LE CANADA
Salut, à ciel de ma patrie !
Salut, 6 noble St-Laurent !
Ton nom dans mon âme attendrie Répand un parfum enivrant.
O Canada, fils de la France,
Qui te couvrit de ses bienfaits, Toi, notre amour, notre espérance,
Qui pourra t'oublier jamais ?
Sur les plages du nouveau monde, Pareil au phare radieux
Qui guide sur la mer profonde
Le nautonnier aventureux,
Tu fais rayonner la lumière
De tes souvenirs glorieux,
Et tu racontes à la terre
Les grands exploits de nos aieux.
Dans tes verdoyantes campagnes, Où séjourne le vrai bonheur,
Le Canadien a pour compagnes
Les plus saintes vertus du cœur Fidèle au culte de ses pères, De leur exemple il suit la loi, Et fuyant les mœurs étrangères,
Il garde sa langue et sa foi.
Ah ! puisse cette union sainte
Qui fit nos ancêtres si grands,
Ne recevoir jamais d'atteinte
Par les crimes de tes enfants.
Et si jamais pour te défendre
Sonnait le grand jour du combat, Comme autrefois qu’ils sachent prendre
Le glaive vainqueur du soldat.
Heureux qui dévouant sa vie
À la gloire de te servir,
Sous ton beau ciel, Ô ma patrie !
Peut dire, à son dernier soupir :
O Canada, fils de la France,
Toi qui me couvris de bienfaits,
Toi, mon amour, mon espérance,
Qui pourra t'oublier jamais!
Mer LAVAL, PREMIER ÉVÊQUE DE QUÉBEC (1859) O Canada, plus beau qu'un rayon de l'aurore, Te souvient-il des jours où, tout couvert encore Du manteau verdoyant de tes vieilles forêts, Tu gardais pour toi seul ton fleuve gigantesque, Tes lacs plus grands que ceux du poème dantesque,
Et tes monts dont le ciel couronne les sommets ?
Te souvient-il des jours où l'écho des montagnes Chantait, comme un clairon, au milieu des campagnes, L'hymne de l'Iroquois scalpant ses ennemis ?
Où tes vieux héros morts, assemblés sur les grèves, Venaient, pendant la nuit, illuminer les rèves
De tes sombres guerriers sur la rive endormis ?
Te souvient-il des jours où passant dans l'orage, Les dieux de tes fôrets portés sur un nuage,
De jieurs longs cris de guerre enivrant tes enfants, Leur montraient dans la mort une vie immortelle, Où leur âme suivrait une chasse éternelle
D'énormes caribous et d'orignaux géants ?
Un jour, troublant le cours de tes ondes limpides,
Des hommes étrangers, sur leurs vaisseaux rapides,
Vinrent poser leur tente au pied de tes grands bois.
Ils pliaient les genoux en touchant ton rivage;
Puis, au maitre du ciel adressant leur hommage,
Plantaient un drapeau blanc à côté d’une croix.
Et prenant ce drapeau, ces hommes au teint pâle Portèrent les rayons de sa couleur d’opale Jusqu'aux bords sablonneux du vieux Meschacébé ; Et devant cette croix qui brillait dans tes ombres, Tu vis tes dieux vaincus pleurer sur les décombres
Amoncelés autour de leur autel tombé !
Pourquoi donc tous ces cris de bonheur et de fête ? Tes guerriers, apportant les fruits de la conquête, Rentrent-ils dans tes murs, jeune Stadacona ? L'Iroquois terrassé par la valeur huronne
A-t-il laissé tomber la terrible couronne
Qu'au sein de la bataille Areskoui lui donna ?
L'Iroquois n'a pas vu de sa main affaiblie Tomber le tomahawk ; dans son âme remplie Des farouches instincts légués par ses aïeux, La peur n’a pas encor pu trouver une place.
De l’étendard francais il brave la menace
Et garde fièrement et sa gloire et ses dieux.
Ce n'est pas un héros illustre dans l'histoire, Qui vient, tout rayonnant des feux de la victoire, Déposer à Québec son glaive triomphant ; Celui vers qui s'élève, en ce jour d’allégresse, Ce concert solennel de joie et de tendresse,
Est un homme euvor jeune, au regard bienveillant ;
Le signe rédempteur brillant sur sa poitrine Annonce à tous les yeux sa mission divine.
Il s'en vient commander les combats du Seigneur Dans les vastes forèts où domine la France;
Et sans craindre jamais l’obstacle ou la souffrance,
Il s'avance où l'appelle une pieuse ardeur.
De cet amour divin qui dévore son âme
Partout il fait briller la bienfaisante flamme ;
Sa sainte voix, troublant le silence éternel
Des grands bois canadiens, fait surgir dans les nues Ces clochers rayonnants dont les flèches aiguës
Au sauvage étonné montrent du doigt le Ciel.
Quand Mésy, d’Avaugour, abusant de leur force, Osent donner appui, sous la hutte d'écorce, Au trafic infamant de la liqueur de feu,
Intrépide gardien de la morale austère, |
Il sait faire gronder, sans craindre leur colère,
Sur leurs coupables fronts les foudres de son Dieu,
Des bords Gaspésiens au lac des Deux-Montagnes, Quand il a fait briller ces trois saintes compagnes, La douce Charité, l’Espérance et la Foi,
Comme un vainqueur chargé de dépouilles opimes, Il montre cent tribus, à conquêtes sublimes !
Qui des lecons du Christ reconnaissent la loi.
Mais bientôt, s’arrêtant au milieu de sa course, Des saints enseignements il vient ouvrir la source, Et fonde la maison, ce foyer immortel,
Qui verse encor sur nous ses torrents de lumière ;
Où des saintes vertus suivant la règle austère,
On apprend à servir la patrie et l'autel.
Deux siècles sont passés sur cet illustre asile, Deux siècles sont passés, et toujours immobile Comme un roc au milieu des vagues en fureur,
Il a vu s'élever, grandissant sous son ombre,
Ces temples du vrai Dieu, ces colléges sans nombre
Qui sont de la patrie et la force et l'honneur.
Mais déjà ce héros voit sa force tarie,
Dans les nombreux combats où s'épuise sa vie,
Donnant à Saint-Valier son glorieux fardeau, Il s’en va reposer les jours de sa vieillesse Dans ce paisible asile objet de sa tendresse,
Où son cœur se prépare à la paix du tombeau.
Et quand la mort parut au sein de sa retraite,
Elle n'eut qu'à cueillir cette fleur toùte prête
Pour les jardins bénis du séjour éternel.
Et sur les bords heureux où son nom brille encore, Les chènes attristés, dans la fôret sonore,
Chantèrent ses vertus aux archanges du ciel,