DE FER
A Lc'opold Amal
Ifêcheurs, quittez votre madrague, Ecoutez : le bruit de la vague Par un autre bruit est couvert.
Serait-ce point la sainte Baume Croulant ainsi qu'un toit de chaume? Ciel ! ce sont les sanglots d'un bomme Qui sanglote plus que la mer.
Quelle poignante et triste plainte I
Elle arrive de celle enceinte
Dont les grands murs surplombent l'eau.
Qu'est-ce ? Demandez à l'abîme :
lin roi qui ronge une victime Comme Ugolin. Et tout le crime Fut pcutêtre un même berceau.
On a de l'humble créature Rivé la tête en une armure.
Est-ce bien un fils de Bourbon?
Nul n'a jamais vu son visage; On a tout pris au personnage, Liberté, famille, héritage, Jusques aux traits, jusques au nom.
Pêcheurs, de Sainte-Marguerite Vous vous éloignez au plus vite; Vos a\ irons boivent les [lots.
Tremblez-vous, amis, vous dont l'âme Ne craind ni l'onde ni la flamme ?
4e comprends : le geôlier infâme Vous a menacés des cachots.
Reste donc seul, ô pauvre Masque Sous ton abominable casque Distille encor ces autres pleurs.
Pleurer soulage : la paupière A les pleurs, comme la clairière A les oiseaux et la lumière, Comme la prairie a les (leurs.
L'hiver, lorsque l'ouragan gronde Et que bal la lame profonde Au liane de ce sombre château, Pour toi c'est une vive fêle, Car souvent la blanche mouelte, Celte fille de la tempête, Voltigea Ion épais barreau.
Mais, quand les airs sont diaphanes, Que là-bas tu distingues Cannes Assise à l'ombre du palmier, Que t'arrive la voix lointaine Des marins, que la baie est pleine De clartés et de fraîche baleine, Je le plainds, pensif prisonnier.
Et néanmoins espère, espère :
Le paradis après la terre, après l'éclair l'horizon bleu ;
Espère : plus que les planètes, Plus que les monts aux vastes crêtes, Plus que les champs de pâquerettes.
Tu despote fait croire en Dieu.
Un jour s'ouvre le cimetière
Où déjà sous la froide pierre Marlir ettiran sont égaux.
Et d'où, changeant enfin de rôle, L'un avec la nimbe s'envole, L'autre avec l'affreuse auréole Des nuonnements infernaux.
Alors, alors, ô Masque étrange, Tu verras, recueuillis par l'ange, Tes pleurs dans un calice d'or ; Tu verras, pour frapper sans trêve Ce monstre qui sécha ta sève, Le bras du Christ armé d'un glaive Flamboyant comme le Thabor.
Ici-bas lugubre est ta gloire ; Tu domines toute l'histoire; Et ta silouette fait peur ;
Sphinx que imUe bouche ne nomme, Stigmate éternel d'un royaume, Tu semblés être plus qu'un homme ; Serais-tu l'esprit du malheur?
Ah ! si jamais aux basiliques L'heure des belles républiques Sonne comme un joyeux concert.
Pour qu'un roi passé par les armes N'arrache à personne des larmes, Entre la foule et les gendarmes Apparais, ô Masque de fer.
\ Adolphe Juiiunr
« Allah, j'aime le désert d'eau Et ses colères formidables ; Mais, quoique ce désert soit beau, J'aime mieux mou désert de sables.
Allah, lu peux m'offrir ton sel, Car si mon bras porte la chaîne, C'est que ma cavale d'ébènc Fut tuée aux abords du Tell.
Allah, Ben-Ali n'est point lâche :
Tu l'as vu, sans sueur au front Sans perdre un poil de sa moustache, Plusieurs fois combattre un lion.
Allah, le Frank de la conquête t En main a des canons de fer ; Et le Croyant dans sa défaite N'est tombé que sous leur éclair.
