LAIS D'AMOUR
i Ih ! ma brune, oh ! qu'elli Quand son ardente prunelle Lance un éclair pour aveu ; Qu'elle est belle sur sa couche, Lorsque sa brûlante bouche Me couvre de baisers de feu !
Quelle est belle, quand la foule Sous ses fenêtres s'écoule Unanime à l'admirer ; .Vu\ bals où pour ses qui d On laisse les jeunes filles Dans ! isolement soupirer !
C est qu'elle est belle ma brune, Oh ! bien plus belle qu'aucune
Des déesses du sérail ; C'esl que de sa main jolie Jamais sultans de l'Asie N oseï m. ni ater 1 iventail
C'esl qu'elle est douée et fidèle.
Vive comme la gazelle De l'oasis des déserts; Et lorsque l'amour l'enflamme, Elle ressemble à la laine Oui soulève les vastes mers !
Et je l'aime : elle est si belle, Lorsqu'à genoux devant elle J'implore quelque soupir, Quelque ris, quelque mot tendre.
De ces mots qu'on veut entendre Devrait-on ensuite mourir!
I I je l'aime: en sa présence Notre éphémère existence Semble être un bienfail divin ;
E1 je l e, et je la prie
Comme le charmant Génie Qui sème de Heurs mon chemin :
I >iu. y t'aime, ô ma maitressi 0 l'objet de mon ivresse, ( ) la rose de mon cœur :
Je partagerai ta tlamme Toujours, toujours, car mon âme Prés de toi trouve le bonheur.
Le théâtre sans vous, madame, Devient un triste amusemenl :
Mais dès que vous entrez, mon ; Contre ce dégoût d'un momenl Touve un délicieux dictame l'uns voire sourire chai
Vous entrez, et les plus rebelles De bâiller finissent soudain ; Vous entrez, et parmi les belli Je vous cherche une égale en vain Car laissant l'ennui derrière elles L( - Gi âces vous donnent la main ;
['lus brillant que la luciole.
Votre œil noir attire et confond \ énus envîrait un.- épaule < )u les His se groupent en rond :
Et le talent d'une auréole Entoure votre joli froi
( >r ce une mon aveu respire D'enthousiasme louai i Ce que pour vous chante ma lyre Parfum qui retourne à sa tleur Mon âme heureuse nie l'inspire, A moins que ce ne soit mon cœui
Jim je rêvais prés du flot solitaire I in se auraient les étoiles en l< u, Et tout-à-coup du pied poussant la t< Je m'élançai vois le trône de Dieu;
Et là je vis sur les lèvres des anges
l'ci cci' la joie en sourire éternel :
Dans leur amour, au lieu de mots étranges,
Ils échangeaient un baiser fraternel !
l.t je me dis : pour goûter plus de fête Que ces esprits préférés du Seigneur, Il me faudrait le temps que la tempête
Met à briser l'épi du moissonneur ;
lu',
Je ne veux pas la puissance et la foudre, Je ne veux pas les prestiges de l'or, Ni des lauriers pleins de sang et de pou Ni le génie à l'immortel essor;
Contre le cœur d'une tendre maîtresse Qu'un seul moment puisse battre mon cœur Et de mon âme en contemplant l'ivresse L'ange à son tour envîra mon bonheur !
Les blanches vagues sur la
Venaient expirer tour à tour,
El leur voix qui n'a pas il" i
En berçanl mon cœur d'un dous rêve;
M'entretenait rie ton amour.
Quand le zéphyre, dans la plaine Que dore le déclin du joui .
;ail les feuilles du chêne, Le bi uit léger de son haleine M'entretenait de ton amour.
Los chants joyeux que l'hirondelle Modulai! sur la vieille tour Où la nuit s'abrite son aile.
El les accords de Philomèle M'entrçtenaienl de ton amour.
L'eau qui bruissait sous la verdure Où s'égara le troubadour :
Chaque soupir, chaque murmure, Chaque souffle de la nature M'entretenait île ton amour !
Lorsque vers moi ton front s'incline Comme le lys de la colline Sons les gouttes d'or du matin.
Lorsque j'ai les mains dans ma main, Que mes lèvres audacieuses A tes lèvres si gracieuses Dérobent un baiser divin ;
Que je respire ton haleine,
Que ta chevelure d'ébène
De ses boucles effleure à peine
Mou visage qui te sourit,
Que sur toi mon regard se pose
Comme l'abeille sur la rose,
Comme un passereau sur son ni
Et que nous devisons ensemble D'un amour plus pur qu'une Heur, 0 ma chère, alors il me semble Que les seuls moments de bonheur, Sous les lambris et sous le chaume.
