VI PRÉFACE
fois il s’imagine l’entrevoir, comme il s'y attache et s'y repose avec délices ! La poésie procure cette jouissance, elle donne ce bien idéal qui attire toute äme et n'a pas de nom au terrestre séjour ; elle est comme un écho du ciel pour reposer, consoler, réjouir cette pauvre âme fatiguée des bruits de la terre. Voilà le secret du charme impérissable qui s'attache à la grande poésie et lui assure une fraicheur toujours nouvelle. Laissons chanter le poète. Ne lui envions pas sa gloire, car il la partage avec nous. Il n’est pas un seul ‘ayon de son auréole qui ne rejaillisse sur la patrie et n'ajoute un reflet nouveau à l'honneur national. D'ailleurs, ne faut-il pas des poètes à cette terre du Canada, si privilégiée pour la poésie ? Quelle nature se déroule partout au regard ! Voyez seulement notre grand fleuve, avec son cours majestueux, ses cascades murmurantes, ses îlots, fraiches oasis, ses lacs vastes comme des mers ; puis, tout le long de ses bords, des rocs sauvages ou de riants coteaux, des bois touffus ou des champs fertiles où règne sinon l’âge d’or, du moins l'aurea mediocrilas. Et ce grand théâtre où se passe notre vie, voyez comme la Providence à soin d'en varier les décors. Aujourd'hui ce sont les fleurs, la verdure, l'or des moissons ; demain les épis disparaissent, les fleurs s'effacent, les feuilles tombent, c’est l'hiver avec ses flocons de neige, ses miroirs de glace
étincelante, ses cristaux pendant aux arbres et scin-
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PRÉFACE vil tillant au soleil ; puis, tout s'en va au bruit sourd de la débâcle qui annonce le retour du printemps.
Toujours nouveau, toujours beau ce spectacle de la nature : mais plus beaux encore sont les souvenirs du passé. Autrefois, à la place des épis qui ondulent dans les plaines, se dressaient serrés et touffus des arbres séculaires. Voyez passer à travers ces bois sombres la bête fauve courant après sa proie, puis le sauvage à l'are tendu, puis l’homme blane armé de la croix où de la hache, missionnaire on colon. Soldats de Dieu, il faut combattre. Entendez-vous les rugissements de lIroquois ? les couteaux s'aiguisent, les torches s'allument, les haches rougissent, l'eau bout dans la chaudière : c’est l'heure des martyrs. Ecoutez maintenant Îles échos de nos montagnes et de notre grand fleuve qui répètent le grondement du canon aux plaines d’Abraham et à Carillon. Voici l'ennemi qui s'avance menacant, terrible par la force et le nombre. Soldats de la patrie, il faut combattre : c’est l'heure des héros :
Voilà notre patrie telle que Dieu nous l'a donnée : voilà notre histoire telle que nos pères l'ont faite. Est-ce une source d'inspiration assez pure et assez féconde ? Au milieu de ces merveilles, le poète eanadien est sûr que l'intérêt et l'originalité ne manque-
ront jamais à ses cuvres, et il a ce privilège de trou-
ver Sans effort, SOUS Ses Veux on dans sa mémoire, ce