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SCÈNE III

CURUMILLA, LE TIGRERO.

Yimuïno. Touché !

ciMihMiLLA. Tigrero! mon frère!

HORACE. TIGRERO, CUnmïILLA, ANGELA, év^ouio, portée

dans les nin; d'Jiciraee, LGJ5A, COR.SLLIO, PÉONS de ia suite d'Aîï^tiîa, AvilMUaH'HS de la nsito d'l!.;iace.

nojiACii;, paraisFnnt. Tigrero. vi ieà Leou vre, un lit do lèuillo cl un abri de branches. ..Yvon, ouvre les cidïres. défais b-s bn;:igeset trouve-moi ia boîto de secours... Coucbous-la pvovis<.uremenl sous ce palnner... Lauvre ciièro enl'asu.î Qu'elle rst belle! Mais, Dieu soit, loué, co n'est «jn'un simple évanouissement, (a Cor.-ioiîo.) Allons, bonhomme, quand vous nou^ regarderez, lit, les yeux effarés, et la bouche béante: allez plutôt puiser de l'eau. à celte source; déchirez un bout do ves manchettes, et humectez ce beau front pà!e que l'aile de la mort a failli effleurer.

coiikhlïo. J'y vais, seigneur Français. Que deviendra is-ju, et que dirait le général, si je ne lui ramenais sa nièce saine et sauve!

iioiucis, à Lutsa. Elle est la nièce d'un général? luisa. Monsieur, c'est une demoiselle de grand nom que nous ramenons du couvent il Guaymas, chez son oncle, son tuteur et son seul parent, le général GuerrerO. tigrero. Le général Gucrrcro?

cunuMiLLA. Guerrero! tigiikiio. Elle est la nièce de cet homme?

cunuiMiLLA. La lille de doua Rafaël.

hohace. Qu'as-Lu donc, Tigrero? pourquoi pàlis-lu? tigrero. Pour rien. Le général Guerrero n'esl-il pas en ce moment gouverneur do la Sonore.

cornmlio. En effet, c'est le plus grand général des armées mexicaines.

Tionrcno. Oui, je le connais, le misérable, (a Curuimiia.) Pauvre enfant!

cunuMiLLA. Ahî ccrlesî

tkïkiïko. Be Sauves et moi, nous l'avons connue au berceau, nous avons vu son père mourir assassiné, et sa mère expirer sous l'étreinte d'un mal mystérieux.

cunuMiLLA, has à Tigrero. Que je connais.

Tir.iŒRO. Quelle est donc cette fatalité, qui me ramène ainsi sur Ies~lraces de ce Guerrero maudit!

cijRUttiLLA- Mou père a connu le père de la jeune filie, mais le grand Esprit sait ce qu'il fait, Tigrero! et l'homme n'est qu'un instrument dans ses mains!

luisa. Elle revient à elle. Le ciel soit bônil Horace. C'est vrai. Et quand jesongeque tant de jeunesse et de beauté allait être massacré, si la Providence ne m'eût envové à son secours! Allons! le hasard m'aime, puisqu'il m'a permis d'inaugurer mon expédition par une action généreuse!... Tigrero, l'abri est-il prêt?

tigiikiio. Superbe... Une cabine d'élat-major, on y passerait sa vie... Bon 1 voilà ses jolies couleurs qui lui reviennent aux joues. La rose blanche redevient rose de Bengale.

iiouaciï. Et quand ces beaux yeux éteints vont se rouvrir à la lu mière, c'est sur moi qu'ils fixeront leurs premiers regards I Les uremiers mots que balbutiera celle fraîche bon-

clie., seront un remercîment pour moi... qu'elle appellera son Fauve:.?:- ! (sa relevant jovcuscrtient.) Ah ! je respire à l'aise, je suis fier de penser que j'aurai tenu une place dans la vie de celte adorable créature!,..

tigrero. Eh bien, croyez-moi, n'y tenez que la plus .petite place possible; je préfère cela.

horace. Pourquoi donc?

tigrero. Je vous le dirai. La vie est ainsi laite qu'on n'y peut rencontrer un ange sans y coudoyer un démon... Mais ce n'est pas l'heure de philosopher. Allons coucher l'ange sur son lii d'herbe fraîches; il sera toujours temps de penser au diable.

