a plus rien de Paris, Et sa littérature arrive en tous pays.

Quant aux plaisirs d'autrui, ce sont des casse- tête

Si vous n'y prenez part. Au reste, ils sont jolis

Ces plaisirs : un repas chez Verdier où Ton mange

Pour de l'or quelques fruits qu'un fermier a pour rien :

Où l'on traîne avec soi ramassée en la fange

Une fille publique, où l'on trouve moyen

De se soûler aux flots d'un prétendu Langlade

Fabriqué sans raisin ; puis une promenade

A ce bois de Boulogne où le " camélia "

Racole le butor qui vous remplacera ;

Puis l'absinthe qui tue, et puis un opéra,

Et puis avec la belle une nuit infamante,

Et puis... nous connaissons les talents de Ricord !

Des plaisirs de Paris voilà la variante.

Alicante à vos yeux, mais toujours Alicante;

C'est l'uniformité comme aux vallons. — Encor

Voudrez-vous avouer qu'elle est bien préférable

A celle des vallons. — Personne n'est d'accord

Sur les goûts. L'Océan et la Seine ont un bord ;

I ii sui le bitume ou courir sur la sable,

CTesl courir. Restez donc dans cette orgie aimable, Qu'est-il besoin de plus? Vous avez le bonheur. Tour moi, je veux les eaux, les bocages, la Heur, La nature sauvage et les amours ilu cirur ; J'aime le plein soleil, j'aime le crépuscule, J'aime les vieux rochers, j'aime la renoncule Sur ma porte accouplée à l'odorant jasmin. J'aime le chien joyeux qui me lèche la main Pour m'éveiller, les (liants du coq, et dans l'étabh La vache qui mugit, el sur le toil penchés Les pigeons attendant les miettes de ma table, Et les moineaux voleurs sur les branches perchés, El les buissons poudrés de rubis par l'Aurore !...

( > Qère libei té, liberté que j'adore,

o vendange, ô moisson, ô senteurs de la mer,

< » tempête, ô si un qui nous viens du déseï i.

O pommes d'or jadis prises aux Hespérides,

o superbe olivier dont le front touche aux cieux,

() pin géant nourri par les algues numides,

O lune qui le soir sur les abîmes bleus

Traces vers l'infini ce long chemin de [eux,

() beautés qu'autrefois admirait mon enfance,

i lui m'avez fail poète el que je ne vois plus,

Seul bien contre lequ< ! aux démons apparus

Je céderais mon âme, inutile créance,

Comme dans la légende... ose-t-on sans démence

Vous comparer des quai-, des trottoirs? — Là-dessu

Je vous laisse rêver, mon cher ; je vous souhaite

des bœufs, îles rubans, la Et beaucoup de bonheur, si vous le — Qu'est-ce dune le bonheur ? qui le définira

Lors mon ami fit une pirouette

El répondit : •■ le bonheui . c'est cela

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