Allah, ma bonne carabine N'avait plus de poudre à manger ; J'étais au fond d'une ravine Sanglant, quand me prit l'étranger.
Allah, je me crois encor digne De planter ma tente, et de voir Jouer ma fille avec le cigne Ou la gazelle à l'abreuvoir.
Allah, Ben-Ali l'en conjure, Rends-moi mon sauvage désert Où l'homme endormi sur la dure S'éveille libre comme l'air. »
Ainsi priait un jeune Arabe ; Et ses ieux suivaient les goélands, Et ses pleurs tombaient chauds cl lents Sur les rocs où glisse le crabe.
El nos Ilots, qui viennent d'Alger El mouillaient sa large babouche, De leur voix semblaient prolonger La voix plaintive de sa bouche.
Ben-Ali rêvait le retour ; Et, rayons d'or ou noir orage, Ben-Ali tout seul au rivage S'en allait prier chaque jour.
Malheureux ! la terre est petile Comparée au pays natal.
Or l'île Sainle-Margucrile Est stérile comme l'Oural. •"
Elle n'a rien des grandes choses Qu'on voit dans les champs Africains Ni les douces dattes écloses, Ni la panthère aux souples reins.
Ni simoun qui brûle le crâne,
Ni fantasia de chevaux, Ni pittoresque caravane Aux longues files de chameaux
Elle n'a pas même l'eau pure D'un simple puits du Sahara.
Elle Bédouin sentait là Etouffer sa forte nature.
Pauvre Ben-Ali! Très souvent Il réclamait ses Hères armes, Il avait honte de ses larmes, Il montrait ses deux poings au vent.
Vain courroux et vaine souffrance !
Les mois succédèrent aux mois :
Puis il perdit tout à la fois L'esprit, la santé, l'espérance.
]l languit. Le froid déson ccteùr
Gagna ses os ; sa noble lêle Se courba, comme la tempête Courbe le pin sur la hauteur.
11 mourut. Sa femme chérie Manquait pour lui fermer les ieux:
Est-ce donc un crime odieux D'avoir défendu sa patrie ?
Les touristes, qui chaque bivef Se chauffent au soleil de Cannes, Dans nie du Masque de fer Vont voir un lieu plein de liant1?.
Plein de lentisques, d'arbousiers Se mêlant aux bruyères grises, Aux épais cactus, aux palmiers,
Aux fenouils hauts comme (]ef, frises.
En ce lieu, d'agrestes tombeaux Sont épars sous l'herbe vivàce, Semblables à des nids d'oiseaux Avant que la faucille passe.
Un tertre pavé de caillons, Trois [lieux aux pieds, trois à la tête, C'est tout le luxe ; mais dessous Dort un brave fils du Prophète.
Là reposent les ossements
De Ben-Ali. Daigne, ô touriste,
Ne pas l'aire fuir les faisans : •''
Leurs jeux rendent la morl moins triste
L'.OLl
Crisl, officier an Hm
il lions! brunes lillelles, Le malineux rayon De lueurs violettes Couronne le Canlong! --
Quittez vite la chambre,
Prenez les grands paniers :
Nous sommes en décembre, Le mois cher aux fermiers.
Hier, autour de la ville Soufflait le roi mistral :
Ce sera plus facile De combler le panai. -"
Voyez la bonne aubaine ' Chacune de vous peut Pour la Noël prochaine -' Gagner un foulard bleu.
Vite ! les olivettes Montrent leurs guêrels pleins Courez-y, mesbrunettes, Ramasser des deux mains.
C'est vrai, les engelures Cuisent au moindre froid Mais les olives mûres Sont si douces au doigt I
D'ailleurs toujours quelqu'une D'entre vous sait chanter La chanson opportune Oui fait patienter ;
El, là-haut dans les brancha Par fois le gai pinson K Mêle ses mites franches Aux vers de la chanson.
Sur les lointaines crêles,
Autant que voient les ieux.
Ce sont des olivettes Baisant le boni des cieux.