ângelà, ouvrant les yeux. LuisaL,. Cornelio!

i.ui?A. Nous voici; iious sommes là, chère maîtresse.

coïîniïlio. Revenez à vous, ne tremblez plus; ouvrez les yeux el regardez voire sauveur.

angela. Mon sauveur?... Ah! en effet, je me souviens. (Essayant de se soulever.) Monsieur... pardonnez-moi de m'être évanouie comme une petite fille sans courage... Je le regrette, puisque je dois à ce sot accident de ne passons avoir plus tôt exprimé toute ma reconnaissance.

Horace. Ah! ce seul regard tira déjà trop récompensée, scïïoi'3. Vous avez besoin de repos; je vous ai l'ail préparer un abri sous- les feuilles... et si vous le permettez...

AtsrjELA. Seîïor cavalier, je m'abandonne à vous en toute

confiance, (JîUe se lève, et- aidée d'iJoraco, de Cornelio et de Luisa, elle se dirige vers le ijeuvin du tranches, où elle calro avec ceux qui l'acc oui]) ayncnl.}

Horace, à Tigrero. Songe' au campement, Yalentio, c'est ici que nous passerons la nuit.

won. Le campement, c'est bien, mois le souper, ce serait mieux. Aimez-vous cette vic-la, monsieur Yalemin?

TIGRERO, ri a m tu s-.'occujia.ui. de viiier les sacs. Ah î je (0 VOIS

venir, vieil Yvon. Tu trouves que tout cela manque un peu oc- régularité?

WON. tout un dressant mie petite iable'a ùûvcloïipcmenl qu'il a lîrûe des

fcs^ecs. Monsieur, je suis humilié à l'idéeque j'ai étudié pendant trente ans les déiaiïs les plus minutieux du service de chambre, du. service de table ci du service d'office, et qu'après trente années d'études et de réflexion... me voilà forcé de reeommenccT, et que je suis aussi neuf dans ces forêts vierges, que le ciel confonde,, que si je n'avais eu à servir jusqu'ici que les moissonneurs de la Brie ou les maçons du Limousin. Oui. monsieur Tigrero, cela ne laisse pas" que de m-e,* une certaine amertume .sur mes vieux jours; on ne déjeune plus, on ne dîne plus, on ne soupe plus... 'On mange quand en se trouve, et quand on a faim, comme les hèles. Kl vous appelez cela, vous, redevenir un homme.., homme des bois, je veux bien !

tigrero, riant. Ah ! mon pauvre Yvon, tu n'es pas au bout do les peines! lu en verras bien d'autres, une Ibis à San- "Franciseo, la capitale de l'excentricité, un pays où l'imprévu est naturel, l'extraordinaire tout simple, el le désordre la loi générale! ,

yvon. Ah\ mon Dieu, que m'apprenez-vous là?

tigrero. Un amas de cabanes en beis, où tous les aventuriers du globe se sont donné rendez-vous 1 une Babel où Ton parle à la fois anglais, français, portugais, espagnol, allemand, américain, russe et chinois: où Ton joue et où l'on se bouscule du matin au soir; où l'on joue encore ol où l'on se bat du soir au matin; où, sur un coup de dé, des drôles deviennent millionnaires; où,surun tour de ràclettejes millionnaires deviennent des mendiants; où les bacheliers cirent des boiîcs; où des palefreniers enrichis se font traîner par des hommes, quand les voilures font défaut; où chacun ne vaut que juste la somme qu'il a dans sa poche; une fourmilière en ébullilion, un tumulte venu des quatre points cardinaux; où l'on crie, où l'on sacre, où l'on boit, où Ton se vole, où l'on s'assassine, où enfui les trois quarts el. demi des gens ont un bon grain de folie... là... au cerveau, et la maladie de la vigne, ici... sur la conscience!

vvox. Bonté divine!... c'est l'antichambre de renier!... mais...

TIGRERO, se retournant. Qu'CSt-CO qu'il y a ?

ex aventurier, c» sentinelle au fond. Un\oyogeur à chevai, suivi de quelques domestiques.

tigiœhô. 3Sê laissez approcher qu'à bon escient.

LA SENTINELLE. Qllï VlVC?

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