‹ Les floraisons matutinales [microforme]Chapitre 9 sur 19 · —————ZZ · texte numérisé non relu

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Dussé-je faire mille lieues, Il faut que j'atteigne ces bords Qui palpitent aux frais accords

Des chimères roses et bleues,

J'irai, suivant ma fantaisie, Boire aux ruisseaux harmonieux Où croît, aux caresses des cieux,

La fleur d’or de la poésie.

J'ai pour étoile, l'Art antique, Le Beau, ce pôle dont l'aimant Nous attire éternellement,

Et j'ai l'espoir pour viatique.

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Les Clochettes

Le carillon multisonore Des clochettes au timbre clair

Tinte, étincelle, tinte encore

Et tintinnabule dans l'air.

Les clochettes

C'est plaisir, quand la neige crie, D'ouir, mêlée au bruit banal Du vent, l'allègre sonnerie

Du joyeux solstice hivernal.

Aux heures de la promenade, Sur les places, de trois à cinq, De l'esplanade à l’esplanade,

Du skating rink au skating rink,

Dans la brume aux teintes de cuivre Ou par un radieux ciel bleu, Volent avec les fleurs du givre

Les vibrantes notes de feu.

Rapides traîneaux de Norvège, Tout capitonnés et fleuris ;

Karrioles à triple siège,

Aux ondoyantes peaux d'ours gris ;

Sieighs bleus, sleighs verts, dont l'acier lisse, Traçant un zigzagant sillon, Par les chemins irisés, glisse

Dans un vaporeux tourbillon,

En double file, sur la neige, Secouant pompons et clinquants, Se croisent —triomphal cortège

Aux éclats des grands fouets claquants.

Au col du poney qui trottine, Au poitrail des grands chevaux lourds, Clochettes à voix argentine,

Gros grelots de bronze aux sons sourds

Tintent et vannent à merveille.

Par les soirs et par les matins,

Vibre une gamme sans pareille

De dings dings dings et de tins-tins.

Les clochettes 99

Il fait un froid de Sibérie.

Nargue du froid! Vive l'hiver!

Vive l'électrique féerie

De ses kremlins de cristal vert !

Oh! vive la belle gelée !

Oh ! le bel Hiver, c'est pour nous Qu'il pique à sa tempe étoilée

Les fleurs toute rouges du houx !

O guais cortèges, faites place !

Du haut des neigeux Labrador. Hiver descend ; son char de glace,

File au trot du renne aux fers d'or.

Salut, roi de l'Ourse, qui passes Parmi les étincellements

Qu'à travers le bleu des espaces

Eparpillent tes diamants.

100 Les Floraisons Matultinales

Drapons-nous de pourpre et d'hermine !

Sonnons l’olifant et le cor !

Que toute la ville illumine !

Que la fusée éclate encor !

Que tout chante ! — Adossée à l'angle D'un mur, une enfant aux yeux creux, D'une voix que la bise étrangle,

Damande l'aumône aux heureux.

Devant ce haillon que flagelle Le fouet des aquilons stridents, Sans voir le pauvre être qui gèle

Et sanglote et claque des dents,

On passe. Le rire sonore Des clochettes de nickel clair

Tinte, ironique, tinte encore

Et tintinnabule dans l'air.

Les clochettes

Mais l'enfant que ce bruit harcèle Aimerait mieux, mille fois mieux.

Ouir tinter dans l'escarcelle

Le carillon des sous joyeux.

Hiver, que tes grelots de fête N'attristent pas les indigents :

Et vous, riches, faites la quête

Pour la Noël des pauvres gens.

Dans son étable qu'enténèbre Le froid noir de la pauvreté,

Que le pauvre à son tour célèbre

La joyeuse Nativité.

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Beethoven

Est-ce l'harmonieux orchestre que l'aurore Réveille sous la verte ogive des buissons ?

Que dis-je ? Les oiseaux ne chantent pas encore,

Et l'avril sur les bois fait courir ses frissons.

Beethoven

Maître prestigieux, que tout artiste adore,

£ Toi dont l'oreille entend les divines chansons. De l'ivoire enchanté du clavecin sonore

C'est toi qui fais jaillir ces mélodieux sons.

Doux accords, trilles clairs, capricieuses gammes Se déroulent : ainsi se déroulent les lames

Que caresse le souffle amoureux du matin.

Et pourtant, Beethoven, tes stances idéales Ne sont qu'un vague écho des blanches cathédrales

Où vibrent les sereins alléluias sans fin.

Les corbeaux

Les noirs corbeaux au noir plumage, Que chassa le vent automnal,

Revenus de leur long voyage,

Croassent dans le ciel vernal.

Les corbeaux

Les taillis, les buissons moroses Attendent leurs joyeux oiseaux :

Mais, au lieu des gais virtuoses.

Arrivent premiers les corbeaux.

Pour charmer le bois qui s'ennuie, Ces dilettantes sans rival, Ce soir, par la neige et la pluie,

Donneront un grand festival.

Les rôveurs, dont l'extase est brève, Attendent des vols d'oiseaux d'or :

Mais, au lieu des oiseaux du rêve,

Arrive le sombre condor.

Mars pleure avant de nous sourire, La grêle tombe en plein été, L'homme, né pour les deuils, soupire

Et pleure avant d'avoir chanté.

Rayons d'octobre

Octobre glorieux sourit à la nature, On dirait que l'été ranime les buissons.

Un vent frais, que l'odeur des bois fanés sature,

Sur l'herbe et sur les eaux fait courir ses frissons.

