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LA MOUETTE

A bord de la Bretagne , ce 6 décembre 190g.

De l’occident brumeux, subitement surgi,

Le vent râle, le vent meugle, le vent mugit

A travers l’infini de l’Océan qui bave

Et roule autour de nous plus d’une sombre épave.

Le vent pleure, le vent siffle, le vent rugit,

Et sous ses lourds assauts le vaste flot, rougi Par le dernier lambeau du soleil qui se couche,

Mêle à ses bruits stridents son bramement farouche. Un nuage grisâtre émerge à l’horizon,

S’étirant sur le ciel comme une ample toison.

La tempête s’avance, et, battu par la houle Qui tour à tour bondit, court, s’abat, monte et croule, Le grand paquebot fend majestueusement La froide immensité de l’abîme écumant;

MARINES

Et les efforts sans nom de l’onde convulsive Sont impuissants et vains contre la nef massive. Derrière elle et comme elle inlassable et narguant Les chocs vertigineux du sauvage ouragan,

La mouette poursuit sa course accoutumée A travers le brouillard et la noire fumée Qui monte de l’enfer allumé dans les flancs Du rapide steamer en proie aux flots hurlants. Contre les tourbillons croissants de la bourrasque Elle vole d’une aile inconstante et fantasque,

Elle tournoie au ras des eaux l’éclaboussant,

Elle file tout droit, d’un trait calme et puissant, Devant elle dardant un œil noir qui flamboie,

Et, parfois, frémissant d’une indicible joie.

Elle monte, elle plane, ou plonge tout à coup Dans le creux tournoyant de la lame qui bout, Remonte d’un coup d’aile au ciel voilé de brume. Redescend aussitôt, se pose sur l’écume De la vague, s’y berce, avec elle se fond,

Puis reprend un essor plus léger et plus prompt, Nous rejoint, nous dépasse, et de nouveau s’arrête. Ferme son vol, s’abat encore sur la crête Des grands flots éraflés par l’âpre souffle amer, Disparaît entre deux gonflements de la mer, Reparaît, et, rasant les ondes éperdues,

S’efface dans la nuit des mornes étendues.

AU FIL DES HEURES

VJ C TV S SED VJCTOJi

Poème lu par l’auteur devant la statue de Montcalm, à Québec, le 16 octobre 191 1.

Tout près d’ici, tout près du sol que nous foulons. Altier comme Québec debout sur sa falaise,

Plein du feu des Klébers et des Timoléons,

En voulant rallier ses fougueux bataillons, Montcalm tomba, frappé par une balle anglaise.

Montcalm tomba, vaincu par le destin jaloux;

Mais sa défaite fut glorieuse et féconde,

Et son nom, radieux et caressant pour nous,

Et que nous devrions répéter à genoux,

Comme un flambeau divin luit pour le Nouveau-Monde

AU FIL DES HEURES

Oui, sa défaite fut féconde sous nos cieux,

Et le sang -qu’il versa dans la plaine voisine, O miracle ! baigna tout le sol des aïeux,

Y fit croître et fleurir des rejetons nombreux, Dont nul soc meurtrier n’atteindra la racine.

Oui, grâce à sa valeur, grâce à son dévoûment,

Le fier triomphateur respecta notre race,

Et, sous le sceptre anglais, nous portons hardiment, Pour repousser l’entrave et l’asservissement,

La loyauté pour lance et la foi pour cuirasse.

La gloire de Montcalm ignore tout déclin. Toujours elle grandit, comme croît la lumière, Comme dans un ciel pur le soleil du matin,

A mesure qu’il monte à l’horizon lointain, Verse plus de rayons éclatants à la terre.

Et tant que vers la mer le fleuve souverain,

Qui vit combattre et choir l’immortel capitaine, Roulera ses flots d’or, forte comme l’airain Oui nous montre aujourd’hui son front vaste et serein, Sa mémoire vivra dans l’âme canadienne.

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