‹ Les fleurs de CannesChapitre 4 sur 55 · LE MIST · texte numérisé non relu

LE MIST

D'où vient ce bruil ? Sur les vitrages Quels sont ces sifflements sauvages?

Qui précipite ainsi les airs?

Quel est dans noire ville entière Ce rideau mou van l de poussière Qui par fois masque la lumière?

Quel fléau rend les quais déserts ?

Sait-on pourquoi les maisons tremblent' Pourquoi les grands oliviers semblent, Comme au triomphe d'un rival.

Courber leur gigantesque têle ?

Pourquoi la voix de la tempête

D'écos enécos se répète?

C'est que Dieu lance le mistral. 1:)

Et le noir liran du rivage De son antre fuit avec rage :

On croirait que mille démons, Jetant contre l'espèce humaine Un cri de menace et de haine, Joignent leur formidable haleine Pour déraciner lous les monts.

Chars, toits, pins, murs, rocs, faites place. Pour chemin il lui faut l'espace, L'espace aux quatre coins des cieux ; La mer de\ant lui se replie Vague sur vague : la prairie Se fend ; et la source tarie N'a plus d'oiseaux harmonieux.

Les mâts du lougre qu'il incline, Comme l'arche qu'un Heine mine Craquent; sous son souille puissant

La voile flotte etseuechire Plus que le simple cachemire D'une jeune amante en délire Sous les doigts fiévreux de l'amant.

Femme, va prier sur la grève , Remplace un cierge qui s'achève :

L'anime est grand , le vent est fort , Le marin au loin n'a personne Que tes larmes à la madone.

Promets un beau calice jaune Pour qu'elle l'arrache à la mort.

Plusieurs fois, le soleil au monde Redonne sa chaleur féconde, Et toujours gronde le mistral.

Aussi, quand tombe la colère De cet émule du tonnerre, Que de débris jonchent la terre, Disrne encens d'un être infernal !

Tous ces conquérants homicides Que suivaient des bandes avides En ont moins semé sous leurs pieds:

Très souvent il casse, il entraîne Une branche d'olives pleine Où l'Iroquoi pourrait sans peine Se creuser des canots entiers.

Abattis, décombres et ruines :

Il a passé sur nos collines Comme le simoun autrefois Sur les phalanges de Cambyse, Comme la nuée indécise Sur Gomorrhe au banquet assise.

Comme la haine sur les rois.

— ~*I/VWWWWWVWW\A/VV

3TALG

JLa Garonne, ô fille des airs, Pour toi n'a que des flots profanes ; C'est l'heure d'en fuir les hivers.

Allons 1 des hauteurs où tu planes Cherche mon clocher, à travers Les grands espaces diaphanes.

Vole, vole. Où la brise aura

Plus de fraîcheur, plus d'harmonie,

Où le plus beau ciel brillera,

Où de la plus verie prairie Le plus doux parfum montera, Arrête : c'est là ma patrie.

C'est Cannes. Regarde. Son front A le soleil pour diadème ; Tout l'univers en sait le nom, Et dans tout l'univers on l'aime, Car il lui suffit d'un rayon Pour guérir le malade extrême.

Ah ! que ne puis-je comme toi Y fuir, o charmante hirondelle !

Que n'y puis-je sous mon vieux toit Préparer un gite à ton aile !

Mais hélas ! dans l'exil, sur moi Le sort pose une main cruelle.

Va; raconte à mes chers amis Combien pour eux mon cœur soupire Dis-leur que le mot de pays Fera toujours vibrer ma lire ; Dis-leur d'accueuillir ces écrits Par un bravo, par un sourire.

Va, va revoir le sable blanc.

Les pins, les rochers, l'onde amère ;

Va saluer chaque parent ;

Et sur le tombeau de ma mère

Où la croix fait gémir le vent,

Pour moi murmure une prière.

Toulouse, octobre 1855.

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