Si dans notre Provence
Chélif est l'olivier,
A Canne il est immense
Comme le marronnier.
J'en connais qui sans peine Pourraient de leurs rameaux Couvrir un chef d'Ukraine Et cent de ses chevaux :
J'en connais don! le faite Est [dus haut que la tour Que le Templier a faite A la Castre un beau jour
J'en connais dont les brandies Aux futurs ateliers Procureront des planches Pour Irenle mobiliers ;
J'en connais où vingt hommes Sont montés à la fois, Semblables à des gnomes, Couper le menu bois.
Plus le sol est aride, Plus l'olivier produit De son huile, or liquide, Sang du lustre qui luit.
11 ne craind qu'une neige Persistante dans l'air:
Or Dieu qui nous protège Nous donne un chaud hiver
Aussi tout est en fête :
Nos vallons ont la Heur Nos monts ont l'olivette Nos toits, le voyageur:
.Vos cieux, uni1 lumière Qui guérit les poumons :
Et nos mers, le saint-pierre Le plus fin des poissons.
Partez, ô paysannes, Ne lardez plus: déjà Le coq de ses dianes
Montez aux olivettes, Ramassez sans délais Ce fruit que les poètes Consacrent à la paix.
Puis laites la prière A la croix du chemin, Pour que la bonne Mère Aux keirons metlc fin. -
A Elisée linhh
il est à Canne une colline Taillée à pie sur la ravine Et se terminant en plateau.
Au bas, le Rhiou fangeux serpente Au sommet, une faible pente La joind à la ruine imposante Qui fut le féodal château.
Brûlé comme le sol d'Afrique.
Ce monticule granitique
Ne portail que des caroubiers :
Là, fuyant la classique salle, Enfants nous jouions à la balle.
Ou bien à chasser la cigale Nous passions des jours toul entiers.
Tel qu'un innocent sous le glaive.
Sous la serpette l'arbre à fève Est tombé; son nom gracieux Reste toujours h la colline ; Mais, loin de la troupe enfantine, Une forci de croix domine Mainlenanl ces abruptes lieux.
On en a fait le cimetière :
Le champ de joie et de lumière
Est devenu le champ des morts.
Combien j'aime ce saint asile
Qui semble ainsi garder la ville,
Et d'où l'ange de l'évangile
Est pins près pour bénir les corps !
Hicn n'y vient troubler le silence A la prière qui s'élance Rien n'apporte distraction ;
Quand la douleur la plus amère, Celle d'avoir perdu ma mère, Fait couler mes larmes à terre, J'entends ma mère qui répond.
Par fois, le dieu mistral y passe ; Son souffle salutaire efface Les marques des profanes pieds.
La mort est peulêtre la vie ; Si par la venimeuse envie La gloire doit m'êlre ravie, Que je sois vite aux Caroubiers !
Tout rôle aux Caroubiers s'achève.
L'égalité que chacun rêve, Elle est là, sous le marbre blanc Qu'on grave ainsi qu'un reliquaire Et sous l'humble bloc de calcaire, Pour le noble et pour le vulgaire, Dans les vers qui rongent le flanc.
Egalité, vierge féconde,
Et loi, Liberté, dans ce monde
Dcscendrez-vous jamais ? Les monts
DonnerU aux nids le même ombragi L'izard n'a sur son pic sauvage D'autre maître que le nuage :
Nous, fils des hommes, espérons.
Comme une comète argentine
Mena jadis en Palestine
Des rois vers la divinité,
La Science aujourdhui, sans chaîne
Et le front plein de soleils, mène
Vers la république prochaine
La frémissante humanité.
— yvoWi'V. .-.-...
A mon fils Astolphe
ie voici donc, ô petit être, Fruit vivant de l'arbre éternel ; Sur les lèvres je viens de mettre Mon premier baiser paternel.
Oh! le joli regard qui brille !
Oh ! le tout mignonnet menton !