Ici-bas se comptent à l'homme Par les battements de son cœur !
L'alcyon qui fuit 1rs rivages, Confie au souffle des orages Le soin de bercer ses amoui s, Et la passagère hirondelle Vient tous les ans, à tire-d'aile, ! aire son nid aux mêmes tours
L'un ruix flots demande un asile.
L'autre sur un chaume fragile Des froids évite la rigueur; • Partout ou s'aime sans mesure, L'amour fait vivre la nature Et l'ait pai toul battre le cœur.
Il:
El moi i aime, et toute mon àm<* S'anéantit dans cette Qamme, Je suis esclave de ma foi, J'aime, je languis, je soupire, .Faillie, j'aime jusqu'au délire, El toul cet amour est pour toi.
Oh! combien de fois ta pensée Dans mes doux rêves s'est placée Comme une fleur sur mon Q ' ■ : lis ta riante ; Dans un voluptueux mirage A semblé me tendre la main !
Souvent sur ta lèvre candide J'ai cru coller ma lèvre avide Et boire l'amouf à longs traits Et souvent, ô ma vierge pure, is à ma vie obscure inée et tes attraits !
Mais, hélas ! ce
Et nul oracle ne déroule
Les mystères de l'avenir :
("n mortel pourrait-il nous dire Si le destin doit nous sourire.
Si nos astres doivent s'unir .'
Le ciel toujours me crie « espère .
Chacun pour soutien sur la terre N"a-t-il pas un ange avec soi? »
J'espère donc, mais de ma vie le donnerais une partie Pour que cet ange ce lût toi!
Hier dans ma chambre où la fort N'a pas besoin de gros verroux, Aux pâles clartés de la lune Je pensais à vous, ô ma brune, Ma brune, je pensais à vous ;
Et sur un rayon de lumière Une fée arrivant des deux Surprit ma muse roturière :
Ses petits pieds comme poussièj i Laissaient des rubis précieux :
El la fée ôtant sa couronne La mit en riant sur mon fronl :
h Prends, « dit-elle « je te la do Pour l'amante Adèle et bonne Toutes ses fleurs tiennenl un do
Une fleur sera la richesse; Une fleur sera la beauté; L'autre, l'éternelle jeunesse ; L'autre, la grâce enchanteresse .
Une autre, enfin, la volupté !
Mais pour que chaque fleur galante Se transforme ainsi tour à tour, Il faut que la Adèle amante Dans tes bras toute palpitante Te jure un véritable amour! »
La belle fée alors m'embrasse.
Puis sur 1rs ailes des zéphyrs Elle ouvre son vol dont la trace, A travers les champs de l'espace,
Forme une ligne de saphirs. .
Et cette couronne divine.
Aux fleurons toujours embaumés, Aux roses toujours sans épine, Elle est pour vous, gentille ondine, Elle esl pour von-, si vous m'aime/.
Mes vœux vous paraissent étranges, Mes désirs vous paraissent fous, Comme un refrain de billet-doux Vous considérez mes louanges :
« Je suis trop vieille » dites-vous.
Vieille! Qui le croirait? Personne.
Et vous m'en voudrez bien longtemp Si jamais au mot je vous prends.
Et si j'ose aux fruits de l'automne Préférer les fleurs du printemps.
Li s Elis entourenl votre tête, Voire guimpe cache un trésoi .
Les Grâces font votre toilette :
Vous n'êtes donc pas vieille en< or Puisqu'encor vous êtes coque
D'ailleurs, ce que la bouche 'lit Prouvez-vous que le cœur le veuille Une vieille de votre espril s, lit qu'une femme qui vieillit Est une l'ose qu'on effeuille '
Les soupirs que le vent d'automne Pousse aux vitraux du vieux manoir L'hymne qu'on chante à la madone Dans la nef obscure, le soir; La voix des anges en prière, Ou des flots qu'on entend briser...
Valent-ils le doux bruit, ma chère, D'un seul baiser?
Sous le vert gazon de la plaine Suivre les ondes du ruisseau ; Des orangers sentir l'haleine.
Guetter les amours de l'oiseau ;
Des nuits d'oùt goûter le m
De soleil ardent se griser...
Je préfèreà cela, ma chère,
Un seul baiser !
Partout l'homme inquiet s'agite, Brûlé de la soif du bonheur, Sans que gloire, trésor, mérite Puissent jamais remplir son cœur Eh bien! ce rêve delà terre.
