‹ Les fleurs de CannesChapitre 7 sur 55 · LOO · texte numérisé non relu

LOO

On jurerait qu'à leur nargue cruelle Elle est sensible; au reste elle a si bien l'aspect vivant d'un kraken, qu'après elle Avec fureur hurle le brave chien.

Une autre éclate, une autre éclate encore, Et puis une autre, et toujours, et toujours. De regarder nul ne se lasse ; un More A regarder oublîiail les Giaours.

Et, tout le long des cotes, la tourmente Forme bientôt comme un sinistre ourlet De noirs débris : roseau, branchage, plante, Liège, càblot, échome, vieux filet.

Vrai Dieu ! malheur au bateau qu'une entrave Durant la houle a retenu dehors.

Qu'en l'ait la vague irritée ? Une épave. El les marins, où sont-ils ? Ils sont morts.

Tristiorin ramis luge, Philomela, dolort heu Isoror extremum fudit ah ore melot

P armi nos villas joyeuses Qu'on trouve à chaque chemin, Pareilles aux jardineuses D'un riche écrin,

11 en est une, noyée Dans des Ilots verts d'orangers, Gracieusette et choyée Des étrangers.

Pour y parvenir de Canne, •' Il faut le lemps qu'un vent tort Met à pousser la tartane De l'île au port.

Aus.si le moindre touriste Va \ile à ce rendez-vous Où voudrait aller l'artiste Sur ses gênons.

Qu'a-t-elle ? Des églantines, Plus qu'un val de l'Estérel ?

Ou des dattes purpurines, Plus que le Tell ?

Ou quelque vieux mur que dore L'astre llamboyant du jour, Et qui rappelle du More Le long séjour ?

Ou quelque sainte chapelle Avec madone de bois ?

Ou quelque rare escabellc Des autres fois ?

Non, la villa favorite

N'a rien de mieux que ses sœurs Mêmes rayons, môme site Et mômes Heurs.

Seulement, à la yesprée, Quand l'oiseau cesse son chant.

Et que l'herbe est diaprée Par le couchant,

On entend sous le feuillage Comme un souf'tle de zéphir, Comme un céleste langage, Comme un soupir ;

On entend un son étrange, Si doux, si mislérieux Q'on dirait l'aile d'un ange Qui vole aux cieux .

El ce son pur, à l'oreille .Moins perceptible qu'au cœur, ("est une âme que réveille Le visiteur;

("est une âme dont la lerre Savoura les fiers talents, Et qu'a frappée un tonnerre Dans son printemps.

Le but du pèlerinage, Le voilà donc. De ce lieu Une Phèdre au grand mirage Monta vers Dieu :

C'est là que pourra l'histoire Relire un nom immortel; C'est là que pleine de gloire Mourut Rachel.

pauvre petit Aitolpbe

<j e mène, plein d'honneur, une austère existence ;

Après mon dur travail, aucun plaisir humain ; Débile esl ma santé ; mon talent, ma science, Loin de m'aider, cinq fois m'ont barré le chemin :

Le poète ayant peu de cet or qu'on encense, Bien des lâches parents ne serrent plus ma main : N'importe, en mes ieux luit ma fière contenance, Nulle plainte, toujours je montre un cœur Romain.

La venu u'esl qu'un mot que Pambilieux jette Aux benêts, comme aux chiens un reste d'assiette Malgré son leurre, moi, je garde la vertu.

Plus me frappe le sort, plus je vais tête haute. . . Et pourtant. . . et pourtant voici que je sanglote : Le poids de ton cercueuil, ô mon (ils, m'a vaincu

.'oui 1865.

A Auguste Luehel

pesiez encor, chers étrangers.

Dans les branches des orangers Vont grimper nos gentes cuouilleuses Pour voir ces récoltes heureuses, Restez encor. chers étrangers.

La saison d'hiver est bien belle, Mais le renouveau l'est plus qu'elle.

J'aime mieux Canne au mois de mai.

Quoique le GUIDE ail proclamé :

■< La saison d'hiver csl bien belle ■ ,

La fleur d'orange de nos champs, Quand les nids commencent leurs chants, Guéril si \ile un poitrinaire Qu'aux palais de marbre il préfère La fleur d'orange de nos champs.