Ta bouche ressemble au bouton D'une églanline de charmille.
Elle offre un si léger contour, Elle a tant de délicatesse, Que jecrainds que ta mère un jour Ne la boive en une caresse.
Comme chacun le trouve beau !
Comme on te dit de belles choses !
Cannes n'a pas assez de roses Pour les coussins de Ion berceau.
Us sont blancs nos jasmins de Cannes Que nous cultivons à pleins champs, Que nous cueuillons à pleines mannes, Mais les gentils pieds sont plus blancs.
Jamais le songe, qui voltige Au chevet où la vierge dort, N'a porté sur ses ailes d'or Un aussi gracieux prodige.
Voilà dix. ans que je t'attends, Dix ans qu'après loi je soupire:
Je te presse enfin, je l'entends, J'aperçois presque ton sourire.
Du seuil de la vie au saint lieu Sont retournés tes quatre frères:
Ils trouvaient froides les prières, Et le soleil moins pur que Dieu.
Toi, sans aucun regret, tu changes Le ciel contre mon noir destin ; Tu préfères ta mère aux anges, Aux divins mets mon humble pain.
Mais aussi, charmant petit être, Où trouverais-tu plus d'amours Qu'en nous, nous qui saurons toujours Bénir l'instant qui t'a vu naitre.
Grandis vite, ô sang de mon sang, Tendre Heur de mon existence ; Viens par ton babil innocent Réconforter ma défaillance.
A toi mon travail rude et long, A toi mes fiers rêves de gloire :
Je ne veux pas cesser d'y croire, Puisqu'elle peut orner ton front.
Grandis bien vite, ô mon Aslolphe,
Pour que je me mire en tes ieux.
Comme le nuage des cicux Se mire dans les flots du golfe.
Va ! ta mère et moi, de concert, Ferons si douce ton enfance :
Ton bonheur est payé d'avance Par ce que nous avons souffert.
Et puis nous ne demandons guère Pour toi de grand don au Seigneur Qu'il daigne te donner du cœur, Surtout envers ta bonne mère.
A Alphonse Karr
Si on cher ami, vous n'êtes point à Cannes. Pourtant sa plage a des fonds bien sablés ; 29 Ses orangers, hauts comme des platanes, Pour toute serre ont les airs diaphanes ; Elle a des champs de fleurs et non de blés :
Géraniums qu'on transporte en charrettes, Rosiers plantés comme vignes ailleurs, Gazons formés rien que de violettes, Et cassiers aux boules si coquet les, Et blancs jasmins aux si pures odeurs.
Les nimphes là devraient être cueuilleuses, Et les dieux seuls devraient être fermiers. Quelle raison, ô roi des bourdonneuses, Vous retient loin de ces rives heureuses, Quand votre mère y dort aux Caroubiers? :w
Vous préférez Nice la grande ville, Le froid théâtre et les fades concerts ? Cannes vous offre un minaret Kabile, Un golfe illustre, une plus illustre île, Un Estérel plein de vallons déserts.
Cannes surtoui offre de vives l'êtes Où, le vieux temps reparait franc et bon, Où pour guider les ébats des fillettes, Le galoubet lance ses ariettes, Le tambourin son tintement profond.
Saint Cassien, c'est notre romérage ; Lorsque juillet force à l'aire un détour Pour rechercher l'indispensable ombrage, Que la pastèque a mûri son breuvage, Chez les Cannois se lève ce beau jour.
Vous connaissez la gentille colline
Où, pèlerins du piquenic, ils vonl :
Fier tumulus, au loin elle domine
La plaine, ainsi qu'un bouquet d'églantine
Posé par Dieu sur la jaune moisson.
Quels pins géants, et quels ormeaux superbes ! Dans le ciel bleu leur front arrête au vol Les gais moineaux, ces gais larrons des gerbes ; Et leur pied semble, au sein des grasses herbes, Plus que le sphinx faire plier le sol.