Moi, pour le voir réaliser, Je ne voudrais de vous, ma chère, Qu'un seul baiser!
A Lucie
Vous désirez savoir comment aime un poète,
C'est vous montrer sans doute un peu coquette N'importe, je vais obéir :
Lorsqu'une des Grâces commande, Ne faut-il pas qu'à son désir La plus fière muse se rende ?
Jamais, entant, vos songes du matin Dans un idéal incertain Ne vous ont figuré de volupté plus pure Jamais votre blonde figure
\r s'esl épanouie à de plus beaux rayon! Comme le lys dans les vallons Garde la goutte de rosée, Le cœur d'Ossian ou d'Orphée Garde les nobles passions.
Au culte qu'il porte à la femme
Un connaît le poète; afin qu'il pût aimer Les dieux ont daigné le former
De sensibilité, d'barmonie et de flamme.
La brise du soir,
La chaste prière.
Le flot sous le lierre,
Et la vague amère
Sous le rocher noir, Le passereau sur la cbaumine Saluant l'astre qui décline Derrière un vieux mont contourné, La dernière chanson du cygne, Le premier cri du nouveau-né, L'arrêt de grâce au condamné Que déjà le bourreau désigne.
Et les ballades du berger Que l'angélus ramène au gîte, Et l'hymne que le pauvre ermite Entonne sous l'humble verger, Et le cantique du martyre, Et l'orgue saint qui nous attire Dans la nef du saint monument.
Et les fanfares d'une fête...
-"ut bien moins doux, ô mon enfant,
Que la voix du jeune poète
Qui tout bas d'aimer fait serment.
Aimer ! oh ! que de gens ignorent le langage Du tendre aimer! Ils voient à travers un nuage, Ils n'ont jamais plongé leur regard dans les cieux. Aimer, c'est vivre ici comme vivent les anges,
Mieux que sur les plus riches franges, C'est poser notre front sur un front gracieux ; Aimer, c'est respirer l'haleine d'une femme, (l'est lire dans son œil des poèmes d'amours, C'est mettre sur son cou des baisers pour atours,
C'est dévoiler toute notre âme, C'est jeter à ses pieds talent, richesse, honneurs. Pour elle à l'avenir demander des couronnes. Choisir les plus beaux fruits des plus belles automne Du printemps le plus gai les plus suaves fleurs ; Aimer, c'est n'avoir plus de désir sur la terre Lorsque la femme aimée a comblé nos désirs. i l'est auprès d'elle avoir les seuls plaisirs
Et le seul baume à la misère, C'est vivre de sa vie et mourir de sa mort, C'est dans ses mains faire vibrer la lyre.
C'est lui payer chaque sourire
Par un baiser brûlant et fort...
Aimer ! Quel homme a dans la bouche Pour exprimer l'amour des sons assez puissants?
Quelle vierge en a sur sa couche
Jamais entendu les accents?
Le cœur n'a qu'un mot pour langage :
■I aime : et l'indifférent dans ce mot ne voit rien.
Ainsi le prêtre égyptien Aun flancs des sphinx, monumentale page,
Gravait la symbolique image Dont les initié* comprenaient seuls le sens.
Mais il est des heures d ivj esse, Il est de chaleureux instants
Où le souffle d'une maîtresse Ranime les moins éloquents.
Comme notre coupe déborde Sous la mousse blanche des vins. Comme au troubadour qui l'accorde La harpe rend des sons divins.
Dans les étreintes d'une femme, Ravi de sa félicité, Le poète exalte son âme Avec un hymne à la beauté :
Alors toutes les mélodies Que sa langue verse et qui vont Se perdre aux sphères infinies, De l'amour sont l'expression.
Vous ne le croyez pas. et vous trouvez étrangi Qu'aimer soit le don seul du poète el de l'ange; Eh bien ! encouragez ma vive passion.
Laissez sur votre sein de neige Sans qu'un voile jaloux de ses plis le protège, Comme sur un jasmin l'avide papillon, Laissez-moi promener ma lèvre frémissante, Laissez-moi dans vos bras m'éblouir, m inspirer El «lu poète aimé la parole enivrante.
