‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 26 sur 86 · ES · texte numérisé non relu

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Paraissent parmi nous en ce jour solennel, Ce n’est que pour ceux-là. Seuls ils peuvent entendre Les secrets de la tombe, Eux seuls savent comprendre Ces pâles mendiants qui demandent le ciel,

Les cantiques sacrés du barde de Solyme, Accompagnant de Job la tristesse sublime,

Au fond du sanctuaire éclatent en sanglots :

Et le son de l’airain, plein de sombres alarmes, Jette son glas funèbre et demande des larmes

Pour les spectres errants, nombreux comme les flots,

Donnez done, en ce jour où l'Église pleurante Fait entendre pour eux une plainte touchante : Pour calmer vos regrets, peut-être vos remords, Donnez, du souvenir ressuscitant la flamme,

Une fleur à la tombe, une prière à l’âme,

Ces doux parfums du ciel qui consolent les morts.

Priez pour vos amis, priez pour votre mère,

Qui vous fit d'heureux jours dans cette vie amère, Pour les parts de vos cœurs dormant dans les tombeaux, Hélas ! tous ces objets de vos jeunes tendresses

Dans leur étroit cercueil n'ont plus d'autres caresses Que les baisers du ver qui dévore leurs os.

Priez pour l’exilé, qui, loin de sa patrie, Expira sans entendre une parole amie :

Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort, Personne ne viendra donner une prière, L'aumône d’une larme à la tombe étrangère :

Qui pense à l'inconnu qui sous la terre dort ?

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60 OCTAVE CRÉMAZIE Priez encor pour ceux dont les âmes blessées Ici-bas n'ont connu que les sombres pensées

Qui font les jours sans joie et les nuits sans sommeil :

Pour ceux qui, chaque soir, bénissant l'existence, N'ont trouvé le matin, au lieu de l'espérance, A leurs rêves dorés qu'un horrible réveil.

Ah ! pour ces parias de la famille humaine,

Qui, lourdement chargés de leur fardeau de peine,

Ont monté jusqu'au bout l'échelle de douleur, Que votre cœur touché vienne donner l’obole D'un pieux souvenir, d'une sainte parole,

Qui découvre à leurs yeux la face du Seigneur.

Apportez ce tribut de prière et de larmes,

Afin qu’en ce moment terrible et plein d'alarmes, Où de vos jours le terme enfin sera venu,

Votre nom, répété par la reconnaissance

De ceux dont vous aurez abrégé la souffrance, En arrivant là-haut, ne soit pas inconnu.

‘Et prenant ce tribut, un ange aux blanches aiïles, Avant de le porter aux sphères éternelles,

Le dépose un instant sur les tombeaux amis :

Et les mourantes fleurs du sombre cimetière,

Se ranimant soudain au vent de la prière,

Versent tous leurs parfums sur les morts endormis.

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