C'est là qu'on va. Dès la naissante aurore, Ont accouru les joyeux paysans, Portant bien droit un drapeau tricolore Et dansant tous cette danse du More Qui mieux qu'un marbre a traversé les ans.
Le Cannet, Mouans, Àuribeau, la Napoule, Mougin le rond, l'agreste Mandelieu Sont comme Canne en ivresse ; la foule Arrive, arrive ; elle entre et se déroule Sans nul répit, tout autour du saint lieu.
Cris et désordre ! On installe des tentes : On désemplit les immenses gourbins ; :!1 Des restaurants, chefs d'œuvre de charpentes, Se sont ouverts ; et dans les eaux courantes De la Siagne, on met au frais les vins. •''•-'
Et quel bruit ! Là ce sont bs carrioles, Les omnibus et les lourds chars à bancs Là des mulets piaffant sous les saules ; Ici les gens qui font des farandoles, Fifre et tambour garnis de longs rubans.
El c'est ainsi jusqu'au soir. L'ermitage Est pavoisé comme un cutter ; l'autel Est entouré de buis, de saxifrage Et de thim ; mais l'ermite page à page Lit presque seul son antique missel.
Lorsqu'à fini de chanter la cigale, Les prés voisins prennent un autre aspect De tous cotés le napperon s'étale ; A terre assis par groupe, on se régale; Même 1-on boit sans être circonspect.
Charmanl lableau qu'eût admiré Carême El qu'eût chanté le sensuel Berchoux !
Charmanl repas où la joie est extrême, Que tout Cannois, enfant ou vieillard, aime, Et dont je garde un souvenir si doux !
Le mont résonne, enfin : c'est la musique On l'escalade, on l'encombre. Le bal Va commencer sous un dôme rustique.
Les lampions nés sur 1'Adrialique Montrent partout leurs feux de carnaval.
On fait deux camps. Les bourgeois au quadrille S'adonnent, car il est du meilleur ton ; Quant à l'ouvrier qui bravement sautille Et qui veut plaire à chaque jeune fille, Il a choisi l'ingénieux ronlon. :i:i
Aile/.,, ami, voir celle aimable fête; Pareil plaisir paie un peu de chaleur.
Moi, je ne puis : l'exil courbe ma tôle ; Mais aussi j'ai le vrai bien- du poète La liberté, cet autre pouls du cœur.
0 Liberté, vierge dont l'oeuil farouche Pour moi devient si tendre au plein soleil, 0 Liberté qu'un palais effarouche, Qui sous le chaume étends la rude couche Où tu l'endors d'un paisible sommeil ;
0 Liberté que l'homme instruit désire,
0 Liberté, parfum acre des (lots,
0 Liberté qui peux à Ion gré rire
De tant de sols qui se mêlent d'écrire,
Des croix d'honneur qu'on donne à tant de sots
0 Liberté, fruit du ravin sauvage,
0 Liberté sublime liberté,
N'est-ce point toi qui depuis mon jeune âge,
A mes baisers livrant ton brun visage,
Jette des lis devant ma pauvreté ?
UN PALMIER DR i
A mon neveu Marins Bernard
laorsqu'on approche de Canne
Par mer, On voit un palmier qui plane
Dans l'air.
Svelleel souple, il se détache
Des toits, Ainsi qu'un large panache
De bois.
Jadis clans l'âpre Fenaiv :;1
Semé, il a comme au sol Tartare
Germé.
Qui pourrait dire son âge Vraiment ?
Je jouais à son ombrage, Enfant.
Je sais même que ma mère
Aussi A son pied, vierge pubère;
S'assit.
(le vieux tronc où pend la datte,
Si vieux, Cependant encore flatte
Les ieux.
C'est que le palmier est l'arbre
Qu'il faut Puni' rendre un fronton de marbre
Plus beau.
Sur une façade il tranche
Autant Qu'une nonne qui se penche
Vers Pan :
El sur l'immense portée
Du ciel Sa taille semble sculptée
far Viel.
