‹ Les floraisons matutinales [microforme]Chapitre 10 sur 19 · ATE · texte numérisé non relu

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Primeroses

Troublant et capiteux arome !

Mon cœur, comme l'air s'en embaume, Et, grisé, je pars au royaume

Du Rêve, où mes espoirs défunts.

Où mes illusions dernières,

Comme ces roses printanicres,

Ont vécu leurs premiers parfums.

SAN TD ALT Senre ges NES

Épithalame

A M. et Mine ALIDE LACERTE

Quand on s'aime on se marie :

Il prend fin, l’'enchantement D'une vague rêverie,

Quand on s'aime on se marie :

La vie à deux, c’est charmant.

Epithalame 117

—— ——- mme

Longtemps on hésite, on n'ose ; . La voix, les lèvres, les yeux,

Malgré soi disent la chose.

Longtemps on hésite, on n'ose.

Silence délicieux !

On se comprend sans rien dire.

Le plus fin pinceau de l'Art

Ne peut rendre ni décrire Tout ce qu'exprime un sourire,

Tout ce qu'exprime un regard.

Bref, il faut dire, à l’église, Le cher secret inouï.

Peur naïve ! gêne exquise !

Pour que nul ne s’en dédise,

Au prêtre il faut dire oui.

Au mot sacré qu'on prononce, Dans les cœurs, comme un duo, Vibre une même réponse.

Au clair oui franc qu'on prononce,

Les cœurs tout bas font écho.

Quand on s'aime, on se marie :

La vie à deux, c'est si doux.

Mon cher, aime ta chérie :

Bon cœur jamais ne varie.

Cher tendre couple, aimez-vous.

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Grand deuil

Dans le clair-obseur de la pièce close, Où brûle une cire au reflet tremblant.

Rigide, et grandi par la inort, repose

Le corps d’un enfant habillé de blanc.

Sous la mousseline, on voit les mains jointes, La mate blancheur des doigts ivoirins, Les cheveux pleins d'ombre et les tempes ointes

Qu'auréole un flot de rayons sereins.

Jamais des flancs purs du neigeux carrare, L'art n'a fait surgir un ange plus beau Que cet ariel, à la forme rare,

Qui gît, radieux et calme, au tombeau.

Sous l’eau sainte et sous l'huile du saint chrême Le front du martyr s'est rasséréné, La figure dit l'extase suprême,

La douleur, la paix du prédestiné.

La chambre de deuil est toute drapée De gaze. Nuit bruit. Plus rien. Par moment,

Une faible voix tendre, entrecoupée

De soupirs, gémit désespérément,

Grand deuil 121

is sont là, tous deux, le père et lx imère, Abattus, défaits, tristes à mourir :

Nul mal n'est égal à leur peine amcre :

Rien ne les fit tant pleurer, tant souffrir.

Après tant de coups, on croyait, quel rêve !

Bien s'être acquittés de souffrir. Il faut Pleurer et souffrir et pleurer sans trêve :

C'est la volonté du Dieu de la-haut.

Dix ans ! C'est e fils, l'aîné, l'espérance, La joie et l'amour de deux malheureux.

Cher bonheur qu'il faut payer en souffrance !

Oh !'que le chemin du ciel est affreux !

Ils sont là, tous deux, esseulés, funèbres,

Sans parler, cherchant, presque fous, à voir

Dans ces yeux déjà voilés de ténébres,

La faible lueur d'un suprême espoir,

Lourdes de sommeil, fixes, les paupières S'ouvrent à demi : dans les yeux hagards, Flotte, encor mouillé des larmes dernières,

L’adieu triste et doux des derniers regards.

La Mort pâle a ceint de ses violettes Ce pur et beau front d’albâtre rosé ; Et la bouche fine, aux lèvres muettes,

Sourit d’un divin sourire apaisé.

Ils sont là, cloués au sol, sous l'empire De ce captivant sourire trompeur ; La mère, à genoux, sans prier, soupire,

Le père, debout, est blanc de stupeur.

La femme nerveuse et frêle se pâme, En larmes de sang son cœur coule à flots ;

L'homme, fait aux deuils, aux douleurs de l'âme,

Suffoque, étouffant soupirs et sanglots.

Grand deuil 123

Parfois, doucement, une main qui tremble De crainte et d'amour, soulève à demi Le suaire : on voit s’incliner ensemble

Deux fronts au-dessus de l'ange endormi.

‘Qu'il est beau ! la nuit d’outre-monde voile A peine l'éclat de l'esprit éteint :

L'âme transparaît : telle une humble étoile

Nous luit à travers l'ombre, au ciel lointain.

Mystère cruel ! s'il dormait ? Quel doute !

La pensée, éther vif, rayon subtil, Au ciel, brusquement, s'en va-t-elle toute ?

Un reste des sens en nous survit-il ?

Vagues questions, sans suite, sans nombre, Que se fait tout bas le cœur criminel,

Dédale infini, de plus en plus sombre,

Où vague et se perd l'amour maternel.

Minuit sonne, Au pied du blême cadavre, Dans le vide noir du logis qui dort, Veillent seuls, en proie au deuil qui les navre,

Les derniers amis du cher petit mort.

Et l'horloge au lourd balancier lent, tinte, Lugubre, le glas de l'heure qui fuit, Et le grave son, que rythme la plainte

Du vent. assombrit l'horreur de la nuit. :

O douleur ! ô nuit ! quand verrons-nous poindre Ces jours éternels, longtemps attendus ?

Ob !'quand pourrons-nous à jamais rejoindre

Tous ces morts aimés qu'on croyait perdus ?

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L'hirondelle pieuse

Un soir, je vis une hirondet « Descendre du haut du ciel bleu

Et s'élancer à tire-d'aile

Sous les absides du saint lieu.

Et depuis, dans les vapeurs blanches De l’encens, à vol doux, léger, On voit, par l’église, aux dimanches,

Le pieux oiseau voltiger.

Au plein air, à la brise fraîche, Le large seuil est grand ouvert :

Pauvre oisillon, qui donc t'empêche

De retourner au vallon vert ?

N'entends-tu pas, dans les campagnes, La nuit, quand les cieux sont déserts, Les cris perdus de tes compagnes,

Que chasse le froid des hivers ?

Par les coupoles ajourées, Ne vois-tu pas, parfois, le soir,

Aux demi-lueurs des vêprées,

‘ Zigzaguer un petit vol noir.

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