SCÈNE V
GUERRERO, ANGELA dans le ranebo.
angela. Lui! Voici l'heure suprême du dernier combat. J'ai prié, j'ai des forces.
guerrero. Vous savez, dofia Angela, que vous n'avez plus rien à attendre du comte Horace d'Armancay. Il est mort.
ANGELA, après un tressaillement nerveux qu'elle parvient à réprimer.
Je sais, monsieur, que vous avez consommé vos crimes.
guerrero. Ah 1 pas de récriminations ni d'injures, j'ai autre chose à faire qu'à les écouler et mieux à faire que d'y répondre. Ma tête est menacée, je ne puis la sauver que par une résolution prompte, énergique. Pour éviter que Santa-Amn ne me traduise devant un conseil de guerre il faut que je renverse Sanla-Anna. Pour cela, j'ai besoin d'une armée, j'ai besoin d'argent. Je n'en ai pas, vous êtes riche. Il faut que votre fortune passe dans mes mains; il faut que ce contrat que vous avez refusé de signer soit signé à l'instant même, le comte est mort, je vous l'ai dit; quant à mes crimes, je saurai m'en justifier. D'ailleurs si ma présence vous gêne, je vous en débarrasserai. Vous vous retirerez où vous voudrez, au couvent si cela vous plaît. Je vous laisse cinq mille dollars de pension. Prenez et signez, (il lui tend une plume. }
angela. Monsieur, j'ai disposé de toute ma fortune. Vous parlez de couvent, c'est en effet au couvent des Dames de la Merci que je compte me retirer, si je sors vivante d'entre vos mains, puant à ma fortune, j'ai fait vœu de la donner entière à l'Église.
guerrero. Ah ! vous avez fait un vœu.
angela. Quand vous êtes entré, j'étais à genoux en lace de Dieu, et les derniers soupirs de mon serment s'échappaient de mes lèvres.
guerrero. Avez-vous songé à une chose, Angela?
angela. A. quoi, monsieur?
guerrero. A ceci, que si vous mouriez, je serais votre héritier.
angela, impassible. Depuis que je sais de quelle main est mort mon père, j'y ai songé souvent, oui, monsieur.
guerrero. Et vous me résistez!
angela. Je vous résiste.
guerrero. Et vous ne tremblez pas !
angela. Regardez-moi !
guerrero. Folle que vous êtes ! sur qui pouvez-vous compter dans cette forêt, dans cette masure, au milieu de ces hommes qui m'appartiennent et dont ma chute serait la perle. Sur qui? réponds !
angela. Vous oubliez qu'il recie Dieu !
guerrero. Dieu ! Dieu ! Eh bien, qu'il se haie, s'il veut te sauver de mes mains ! Tu vas signer cela ou tu vas
mourir ! (A cet instant lu fenêtre du ranclio s'ouvra et Horace parait,
bientôt suivi de Sauves et d'Arthur J
^ angela. Seigneur ! Seigneur ! ne m'abandonnez pas ! Seigneur ! (Poussant un cri.) Ah ! Horace !