Allez voir celui de Canne
En mer :
Ne dirait-on pas qu'il plane
Dans l'air?
Ce fils de l'Afriquenuc
Retient La beauté qu'a seul connue
L'Eden.
Quel majestueux branchage !
Quel port !
On croirait son beau feuillage
Tout d'or,
Quand noire soleil y mêle
Son feu, El que le vent de son aile
Le meut.
Comme tombent ceux des saules
Pleureurs, Tombent ses longs pétioles
En pleurs :
Mais si le saule larmoie
D'ennui, Ce sont des larmes de joie
Chez lui.
La palme paie un marlire Aux cieux ;
La palme ajoute au délire Des jeux ;
La palme orne les conquêtes
D'un roi :
A la palme les prophètes
Ont droit :
Sous la nef où dorment calmes
Les saints, Le piètre à Pâque a des palmes
Aux mains.
Quel multiple privilège !
On dit Que c'est Dieu qui le protège
Ainsi.
C'est pourquoi le palmier reste
Chez nous Un arbre à l'aspect céleste
Et doux ;
L'arbre qui l'hiver rappelle
L'été, Et qui ravive la frêle
Santé.
Aussi nos charmants touristes
Jamais N'oublient dans leurs pays tristes
Ses traits.
si
Or l'arec dp la Ferrare
Toujours Primera ceux dont se paie Le cours.
Allez donc le voir sur Canne
En mer Ce, cheik des palmiers qui plane
Dans l'air.
La!]
li oici le soir de la saint Jean.
Qu'on apprête les herbes jaunes, Les branches de pin odorant, Et les tresses, et les couronnes.
Des débris de meuble, entassés Au seuil bénit de chaque porte, Rappellent les hommes passés Aux hommes que la vie apporte.
Lancez-les aux pieds des démons ; Doublez-en voire feu de joie, Pour qu'au milieu des tourbillons Sa flamme craque et se déploie.
Qu'il soit bien gros ; que les sarments Au thim, au mirthe vert s'unissent ; Que devant lui des firmaments Toutes les étoiles pâlissent.
Aux jeux bruyants, aux plaisirs fous Se livre Cannes la Coquette ; Saint Jean est un patron pour tous, La saint Jean de tous est la fêle.
Des convives dès le matin A chaque table ont trouvé place :
Aussi, les Ris versant le vin, Les Ennuis ont fui dans l'espace.
Oh ! quel bonheur pour les enfants !
Comme ils courent et comme ils rient ! Par dessus les brasiers ardents Ils sautent, et les mères crient.
Admirez. Un nuage sort Des herbes aux acres arômes, Un autre s'en e'cliappe encor, Puis d'autres poussés par les gnomes
Et tous ces nuages aux deux Font une voûte parfumée :
L'ange a beau regarder, ses ieux Perdent Cannes, sa bien-aimée.
Quel est donc ce pétillement ?
Est-ce l'accent de la mitraille?
Est-ce un lointain bombardement?
Est-ce un mastodonte qui baille ?
On voit des sillons enflammés S"entrecroisant comme la foudre, Plus touffus qu'à Laval les prés ; w Etl-on sent l'odeur de la poudre.
C'est le crépitant serpenteau Que la foule des garçons jette :
Rentrez, Cannoises, au plus tôt Gare à qui montrera la tête !
De la sorte, jusqu'à minuit La lutte durait dans la rue.
Enfants, nous aimions tant ce bruit!
Nous voulions tant voir la cohue !
Et maintenant où sont les feux ?
Où sont les belles herbes jaunes?
Et les serpenteaux lumineux Qui couraient après les personnes ?
Ils sont morts, morts avec le mai, Avec les rondes enfantines, Avec les chants qu'on entamait Durant la noce des voisines.
Le siècle est, dit-on, trop savant Pour ces vieilles réjouissances.
Oh ! qu'il me rende la saint Jean, Et je lui rendrai ses sciences.
