AU PIED DE LA CROIX
Christ ! que de savants et de prétendus sages Jusqu'au pied de ta croix le monde a vus venir, Pour constater ta mort dans la suite des âges ! Combien qui, pleins d'orgueil, n'ont pu se maintenir Dans le sentier tracé par ta vertu sévère. Et qui, pour rassurer leurs esprits chancelants. Comme l'Esprit du mal sont venus au Calvaire Poser leurs doigts nerveux sur tes membres sanglants! Combien se sont haussés sur leurs pieds de pygmée. Enflés de leur science et le scalpel aux mains, Pour disséquer cent fois de ta chair bien-aimée Les artères, les nerfs et les muscles humains ! Et quand ils avaient fait leur examen perfide, Terminé leur travail savant, mais toujours vain. Leur orgueil prononçait cet arrêt déicide : Dans cet homme étonnant, il n'est rien de divin !
Mais plus ils répétaient dans leurs aréopages Que tu n'étais qu'un homme, un homme comme nous, Et plus sous tous les cieux. et sur toutes les plages, Ils voyaient devant toi les peuples à genoux ! Ils revenaient trouble's à la montagne sainte. Examinaient, palpaient ton cadavre glacé ; Puis, déposant enfin la pudeur et la crainte, Ivres, ils se hissaient jusqu'à ton flanc percé Pour y verser à flots leur encre empoisonnée ! Alors ils s'en allaient attester ton trépas, Disant : Sa dernière heure est, cette fois, sonnée ; Il est bien mort enfin, et ne revivra pas !
Nestorius et Celse, Arius et Porphyre,
Plus près de nous Voltaire, et Strauss, Renan, Havet,
A leur tâche perverse espéraient bien sufiîre ;
Mais ta gloire, ô mon Christ, toujours leur survivait !
Où sont ceux qui sont morts et leurs œuvres infâmes?
Où s'en iront demain leurs disciples vivants ?
Ah ! qu'il ait pitié d'eux dans le monde des âmes
Celui qu'ils ont trahi dans leurs livres savants !
Au delà de la tombe où leur haine insensible
A cru l'ensevelir, ils le retrouveront
Victime transformée en un juge inflexible,
Le glaive dans la main, le diadème au front !
Et quand leurs yeux troublés re verront face à face,
Vainqueur et triomphant, le Dieu de l'univers,
Pourront-ils espérer que sa clémence efface
Leur crime survivant dans leurs écrits pervers ?
140 A.-I5ASII.K lîor'l'IlIEll
Fiers ennemis du Christ, chantez bien vos victoires ! Césars de tous les temps, fulminez vos décrets ! Pilâtes de nos jours, siégeant dans vos prétoires, Lavez-vous bien les mains en dressant vos arrêts ! Le monde retentit de vos voix solennelles, Il proclame bien haut vos triomphes d'un jour ; Mais gare à vous, demain, ô dupes éternelles : Car, demain dans la mort du Christ aura son tour !
O Jésus ! à cette heure où ton cadavre tombe Et suspend ses lambeaux aux deux bras de la croix. Aussi bien qu'au Thabor et jusque dans la tombe, Je te proclame Dieu, je t'adore, je crois !