Rayons d'octobre 107

Le nuage a semé les horizons moroses, De ses flocons d'argent. Sur la marge des prés, Les derniers fruits d'automne, aux reflets verts et roses,

Reluisent à travers les rameaux diaprés,

Forêt verte qui passe aux tons chauds de l'orange ; Ruisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vernal ; Monts aux gradins baignés d’une lumicre étrange.

Quel tableau ! quel brillant paysage automnal !

A mi-côte, là-bas, la ferme ensoleillée, Avec son toit pointu festonné de houblons, Paraît toute rieuse et comme émerveillée

De ses éteules roux et de ses chaumes blonds.

Aux rayons dont sa vue oblique est éblouie, L'aïeul sur le perron familier vient s'asseoir :

D'un regain de chaleur sa chair est réjouie ;

Dans l'hiver du vieillard, il fait moins froid, moins noir.

jalme et doux, soupirant vers un lointain automne, Il boit la vie avec l'air des champs et des bois, Et cet étincelant renouveau qui létonne

Lui souffle au cœur l'amour des tendres autrefois.

De ses pieds délicats pressant l'escarpolette, Un jeune enfant s'enivre au bercement rythmé, Semblable en gentillesse à la fleur violette

Que l’arbuste balance au tiède vent de mai.

Près d'un vieux pont de bois écroulé sur la berge. Une troupe enfantine au rire pur et clair, Guette, sur les galets qu'un flot dormant submerge.

La sarcelle stridente et preste qui fend l'air,

Vers les puits dont la mousse a verdi la margelle, Les lavandières vont avec les moissonneurs :

Sous ce firmament pâle éclate de plus belle

Le charme printanier des couples ricaneurs.

Rayons d'octobre 109

Et tandis que bruit leur babillage tendre, On les voit, déroulant la chaîne de métal Des treuils mouillés, descendre et monter et descendre

La seille d'où ruisselle une onde de cristal.

À peine les faucheurs ont engrangé les gerbes Que déjà les chevaux à l'araire attelés Sillonnent à travers les chardons et les herbes

La friche où juin fera rouler la mer des blés.

Fécondité des champs ! cette glébe qui fume, Ce riche et fauve humus, recèle en ses lambeaux La sève qui nourrit et colore et parfume

Les éternels trésors des futurs ren ou veaux.

Les labours, encadrés de pourpre et d'émeraude, Estompent le damier des prés aux cent couleurs. De sillons en sillons, les bouvreuils en maraude

Disputent la becquée aux moineaux querelleurs.

Et l'homme, aiguillonnant Ia bite, marche et marche, Pousse le coutre. Il chante, et ses refrains plaintifs Evoquent l'âge où l’on voyait le patriarche

Ouvrir le sol sacré des vallons primitifs.

Ecoutez: c'est le bruit de la joyeuse airée Qui, dans le poudroîment d’une lumière d'or, Aussi vive au travail que preste à la bourrée,

Bat en chantant les blés du riche messidor.

Quel gala! pour décor, le chaume qui s'effrange ; Les ormes, les tilleuls, le jardin, le fruitier Dont la verdure éparse enguirlande la grange,

Flotte sur les ruisseaux et jonche le sentier.

Pour musique, le souffle errant des matinées : La chanson du cylindre égrenant les épis ;

Les oiseaux et ces bruits d’abeilles mutinées

Que font les gais enfants dans les meules tapis.

Rayons d'octobre 111

En haut, sur le gerbier que sa pointe échevèle, La fourche enlève et tend l'ondoyant gerbillon. En bas, la paille roule et glisse par Javelle

Et vole avec la balle en léger tourbillon.

Sur l'aire, les garçons dont le torse se cambre. Et les filles, leurs sœurs rieuses, déliant L'orge blonde et l'avoine aux fines grappes d'ambre,

Font un groupe à la fois pittoresque et riant,

En ce concert de franche et rustique liesse, La paysanne donne une note d'amour.

Parmi ces rudes fronts hâlés, sa joliesse

Evoque la fraîcheur matinale du jour.

De la batteuse les incessantes saccades Ebranlent les massifs entraits du bâtiment,

Le grain doré jaillit en superbes cascades,

Tous sont fiers des surplus inouïs du froment.

Déjà tous les greniers sont pleins. Les gens de peine Chancellent sous le poids des bissacs, Au milieu Des siens, le père, heureux, à mesure plus pleine,

Mesure et serre à part la dîme du bon Dieu.

Il va, vient. Soupesant la précieuse charge ; s Et tournant vers le ciel son fier visage brun,

Le paysan bénit Celui dont la main large

Donne au pieux semeur trente setiers pour un.

Maintenant, plus d'azur clair, plus de tiède haleine, Plus de concerts dans l'arbre aux lueurs du matin : L'œil ne découvre plus les pourpres de la plaine

Ni les flocons moelleux du nuage argentin.

Les rayons ont pâli, leurs clartés fugitives S'éteignent tristement dans les cieux assombris.

La campagne a voilé ses riches perspectives.

L'orme glacé frissonne et pleure ses débris.

Rayons d'octobre 115

Adieu soupirs des bois, mélodieuses brises, Murmure éolien du feuillage agité.

Adieu dernières fleurs que le givre a surprises,

Lambeaux épars du voile étoilé de l'été.

Le jour meurt, l'eau s'éplore et la terre agonise, Les oiseaux partent. Seul, le roitelet, bravant Froidure et neige, reste, et son cri s'harmonise

Avec le sifflement monotone du vent.

FF ERRERREREUR

Primeroses

Ces délicieuses fleurs roses, Grandes ouvertes où mi-closes,

Me soufflent de tant douces choses Et fleurent si frais et si doux, Que, bien sûr, et corolle et tige,

Recèlent par quelque prodige,

Quelque chose qui vient de vous.

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