Il E îIVOl lC-1 ' 'LE
i, cliefdcdiv a lu préfecture
Ci 'est là qu'il s'arrêta. Là, sur des dunes basses, Dans le sable, poussaient alors de maigres joncs ; El Canne autour du vieux château plein de crevasses Groupait ses modestes maisons.
Il avait louché terre au golfe; son armée Bien petite complaît des soldats au cœur tort ; Et l'aigle, qu'implorait la pairie alarmée, Allait reprendre son essor.
Ils s'arrêtèrent là, de nuit, près du rivage. Le feu de leur bivouac jetant une lueur, La nouvelle bientôt agila le village,
Chacun courut vers l'Empereur.
Or l'Empereur, pensif, un pied devant la llamme, Se reposait debout, au dieu Janus pareil : On eût dit qu'à l'ardeur immense de son âme Suffisait un demi sommeil.
Nos pères ont conté la superbe manière Dont il leur demanda cinq mille rations, :fT Et comment ils auraient donné leur vie entière A ce vainqueur des nations.
Et le héros partit. Et les enfants de Cannes Le suivirent, criant tous « vive l'Empereur ! Doux présage 1 Les cris de ces naïfs organes Semblèrent lui porter bonheur.
Car de Canne à Paris la course fut si grande, Si prompte que les temps passés n'ont rien de tel, Et que pour les cent jours l'histoire et la légende Se partagent le même autel.
Le présage pourtant n'était pas sans mélanges Comme sont les plaisirs mistiques d'un profès Notre hospitalier sol à colé des oranges Montrait l'épineux aloès.
Un témoin, dont la lèvre aussi blanche que neige Ne ment plus, m'a juré qu'il vit Napoléon S'isoler un instant du belliqueux cortège Et sonder au loin l'horizon ;
Et ses beaux ieux cherchaient, en ce moment suprême, A lire l'avenir au firmament vermeil ; Et leur ardent éclat semblait dépasser même Le brasillement du soleil.
Soudain, de noire tour des Templiers, à la Castre, .Sortit une ombre, mi pontife et mi guerrier; Et l'ombre s'avança dans les airs comme un astre; Et c'était l'ombre d'un Templier ;
El s'approchant du chef à la vaillante épée, L'ombre dit : « Autrefois des vaincus, à genous Sous nos lances, chantaient aussi notre épopée. . Et le bûcher brûla pour nous.
Tu reviens, fier génie, aux luttes éclatantes; C'est inutile. . . Au ciel ton rayon a pâli, Il ne veut plus de loi ce destin que tu lentes. Mannonl \a s'appeler Grouchy »•
2 de uiiiio
la a mer, comme un cirque azuré, Se recouvre de blanches voiles ; A-la plage, le long du quai, Les gens, frais-vêtus et l'œuil gai, Sont plus nombreux que les étoiles Au fond d'un firmament d'été.
L'air joyeux des courses résonne Sur le fifre et sur le tambour ; La banderolle tourbillonne
Aux mais où le matelot trône ; Tout est en fête : un si beau jour N"est indifférent pour personne.
Des médailles, des coupes d'or Attendent la plus prompte rame Et le plus prompt cutter, au bord.
Quel désirable et cber trésor Pour ces rudes marins dont l'âme Croit à la Vierge de Bon-port!
Elle sera vive, la lutte.
En parlant de Saint-Honorat
A Paul Fnal
if uel est ce nocturne insecte
Qui délecte Nos ieux le long du chemin ?
C'est la frêle luciole,
Auréole D'un invisible lutin.
On dirait de loin la belle
Étincelle De quelque naissant soleil,
Ou l'un de ces grains de flamme
Que la rame Fait jaillir du Ilot vermeil.
0 charmante luciole,
Bestiole Dont le sang est tout de feu, Comme un œuil de jeune tille,
Ton corps brille Dans la masse de l'air bleu.
