‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 32 · ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

ÉMIGRATION

Loin de vos vieux parents, phalange dispersée,

O jeunes Canadiens, qu’une fièvre insensée Entraine loin de nous aux régions de l'or, Avez-vous bien compris ce grand mot: la patrie ? Ce ciel que vous quittez pour une folle envie,

2e ciel du Canada, le verrez-vous encor ?

Oh! pourquoi donc, quittant le pavs de vos pères, Aller semer vos jours aux rives étrangères ?

Leur ciel est-il plus pur, leur avenir plus beau ?..

Et peut-être, 6 douleur ! ces lointaines contrées, Dans vos illusions tant de fois désirées,

Ne vous donneront pas l’aumôûône d’un tombeau !

Quand vous auriez de l'or les faveurs adorées,

Ces biens rempliraient-ils vos âmes altérées ?

Car l’homme ne vit pas seulement d’un vil pain :

es

ee

rsee,

patrie ?

vie,

vos pères, Ds ?

s beau ?..

ontrées, ombeau !

dorées,

sréees ?

1 vil pain :

C'est un Dieu qui l'a dit. Cette sainte parole Dans les maux d'ici-bas nous calme et nous console,

Et d'un séjour plus pur nous montre le chemin.

Il nous faut quelque chose, en cette triste vie,

Qui nous parlant de Dieu, d'art et de poésie,

Nous élève au-dessus de la réalité ;

Quelques sons plus touchants dont la douce harmonie, Echo pur et lointain de la lyre infinie,

Transporte notre esprit dans l'idéalité.

Or, ces sons plus touchants et cet écho sublime Qui sait de notre cœur le sanctuaire intime,

C'est le ciel du pays, le village natal:

Le fleuve au bord duquel notre heureuse jeunesse Coula dans les transports d’une pure allégresse ;

Le sentier verdoyant où, chasseur matinal,

Nous aimions à cueillir la rose et l’aubépine ;

Le clocher du vieux temple et sa voix argentine : Le vent de la forêt glissant sur les talus,

Qui passe en effleurant les tombeaux de nos pères,

Et nous jette au milieu de nos tristes misères

Le parfum consolant de leurs nobles vertus.

en

CE

Loin de son lieu natal, l’insensé qui s’exile

Fraine son existence à lui-mème inutile,

Son cœur est sans amour, sa vie est Sans plaisirs :

Jamais pour consoler Sa Morne rèverie, n'a devant les veux le ciel de la patrie,

Et Le sol sous ses pas It point de souvenirs,

Au nom de vos aieux, qui moururent pour elle,

Au nom de votre Dieu, qui pour vous la fit belle,

Restez dans la patrie où vous prites le jour ;

Gardez pour ses combats votre ardeur enivrante,

Gardez pour ses besoins votre force puissante,

Pour ses saintes beautés gardez tout votre amour.

Aimez ce beau pays, où la vie est si pure, Où du vice hideux fuyant la joie impure, Des austères vertus on respecte la loi; Où, trouvant le bonheur, notre âme recueillie,

Des plaisirs insensés méprisant la folie,

Respire un doux parfum d'espérance et de foi.

Salut, Ô ma belle patrie!

Salut, à bords du Saint-Laurent !

Ferre que letranger envie,

Et qu'il regrette en la quittant,

Heureux qui peut passer sa vie Toujours fidèle à te servir, Et dans tes bras, mère chérie.

Peut rendre son dernier soupir !

J'ai vu le ciel de l'Italie,

Rome et ses palais enchantés, J'ai vu notre mére-patrie,

La noble France et ses beautés :

En saluant chaque contrée

Je me disais au fond du cœur :

Ghez nous Ja vie est moins dorée.

Mais on y trouve le bonheur.

O Canada ! quand sur ta rive Ton heureux fils est de retour.

Rempli d’une ivresse plus vive, Son cœur répète avec amour :

Heureux qui peut passer sa vie Toujours fidèle à te servir.

Et dans tes bras, mère chérie.

Peut rendre son dernier soupir !

Page 1