Comme les chants du cygne au moment d expiri Comme les chants du cloître àl'heure où tout sommeilli • Connue les chants degloire au triomphe d'un roi, Charmera longtemps votre oreille :
Vous le vonv/. soyez à i '
De vos cheveux défaits baisant les blondes tresses Mes coudes appuyés sur vos genoux tremblants, Regardant vos regards humides de tendresses, Dans mes doigts tenant vos doigts blancs. Je vous dirai les douces choses Que le scarabé dit aux roses ; E1 votre tête à la fin sur mon front. Comme le dahlia courbé par l'aquilon, S'inclinera pensive ; et semblable aux murmures Qui parcourent la nuit, de vos lèvres si pures Un mot s'échappera faiblement, mot divin, Mot sublime, sacré, qui fait bondir le sein, Mot que le fat prodigue et cpie vénère Le poète, pareequ'il croit ; Et les anges au ciel, les sylphes sur la terre, Entendront seuls ce mot, ce soupir, ce mystère : Je ne l'entendrai pas, mais vous serez à moi !
A moi! Qui vous dira l'ivresse De nos transports éblouissants'' Qui vous dira de mes accents L'enthousiasme et la noblesse?
Quand verrai-je d'un peu d"amom
I ne femme égayer ma vie ?
N'est-ce pas encore mon tour?
L'espérance de jour en jour
Doit-elle aussi m'être ravie?
Oh ! je vomirais cueillir les fleurs des églantiei En former un lapis devant votre couchette
Pour appuyer vus petits pieds ;
Moi-même de votre toilette .le voudrais détacher les précieux eh i lions.
Et puis, vous prenant demi-nue, Doucement vous poser sur vos mous édredons
Comme une naïade ingénue
Sur les touffes des frais gazons '
Quel beau rêve, Dieu ! quel beau ré- Mais le moyen d'en venir là?
Comme Adamastor qui se lève Entre l'Océan et Gama, Entre nous deux un fantôme se place • C'est l'Indifférence qui va En ayanl pour cœur une glace...
El je donnerais cependant Contre une nuit de vos caresses Tous les parfums de l'Orient, Le trépied des vieilles prêtresses, Les porcelaines du Japon.
Toutes les merveilles de Sèvres, Le nectar que portaient aux lèvres Les dieux déclins de l'IIélicon, i.t tous les miroirs de Venise,
El tous les mets de Sybaris, Et les vases d'or de l'église, E1 la l'erse, et l'Inde, et Paris, El loul le sable du Potose, El sur une feuille de rose Ces vers par une fée écrits"
Mme de vous, aimé ! pourrai-je bien le ci Cet aveu n'est-il pas un mirage illusoire? A.vez-vous consulté vos battements de cœur? Est-ce de la pitié pour un sort qui vous I
Dites, il. ois votre i lie
Est-ce une aumône san valeur ?
Quoi! vous m'aimez ! Ce mot est si plein d'harmoni< Si tendre qu'on dirait que je vis d'une vie Meilleure, queje suis au comble des désirs, Que dans un autre azur mon destin se déroule, Que déjà mon pied foule Toutes les roses des plaisirs '
Si vous m'aimez, enfin va luire mon étoile. L'abandon et l'ennui la recouvraient d'un voile Mais l'amour à présent lui rendra mille éclats L'amour, le saint amour, c'est là tout le poète Quand son âme est muette, Son astre aussi ne brille pas.
Il faut que le poète ici-bas chante et prie; Il faut qu'à son chevet un ange lui sourie ; Il faut <[iie pour la femme il dresse des autels. Qu'il y fasse brûler sou cœur en holocauste, Qu'en tremblant il accoste L'aimable reine des mortels !
( )!i ' c'est (pie le poète est digne de la femme; C'est que son âme seule est la sœur de votre âme ; Que Dieu nous anima tous deux du même amour; Que s'il nous lit rêveur, pour nous il vous (it bonnes ; Que les mêmes couronnes Au ciel nous attendent un jour !
Oh! si vous dites vrai, merci, soyez bénie; Merci de mon bonheur, de ma joie infinie ; Merci de ces transports qu'en moi-même je sens Qu'importe un avenir menaçant de détn sse? Devant lui je me dresse E1 je croise des fias puissanl -
Tu m'aimes!! dis-moi donc, dis-moi si ta pensée Est de mon souvenir bien souvenl caressée, Si mon nom bien souvent l'ait palpiter ton sein, Si, lorsque de ton lit les draps jaloux s'entr'ouvrent,
Tes lèvres pures s'ouvrent Pour prier Dieu sur mon destin :
Dis-moi si tu languis, dis-moi si dans un songe Mon image évoquée en extase te plonge, Si les lutins joyeux vont bercer ton sommeil, Si parfois une fée à me servir discrète Pose sur ta toilette Un frais bouquet pour ton réveil.