Je te vois à la Croiselte,
Sur le faite Des orangers odorants, Dans le val frais des Valergues,
Sur les vergues Du brick aux robustes flancs :
El je te vois à la Castre,
Petit astre D'un firmament de gazon, Lorsque tu suis des orbites
Que tu quittes, Que tu reprends sans raison.
Que de détours ! quels caprices '
Si tu glisses Entre les mains de l'enfant Qui croit te tenir, la mère
Plus légère Te prend d'un doigt triomphant.
Mais une mère est si bonne Quand on donne
La vie, on ne peut l'oter :
Elle exige qu'il te baise, Et fort aise
Te laisse au ciel remonter.
Notre admirable contrée
Est parée Comme une reine, la nuit: Nos fleurs forment les dentelles ;
Et sur elles Toi, le diamant qui luit.
D'où viens-tu, perle volante ?
Dans sa mante, Une fée au pied mignon
T'a-l-elle apportée à Canne D'Ecbalane,
De Tallinn' ou de Sidon :'
Es-tu l'agrafe ternie
Que Marie Dans son écrin ne veut plus ?
Ou le débris d'une étoile
De son voile Dont jouait le doux Jésus ?
Es-tu la larme d'un ange Que Dieu change
En chaude paillette d'or^;
Et, comme à son tact sublime Tout s'anime,
Vivanle as-tu pris l'essor ?
Serais-lu cette fleurette Que 1-on jette
Au brasier de la saint Jean,
Mais que le gnome ramasse Avec grâce
Pour s'en amuser au vent ?
Qui que tu sois, luciole,
Vole, vole Sur le palmier tropical, Sur l'olivier dont la branche
Au sol penche, El sur les prés de Laval,
Vole partout. La campagne Partout gagne
A t'avoir pour ornement,
Et ta présence bénite Ressuscite
Pour moi les neiges d'antan.
A Xavier Ej
Un fort labech a passé sur la mer ; La Fous, le Rhiou coulent gonflés de pluie La nue épaisse erre encore dans l'air ; Avec son bec l'oiseau mouillé s'essuie.
C'est le malin. L'oreille cnlend au loin Un grondement formidable, sauvage, Le grondement de l'onde après l'orage.
D'un beau spectacle on court être témoin.
Sur le musoir, une foule pressée Tient les regards fixés vers le furin, Pourvoir venir parles vagues poussée La vague, ainsi qu'un grand monstre marin.
C'est que la vague est une fière chose Ni le théâtre avec ses lustres d'or, Ni la foret que réveille le cor, Ni le glacier où l'aigle se repose.
Ni le champ où les crânes bataillons Par l'empereur sont passés en revue, Ni le parcours de nos processions Ne peut autant réjouir notre vue.
Elle vient. L'eau s'échappe de son front En blanche écume et comme une crinière. Gare ! On dirait un farouche lion Que va chassant la irihu lout entière]
Elle s'approche, elle enfle. La voici.
Elle se brise. Ecoulez. Quels tonnerres ! Quels chocs ! Jamais le bélier dans les guerres N'avait frappé sur un rempar ainsi. I0
Là, pour garder les bricks du flot qui rage, Ou a porté de gros rochers, si gros Qu'à chacun d'eux il fallut l'attelage De douze bœufs el de douze chevaux.
Qui le croirait ? La vague redoutée Prend sur son dos ces massifs de granit, Elles soulève au haut de la jetée, Comme un ruisseau soulève un faible nid
Il m'en souvient : un jour la lame folle S'est abattue avec un tel effort Qu'elle a lancé par dessus notre môle Et rocs, et gens, et torrents dans le port
Sur le rivage où rien ne fait obstacle, La vague, égale au royal Eslércl.
S'épanouit. C'est un autre spectacle.
Tout l'océan semble épancher son sel.
Les enfants vont narguer cette montagne Qui marche, el même y jeter des galels ; Mais, en crevant, par fois elle les gagne De \ilcssc et les roule aux bords sablés.