Sur l'arbre vert des Hespérides Sont répandus par Ils silphides Des flocons de neige odorants, Mais ils ne restent pas longtemps Sur l'arbre vendes Hespérides.

On les cueuille tous les malins, On en comble de lourds gourbins Que les grands chars portent à Canne ; De peur que le vent ne les fane.

On les cueuille tous les malins.

Ce n'est plus un joujou de serre, Ce noble oranger qui sur l'aire Par fois ombrage un bal entier ; il rend des fruits d'or par millier Ce n'est plus un joujou de serre.

in"

Son parfum remplit nos chemins Plus que les trépieds des Romains.

Cannes devienl boudoir de Flore.

Quand, sons 1rs brises de l'aurore, Son parfum remplit nos chemins.

On entend la voix des cueuilleuses Qui chantent des chansons joyeuses Dans le patois des troubadours ; An loin, à tous les carrefours, On entend la voix des cueuilleuses.

Le bon air I les douces senteurs!

Quai ! ,: "it la cueuillette des fleurs, Seml leaussi fleurir l'existence ; Chacun respire en abondance Le bon air, les douces senteurs.

Restez donc, aimables touristes.

Chez vous les bois sont encor tristes, Et l'enfant tenu renfermé.

Pour goûter notre mois de mai, Kcstez donc, aimables touristes.

Vous, malades, restez aussi.

Les meilleurs docteurs sont ici :

L'air, la fleur, la mer, la lumière.

Avec ces fils du primevère, Vous, maladies, restez aussi.

A l'hilarcic Cliaslc

ti e vais par fois aux Valergues, Quand les vents Fouettent les vergues Et tordent les galhaubans :

J'y vais chercher un asile Tout déser!

El tout tranquille, Loin de la gronda nte mer

El je m'assiès sous l'ombrage d'un figuier Au gros feuillage Ou d'un grisâtre olivier ;

El je rêve. Mais à peine Mon esprit Brise la chai ne De la malière, voici

Que j'entends dans la verdure Celle voix Dont la nature A gratifié nos bois.

C'est le rossignol qui chante Sa chanson Bien plus pimpante Que celle du gai pinson,

Et plus pimpante que celle Du serin, De l'hirondelle, Du verdier ou du tarin.

lia

Tu sais de vives musiques, Rossignol, Toi qui pratiques L'ut dièze elle bémol.

Qui t'enseigna tant de notes Tour à tour Basses ou hautes, Folles de joie ou d'amour?

Ce sont les anges peulêtre, Quand Dieu fit La terre et l'être, Deux dépenses sans profit ;

Qu'au nom de ce qui respire, Toi, tu fus Chargé de dire L'himne de grâce à Jésus.

El quel meilleur interprête ?

Ton gosier Est une fête Pour l'oreille, un vrai clavier.

ni

Tes fioritures, tes gammes, Tes accords Aux tendres âmes Donnent de tendres transports,

On dirait des cascalelles De jasmins, De citronnelles, De menthes, de romarins ;

Et 1-on dirait des cascades De rubis D'onix, de jades, D'émeraudes, de lapis.

Nuit et jour, dès que tu chantes Ton grand air, Tu nous enchantes, 0 petit larinx de fer.

Esl-il vrai, ma Philomcle, Qu'autrefois Tu fus la belle, La belle infante des rois.

Tu fus plutôt le génie D'un Weber Plein d'harmonie Ou d'un puissant Meyerbeer.

Si dans les cicux toujours roses Nous devons Revoir les choses Et les gens que nous aimons,

Comme aux cieux l'humble poète Sera fort, Je veux qu'on mette Près de mon luth ton bec d'or.

En attendant, sous l'ombrage, Fier chanteur, De ton ramage Enivre, enivre mon cœur.

On prétend qu'en Amérique Les ravins De ta musique Son! dépourvus ; je les plainds.

Que l'homme de ces contrées Vienne donc Où les niltées Des rossignolels se font ;

Où l'hiver n'esl qu'un esclave Où le sol Produit agave, Palmier et pin parasol :

A Cannes, l'ardente lille

Du soleil,

Que l'art habille

D'une robe de vermeil.

,i e suis le corsaire do Canne, Partout connu des loups de mer Moi, je m'appelle Barbanlané, ^ Et mon brick s'appelait l'Éclair.