C'est que, vois-tu, je doute, et le doute me peine : N'as-tu pas imité les (liants de la sirène'.' Ton aveu serait-il comme eux doux et trompeur ? Ne dois-je pas plutôt juger cette parole Un compliment frivole, Un mensonge sous une fleur?
Viens donc me rassurer, viens : lorsque la nature Sous le manteau des nuits s'assoupit et murmure, Lorsque le firmament étincelle de feux, Le long du vaste fleuve où plongent les prairies. Enfants des rêveries Nous irons deviser tous deux '
Viens, le rossignol seul aura nos confidences; Des sylphes dans les airs nous entendrons les danses; Je plîrai devant toi les tiges du gazon; Et sur les belles fleurs que j'aurai répandues Comme Mab sur le nues Tu poseras ton pied mignon !
A Lucir
Quand les vagues comme des pleurs Baignenl le tranquille rivage, Devant la beauté delà plage La Foule heureuse des rameurs Oublie entièrement l'orage :
Eq fuyant le monde importun Dans les sentiers d'uni' ravine, Souvent pour cueillir l'églantiw On se pique, mais son parfum Faitbien vite oublier l'épine;
Du printemps par mille chansons Les passereaux sur la toiture Chantent la naissante verdure :
N'ont-ils pas aux premiers rayons Oublié la triste froidure?
Vous dont 1 "amour si vrai, si doux, Avec les roses qu'il y sème M'a rendu cher l'exil lui-même, Oubliez mes soupçons jaloux En voyant combien je vous aime !
A m.uki
Comme la rose que colore L"astre aux mille rayons de feux.
Comme le bocage où l'aurore Appelle en été les grands bœufs,
Comme le Ilot que le flot pousse, Monde d'or et de diamants, Comme cette lumière douce Qui scintille aux vitraux romans,
Comme l'étoile, œil fantastique Qui suit les pas des amoureux, Comme les ruines d'un portique Dépouillé jadis de ses dieux,
Gomme la pieuse madone
Qui protège aux champs les vieux toits,
Comme la plus riche couronne
l)u plus riche de tous les rois,
Comme une vivante sculpture De Praxitèle ou de ['radier, Connue la splendide nature A qui Dieu donna le palmier,
Comme la mer qui dort puissante Après l'orage au pied du roc, Comme la plaine dont lé soc Fait une autre mer jaunissante,
Comme le rêve de bonheur Dont on voit la vierge sourire, Comme tout ce que dans son cœur Le poète ici-bas admire...
Vous êtes belle avec vos yeux T3'où jaillit un éclair d'ivresse, Et votre front si gracieux, Et votre taille de princesse.
Belle, bien belle : aussi jugez Combien mon transport fut extrême Lorsque vous mites deux baisers Sur ma bouche en disant c je t aime '
Quand le fruit esl bon à cueillir, Il jette aux brises de l'aurore, A chaque instant, par chaque pore, Ce parfum qui le fait choisir ;
Quand la Heur des bois est éclose Au soleil de la liberté, Elle n'attend plus qu'une chose :
C'est un regard pour sa beauté.
Comme la fleur de la charmille, Comme le finit plein de saveur.
Ton cœur se sent, ô jeune fille, Prê1 pour les délices 'lu cœur.
Pourquoi de la douce nature Contrarier la douce loi?
L'heure est venue aussi pour toi Aime donc, aime sans mesure.
[ci-bas, pèlerins d'un jour.
Nous n'avons de réelle fête, De réel plaisir que l'amour; Tu peux en croire le poète.
Aime donc, aime sans remords .
Pour aimer, Dieu t'a faite belle.
Les sylphes t'ont donné leur aile.
Les cieux enseigné leurs accords.
Si l'amour est mis par le monde Après de prétendus devoirs, L'amour doit faire comme l'onde :
Passer sur les abîmes noirs.
Semblable au passereau sauvage, 11 plane au dessus des buissons Que des vieillards sans passions Amoncellent sur son passage.
Suis donc l'exemple de ce fruit, De cette Heur qui vient d'éclore :
Remplis ton destin, .jour et nuit Pense au tendre ami qui t'adore;
Et pour lui payer <et amour
Qui devant tes beaux yeux l'incline,
abandonne-lui qpielquejour
Ton sein plus blanc que l'aubépine.
s. h» Gère après ce1 abandon :
Si le dévot, arbitre étrange,
De Fainant veut faire un démon,
Dieu de l'amante t'ait un ange !