‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 3 sur 86 · IA PRÉFACE · texte numérisé non relu

IA PRÉFACE

ser séduire par de fausses lueurs allumées sur l'écueil. I est libre aussi : il peut se détourner de la lumière pour diriger son essor vers les sombres rayons du mul, Mais, a dit un poète :

Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes,

Victor Hugo, Alfred de Musset et tant d'autres anges tombés murchent dans les ténèbres, mais en se souvenant des cieux, Ils souffrent dans l'erreur et le mal, [ls ont l'ennui, lu colère au cœur et le blasphème à In bouche : mais ces douleurs, mais ces blasphèmes, ces efforts contre Dieu sont encore le témoignage du poète naturellement religieux.

Ainsi, comme l'a dit un philosophe, lu poésie est chaste et pieuse par essence. Elle est donc utile aux hommes et peut servir à les rendre meilleurs. Ce n'est pas en vain que les anciens désignaient d'un même nom, vales. le poète et le prophète : car l’un et l'autre ont la même mission à remplir : faire connaître et aimer la sagesse, la vertu, lu religion. Oui, tel est le privilège du vrai poète : quand il revêt de ses teurs les vérités morales, il leur donne un charme qui captive les esprits et les cœurs: quand il chante Dieu et la vertu, il ajoute à la religion des peuples : quand il chante les souvenirs glorieux, les belles actions et les grands hommes, il allume dans les âmes

comme un foyer d'héroïsme et prépare de nouvelles

gloires à la patrie.

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PRÉFACE v

Laissons done chanter le poète, le vrai poète qui garde sa muse chaste, sans l'asservir à l'erreur ni au mal. Avec le prêtre qui parle de la chaire sucrée, c'est au poète de protester contre les faux prophètes qui prêchent le matérialisme, qui voudraient nous ravir notre fime, notre Dieu, notre ciel. «#ncer tous nos titres de gloire, et lu noblesse de notre origine et la grandeur de nos destinées,

C’est au poète comme au prètre de mmppeier aux hommes qu'ils ne vivent pas seulement de pain, mais de toute parole divine. Notre siècle, esclave de l'industrialisme et du confortable, voudrait mettre au service du corps toutes les intelligences et tous les bras qui travaillent. Pourtant il faut aussi quelque chose à l'âme : il lui faut le bonheur, qu'elle appelle avec une force indicible, avec une ardeur incessante et toujours nouvelle, Mais le cœur humain est si grand que tous les biens terrestres ne sauraient le remplir. En vain demande-t-on le bonheur aux plaisirs, aux honneurs, à la science : les plaisirs ne laissent après eux que le dégoût et l’amertume, quand ce n'est pas le remords : les honneurs fatiguent de leur éclat même ; la science ne peut dissiper toutes les ombres de l'esprit, et moins encore combier le vide du cœur. Alors, l’homme se prend à chercher dans ses rêves ce que la réalité ne saurait lui offrir. 11 voudrait au moins saisir une

ombre de cette félicité qui le fuit toujours, et si par-

D ov S es

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