L'ANTIQUAIRE ET SES AMIS
Un certain amateur d'histoire naturelle.
Dans une chambre, la plus belle
De son logis, avait, avec un soin pieux,
Amassé mille objets rares et curieux.
C'étaient toutes sortes de choses réle-mêle et pour tous les goûts :
Des fleurs depuis Noé sur une pierre é< los< -, De vieux bouquins, de vieux sous Ornés du nom de médaille; lies poissons, des coqs, des matous Modestement remplis de paille; Des serpents parmi des cristaux ; l.< s plus superbes coquillages Cueillis aux plus Lointains rivages ,
Tous les vases, tons les tableaux Et des encans aurions e1 îles encans nouveaux;
Enfin mainte chinoiserie
Dont il faisait un peu partie.
Cette chambre pour l'homme était le saint-des-sain Il n'en permettait point aux profanes l'approche,
Et la clé, le jour dans sa poche, d1 la nui l sous ses coussins.
Il y mettait toute - loir»
il la montrait avec bonhi Etde chaque trouvaille à chaque visiteur
Il contait longuement l'histoire.
Un jour qu'il faisait ainsi voir
A deux amis venus la veille rie Heu qu'il appelait la huitième merveille,
Une discussion s'éveille
Touchant l'aile d'un oiseau noir.
« C'est l'aile d'un corbeau » dit le premier messire.
« D'un aigle » répart le second
« Puisque tu ne peux contredire Qu'elle appartienne au maître de maison. » « Vous vous trompez, c'est l'aile d'un oison, » Ajoute le vieillard, qui comprend la satire, « Or si ce ne sont pas mes plumes, pourrez-vous
Nier que ce ne soient les vôtres ? o
Disons moins du mal des autres,
On en dira moins de nous.