SCÈNE YI
Les MÊaiES, HORACE, sortant du gourbi.
Horace. Bien, bien, mon brave Yvon; on y va. (Aim-mêmo,
et les yeux fixés sur la Imite de feuillage qu'il vient de quitter.) Une Ômé
exquise, une beauté souveraine, une enFant!... une fée! Quelle est donc celte terre qui produit de pareilles fleurs?
DON LUIS, h Tigrero, continuant, une conversation enlsmce d'abord à vois
basse. Je me rends à San Francisco, el je vous dois sans doute la vie, car ma troupe est. peu nombreuse, et je fusse certainement, tombé dans une embuscade, si vous ne m'aviez vaillamment déblayé le passage.
ïiorace, qui a écouté. Cette voix!... Un nouveau venu, un jeune homme?.,, (ooa Luis le regarde.) Ciel! est-ce une illusion?... Ce regard? ces traits?...
bon luis, se levant. C'est à moi que vous parlez, monsieur,
me COnnaissez-vous? (il laisse tomber à terre son sarapû et apparaît dans un costume cléganl de chasseur, revolver à la ceinture.)
horace, trouiiu. Si... je... non! pardonnez-moi! une ressemblance singulière avec une personne...
tigrero, intervenant. Ce jeune cavalier n'ayant qu'une faible troupe, suivant la même roule que nous, "nous a demandé place au l'eu de notre bivouac, et l'hospitalité pour celle miii.
don luis. Je comprends, du reste, que vous ne deviez pas vous livrer à un étranger, el pour ne pas vous demeurer plus longtemps inconnu, je prendrai la liberté de me présenter moi-même : je suis don Luis d'Aguiiar, neveu de don José d'Agnilnr, l'un des principaux banquiers de Mexico.
horàce. Don Luis d'Aguiiar!
don cuis. Ce nom rappellc-i-il en vous quoique souvenir?
iiorace. Oui, en effet, le nom elle visage?
don uns, riant. Oh! regardez-moi tout à votre aise, monsieur; je bénis le ciel qui m'a donné le visage d'un de vos amis, car le plus grand de mes désirs esl de devenir aussi le vôtre. Vraisemblablement je vous dois la vie. Permet lez-moi
de VOUS serrer la main, (ils ko donnent la main. Horace fiisionnei ce contact; don Luis Eonrit.j HORACE, appelant. YVOII !
yvon. Monsieur!
îiorace. Sers-nous à souper!
yvon. Mais monsieur est servi depuis longtemps!
iiorace, ;i Yvon. Un troisième couverl!
souper
tigrero. Pardon, cher comte, permettez-moi de avec mon vieil ami Curumilki.
iiorace. A ton aise!... (a ses compagnons.) Mangez, mes braves, et mangez bien, car la journée de demain sera rude. (a don Luis.) Permettez-moi, mon jeune cavalier, de vous offrir une pince à ma table.
don luis. Volontiers.
horace. En vérité, don Luis, si au lieu de ces beaux cheveux bruns qui encadrent si bien voire visage, vous eussiez eu des tresses blondes, tirant un peu sur l'or florentin, au lieu de vous tendre la main, je crois que je vous aurais sauté au cou.
DON LUIS, à table. Bail!
horace. Don Luis, je ne vous ai pas dit mon nom!
nox luis, j'allends.
iiorace. Eli bien, je suis le comte Horace d'Armnnçay.
don luis. Êtes- vous ce comte Horace d'Armaneay, à qui le président. Sauta-Anna vient d'accorder une concession de placiers dans la Sonore?
iiorace. Précisément.
don luis. On parle de vous à Mexico, et l'on discute vos chances. Prenez garde à un nommé Sharp, un émissaire secret des Étais-Unis, chargé, dit-on, de créer une compagnie rivale.
iiorace. On m'en a parlé... mais revenons à vous. Vous ne me demandez pas pomquoi si vous aviez eu des cheveux
blonds et non des cheveux bruns, je vous eusse fraternellement embrassé?
don luis, souriant. Je vous IVi déjà dit: j'attends.
noiîAcE Vous avez une sœur, don Luis?
r>ox luis. J'en avais une... autrefois!
non ace. Elle est morte?
nors LUifc. Je ne le crois pas. Elle est partie... loin.-., bien loin...
houace. En France ?
bon luis- Oui.
hohack. Eh bien, lisez cette lettre.
don lui?. De ma sœur, de doïla Carmen. (La parcourant des yeux.) A vous corps et âme, Horace. Elle me recommande de vous aimer comme un frère... Voici de nouveau ma main, mais cette fois, c'est ia main d'un homme dont la vie est a vous.
horace. Et voici la mienne,, car j'accepte voire amitié, mon cœur élant assez riche pour la payer
don luis. Pauvre sœur! vous l'avez beaucoup connue?
iiohace. Oui, j'ai souvent ue l'honneur de la rencontrer dans le monde parisien..
d-on luis. Où, sans doute, elle faisait figure.
horace. Charmnnle comme elle était, aurait-il pu en être autrement?
don luis. Mais une étrangère, seule... dans ce monde terrible qu'on appelle le monde parisien. Voyons, soyez franc... La médisance ifa-t-elle jamais cherché à s'exercer sur son compte?
iioh.ace. J'élris son ami, monsieur!... et celui qui, devant, moi, eût osé médire de doîïo Carmen, se fût bien vite repenti de son impertinence!
don luis, rorL ému et vivement. Ah! merci, Horace! .. pardon!... Vous m'avez parlé de ma sœur, et il me semble à présent que je vous connais et que je vous aime depuis longtemps.
IiOHAr.iî, se retournant vers la huile. Pardonnez-moi.. . JX'avezvous pas en fendu une plainte? (ils su lèvent tic uihio.)
DON LUïS, prenant le comte par lu bras. Non, je ne le peilRC
pas... Croyez, comte, que je serai heureux de pouvoir vous rendre ici raiïcclion que vous avez portée à ma sœur!
110 HA CE, impiicl, voulant \\ tout moment se sous! ni ire à don Luis. Et
je ne manquerai pas d'y l'aire appel, don Luis.
don luis. El. maintenant, voyons. Biles-moi bien vite en quoi oi comment je puis vous servir... Je suis déjà, vous avez pu le voir, au courant de vos affaires. Je sais que vous allez h San Francisco, fonder, avec l'autorisation du président, une compagnie à la fois eolomsnlriee et militaire, pour exploiier, moitié à votre profit, moitié au profit du gouvernement, ies vastes terrains de culture et les riches placersde la Sonore.
iioKAr.K. Pardon... IViais celle luis, j'ai certainement entendu...
don luis. Quoi donc?
UMiiAcK. on somiani. Oh ! vous n'êtes pas ma première rencontre... voyez plu toi...