Le brave Éclair au lin bordago Pouvait dislancer de vingt nœuds Les liions les plus prompts à la nage , Tant il était voilier fameux.

El quels lurons à bord ! quels hommes ! (Vêlaient tous de francs Provençaux; Qui préféraient à des royaumes L'ardente ivresse des assauts.

Des ^agues nous courions la plaine ; Nous allions toujours en avant, Mât de hune et mât de misaine Bourrés de voile, et partout vent.

Nous nous moquions de la tempête, Des noirs écueuils, des noirs requins Une prière est si tôt faite A Notre Dame des Marins ! 44

Qu'un lourd vaisseau fît mine en roule, Les cent pièces à découvert, De nous suivre, « larguez l'écoute »

Criais-je. Il cherchait. . . Plus d'Éclair.

Mais quand c'était une goélette, Convoyeuse à seize canons, Pour nos cinq pierriers quelle fêle !

Quelle fêle pour mes lions !

nu

Nous lésions d'abord à la poudre Chanter quelques mâles couplets.

Et puis il fallait en découdre :

A l'abordage! allez! allez!

Que c'est crâne, un bon abordage !

A ce mot seul mon vieux sang bout Vrai carafon d'arack sauvage Qu'on aime à boire jusqu'au bout !

Tonnerre! j'en ai vu des haches Pourfendre d'un coup les gabiers, Faire aux ponts de sanglantes taches Où marquaient les doigts nus des pieds

Dieu des dieux ! j'en ai vu des flammes Jaillir des rudes chocs du fer; Je l'ai vu le tranchant des lames Tailler dans la vivante chair !

Or TEclair, grâce à l'abordage,

Ne sentait pas trouer ses flancs; Pelisse entier leur équipage Plutôt qu'un de nos galhaubans

Nous tuions loul, je dois le dire :

De quartier, de merci jamais; Puis nous coulions bas le navire :

Tant [lis pour messieurs les Anglais

Restait à partager les prises :

Lougre, culler et brigantin Chargés de riches marchandises.

Que dites-\ous d'un tel butin ?

Et vile on naviguait vers Canne.

Là, chaque jour à joyeux flots L'aï ruisselant, Barbantane Devenait bey des matelots.

Car moi, j'étais le capitaine, Payant tout et payant plus cher :

N'avais-je pas un grand domaine, Le grand domaine de la mer?

Oh ! le beau temps, la belle orgie, Les beaux trésors, les beaux combats, La belle existence remplie Comme une heure de branle-bas !

(Jue d'aventures surhumaines Dont l'Empereur causait par fois !

C'esl moi qui suis entre dans Gènes Avec Bavaslro le Niçois. b

Masséna, noire ami d'enfance, Fortement nous serra la main.

Encor trois jours. . . et sa vaillance Aurait vaincu même la faim.

Pas de trois jours ! A quelque épreuve Chacun est voué par le sort.

N'avons-nous pas vu Villeneuve Sombrer, nous autres gens de port ?

Par Notre Dame ! en celte affaire Maudite du maudit enfer, J'aurais un peu voulu voir faire Trente bricks comme mon Eclair.

Pauvre Eclair ! J'ai brûlé sa coque, N'en parlons plus. Laissons dormir Rouge écliarpe, guêtre de phoque.

Large col bleu, chapeau de cuir.

L'ancien corsaire a mis en panne :

Sans broncher, il attend la mort, Sans broncher, car un Barbantane Ne doit jamais virer de bord.

Dès quelle résoudra ma perte, En souvenir du noble Éclair, Je veux, toute fenêtre ouverte Mourir en saluant la mer.

Au peiulre Clr Kègrt

t$ uel bonheur, enfants I pour le jour des noix Le ciel s'est fait pur comme eau de baptême : Le beau soleil d'or, à ce que je vois, Vous protège autant que moi je vous aime.

Hier, le Gros Souper a depuis Menton "; Jusques à Fréjus mis chacun en fêtes ; C'était le soir cher à tout le canton. Le soir du festin aux. mille assiettes.

Mais à Canne il a ce cher Gros Souper Un gai lendemain que chaque an ramène:

Aux dunes de sable on court s'attrouper Et jouer les noix dont la poche est pleine.

