LE RETOUR AUX CHAMPS
Enfin, j’ai secoué la poussière des villes ;
J’habite les champs parfumés.
Je me sens vivre ici, dans ces vallons tranquilles, Sur ces bords que j’ai tant aimés.
LÊON-PAMPHlLE LEMAY
L’ennui me consumait dans tes vieilles murailles,
O fière cité de Champlain !
Je ne suis pas, vois-tu, l’enfant de tes entrailles,
Et ton cœur me semble d’airain.
Je suis né dans les champs ; je suis fils de la brise Qui passe en caressant les fleurs ;
Je suis fils du torrent qui mugit et se brise Sur le roc avec des clameurs !
Je suis né du désert, du désert sans limite Où régnent le calme et l’effroi ;
Je suis né des forêts que la tempête agite,
Des cimes dont l’aigle est le roi !
Mes premières amours, douces fleurs des vallées. N’ont-elles pas été pour vous.
Pour vous, rocs au front nu, forêts échevelées, Vagues des fleuves en courroux ?
Pour vous, charmants oiseaux qui semez, à l’aurore, Les doux accords de votre voix,
Comme des diamants qu’égrène un vent sonore, Après l’orage, sous les bois ?
Je souffrais dans ces murs où s’entasse la foule,
Où l’herbe ne reverdit pas,
Où la fleur ne naît point, où la poussière roule Comme un flot sale sous nos pas !
J’avais bien assez vu comme le fort repousse Le faible à son boulet rivé,
Comme de son orgueil la sottise éclabousse L’esprit qui traîne le pavé 1 ,
Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre,
Et mes chants étaient suspendus.
Je ne retrouvais plus le souffle qui m’inspire,
Et je pleurais les jolirs perdus !
Il me fallait de l’air, le parfum des prairies Où fleurissent les blancs muguets ;
Il me fallait l’espace et ces courses chéries Le long des onduleux guérets !
Il me fallait le calme, alors que chaque étoile Sourit comme un regard de Dieu,
Calme que rien ne rompt, si ce n’est une voile Qui retombe sur le flot bleu !
Il me fallait revoir, au milieu de la plaine Ou sur le penchant du coteau.
Le laboureur qui rêve à la moisson prochaine En ouvrant le sillon nouveau !
Il me fallait l’odeur du foin qui se dessèche Sur le champ où passe la faux,
L’odeur du trèfle mûr que flairent dans la crèche. En hennissant, les fiers chevaux !
Il me fallait encore entendre l’harmonie Du nid que berce le rameau ;
Il me fallait entendre encor la voix bénie Du vieux clocher de mon hameau !