Tout le monde est là sur le sable blanc, Tout le monde, grands, petits, pauvres, riches Joueuses jetant les noix et jetant Des cris aux joueurs qui leur font des niches.

Le sable est si mou ! Comment résister Au plaisir charmant de pousser à terre. Pendant qu'un ami les fait disserter, Et sente voisine et sente commère?

On lance de loin des noix dans un tiou. A poignée énorme, à grosse jointée ; El 1-on doit tout perdre ou 1-on gagne tout, Si la somme impaire ou paire est comptée.

De leur noix les vieux, le long de la mer, Poursuivent la noix de leurs adversaires; Et, l'un manquant l'autre, ils ont ainsi l'air De jouer beaucoup en ne jouant guères.

Il est varie cet antique jeu,

Autant que minois de nos filles bennes 11 est innocent, car il coûte peu ; Il est goûté, car il peuple les dunes.

Dès midi le temple est resté désert ; La foule a joué l'entière vesprée, Tant que le soleil, ce roi de l'hiver, Verse sur les fronts sa clarté dorée.

C'est Noël, enfants, chargez-vous de noix; Gourez où le Rhiou baise le rivage ; Faites comme fit l'aïeul autrefois ; Ne laissez point choir ce gentil usage.

la e long du cap de la Croisette Une pauvre mère, un matin, Errait triste et baissant la tête, Pendant l'été de saint Martin :

Ce gentil été de novembre, Si chaud, si frileux à la fois, Où le malade fuit sa chambre, Où l'oiseau retrouve sa voix,

A Lucie

Où, lorsqu'à Paris le bocage A dépouillé ses \eris manteaux, Les arbres tic noire rivage Gardent encor tous leurs rameaux,

L'onde dormait limpide et belle :

Un pur soleil luisait partout ; Et l'étrangère avait l'ombrelle Comme aux l'égales du mois d'oui.

Elle rêvait. Sa jeune fille, Boulon qui sèche au vent du nord, Se mourait. La cruelle Mort Branlait sa cruelle faucille.

Et tout bas la mère disait :

« On affirme que la nature Dans ce séjour favorisé Est de moitié pour une cure ;

Que très souvent les guérisons, Que la docte science brigue, Viennent ici des seuls rayons Dont l'astre roi se rend prodigue.

Ce résultat est-il bien sûr?

Les paupières, à demi closes Sous notre ciel privé d'azur, S'ouvrent-elles parmi ces roses?

Cela doit être. Le printemps Donne les vrais sucs de la vie; Or cette saison qu'on envie Est reine à Cannes tout le temps.

Je vois les collines jonchées De fleurs superbes, et je vois Olives, oranges, chinois Mûrir sur les branches penchées

Ni le poivrier, ni le cactus, Ni l'arec ici ne s'effeuille :

Les phthisiques ne peuvent plus Craindre la chute de la feuille.

0 grand Dieu, daigne à mon enfant Accorder même faveur ; laisse Vivre cet être caressant Qu'en retour ma bouche caresse.

Aux jours heureux de sou berceau, Qu'elle était blanche, vive, fraîche 1 Sa joue avait l'air d'une pèche Mise dans le cristal de l'eau.

Aujourd'hui, pâle elle s'incline Sous les boucles de ses cheveux:

Et moi, je pleure avec ses ieux, Et je souffre dans sa poitrine.

0 Dieu, permets que ce pays, Brillant comme ton tabernacle, Pour ma fille que je chéris Fasse encore un autre miracle. »

Et la mère, en disant ces mots, A l'espace plein de lumière, Aux monts boisés, aux légers (lois Adressait aussi sa prière.

Dieu l'entendit ; les Ilots, les monts El l'espace aussi l'entendirent :

Durant cinq mois, ils répandirent Leur doux baume sur les poumons.

Qu'arriva-t-il ? Dans nos campagnes, Lorsqu'on dressa le joyeux mai, Déjà l'Anglaise à ses compagnes Saine et rieuse se mêlait.

Et maintenant la noble lille A recouvré de son berceau La fraicheur, le sang qui pétille, Le blond incarnat de la peau.

Et mère et fille à la Croiselte Chaque hiver devisent tout bas Delà prière qui fut faite Et du pouvoir de nos climats. 4"

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