‹ Les floraisons matutinales [microforme]Chapitre 11 sur 19 · SE · texte numérisé non relu

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L'hirondelle pieuse 1

Le) “1

‘# Viens! dit une voix gazouillante ; Là-haut, sur la tour, on t'attend :

Avant qu'il neige, avant qu'il vente,

Hâte-toi, mon amour. viens-t'en ! ”

Et, sur la tour, les camarades Entre elles parlent de partir, Et leurs brèves monosyllabes

Bruissent à n’en plus finir,

“Viens, reprend la voix, viens, mignonne, Entends-tu crier les halbrans ?

Plaintifs, colonne par colonne,

S'en vont les derniers émigrants.

Tes sœurs poussent des cris d'alarme :

Fuyons le froid ! fuyons la mort !

Réponds-moi, cruelle ! Quel charme

A ces voûtes t'enchaîne encor ?

Les Fleurs Matutinales.

Aurais-tu l'idée enfantine De vivre ici, dorénavant, Et de te faire sacristine,

Comme une fille du couvent ?

On ne vit point que de prière :

Pour les folâtres oisillons, Un grain de mil vaut mieux, ma chère,

Que toutes les dévotions,

Préférerais-tu, pauvre folle, Pour réciter tes oraisons, Le ciel étroit d'une coupole,

Au plein ciel des grands horizons ?

Je n'ai jamais vu les corniches Où tu sembles te plaire tant.

Valent-elles les vieilles niches

De nos bons vieux logis d'antan ?

L'hirondelle pieuse 129

Viens ! nous passerons par Venise, Et nous referons, si tu veux, De Messine jusqu'à Trévise,

Le tour des jolis pays bleus,

Des cathédrales florentines Nous reverrons le fin décor, Et de leurs cloches argentines

Nous entendrons les gammes d'or,

+ . A Rome, à Ferrare, à Sienne, De mille temples sans pareils, Dans notre course aérienne,

Nous verrons les clochers vermeils

Viens ! nous irons tout droit à Nice.

Oh ! viens, je suivrai, nuits et jours,

Toute aile et tout cœur, le caprice

D'une voyageuse au long cours.

Narguant le mistral et les pluies, Nous nous cacherons dans les fleurs ; Et puis, ma foi, si tu t'ennuies,

Nous irons nous aimer ailleurs. ‘

Au son des claires mandolines, Nous irons, par un beau matin, Nous marier sur les collines

Du vert pays napolitain.

Nous choisirons ce coin tranquille, Ce creux de ruine discret, Où. le soir, une jeune fille

Vient s'agenouiller, en secret.

Sous le manteau de la madone, Qu'un amandier toujours houri

De ses fleurs de neige couronne,

Nous trouverons un sûr abri.

L'hirondelle pieuse 131

Quand les petits seront en âge, À vol silencieux et lent, Nous irons en pèlerinage

A Notre-Dame de Milan.

Puis, par les routes nuageuses, Que suivent, dans le temps pascal, Les graves cloches voyageuses,

Nous reviendrons au nid natal.”

Et, dans la tour, les camarades Entre elles parlent de partir, Et leur brèves monosyllabes

Bruissent à n'en plus finir,

“ Oh ! viens, redit la voix pleurante :

Viens donc, tout là-haut, on t'attend :

Avant qu'il neige, avant qu'il vente,

Oh ! viens-t’en, cher amour, viens-t'en ! ”

Au vitrail clos de la chapelle, On entend heurter à grand bruit.

Longtemps, bien longtemps, on appelle,

Longtemps, bien longtemps, dans la nuit.

Hier, près des anges de pierre Qui soutiennent les bénitiers, Je vis la pauvre prisonnière

Tomber, l'aile close, à mes pieds.

Je pris dans ma main la pauvrette.

Je crus voir, comme un fin brillant, Miroiter une gouttelette

Sur les plumes de son col blane.

Etait-ce une larme ? une goutte D'eau bénite ? Je n'en sais rien,

Le cœur des bons oiseaux, sans doute,

Vaut bien celui d'un faux chrétien,

L'hirondelle pieuse 133

O pieuse hirondelle aimée, C’est bien à bon droit qu'en tout lieu Le bon peuple aimant t'a nommée :

Le petit oiseau du bon Dieu.

En redisant ta simple histoire, Je songe à ces anges voilés, Qui, dans l’ombre de l’oratoire.

Pour nous se sont agenouillés.

Je songe à ces vierges ferventes Qui vivent de saintes amours,

Et s’ensevelissent vivantes,

Dans la prière, pour toujours.

La cloche de Louisbourg

Cette vieille cloche d'église Qu'une gloire en larmes encor

Blasonne, brode et fleurdelise,

Rautile à nos yeux comme l'or.

La choche de Louisbourg 135

On lit le nom de la marraine, En traits fleuronnés, sur l'airain, Un nom de sainte, un nom de reine,

Et puis le prénom du parrain.

C’est une pieuse relique :

On peut la baiser à genoux :

Elle est française et catholique

Comme les cloches de chez nous.

Jadis, ses pures sonneries Ont mené les processions, Les cortèges, les théories

Des premières communions.

Bien des fois, pendant la nuitée, Par les grands coups de vent d'avril,

Elle à signalé la jetée

Aux pauvres pêcheurs en péril,

A présent, le soir, sur les vagues, Quelque marin qui rôde là, Croit ouiïr des carillons vagues

Tinter l’Ave maris stella.

Elle fut bénite, Elle est ointe.

Souvent, dans l'antique beffroi, Aux Fêtes-Dieu, sa voix s'est jointe

Au canon des vaisseaux du Roy.

Les boulets l'ont égratignée, Mais ces balafres et ces chocs L'ont à jamais damasquinée

Comme l'acier des vieux estocs.

Oh ! c'était le cœur de la France Qui battait, à grands coups, alors,

Dans la triomphale cadence

Du grave bronze aux longs accords,

La cloche de Louisbourg 137

O eloche ! c'est l'écho sonore Des sombres âges glorieux, Qui soupire et sanglote encore

Dans ton silence harmonieux.

En nos cœurs, tes branles magiques, Dolents et rêveurs, font vibrer

Des souvenances nostalgiques.

Douces à nous faire pleurer.

Le merle

Une murmurante nichée De merles aux trilles divers,

Dans les feuilles là-haut cachée,

Réjouit mes peupliers verts.

Le mnerle

De bonne heure, pour faire fête A leurs chers hôtes revenus, Mes arbres, de la base au faîte,

Enguirlandent leurs rameaux nus.

Sitôt que l'aurore vermeille Empourpre les brumes lilas, Le nid, qu'un trait de flamme éveille,

Vibre de sonores éclats.

De sa maraude matineuse, La mère arrive au point du jour.

Dans l'atmosphère lumineuse

Le père s'élance à son tour.

Il part, et sous la riche arcade Des ramures toutes en fleur

Ruissellent comme une cascade

Les notes de l'oiseau siffleur.

I ne va pas à l'aventure, Il sait mainte place et maint lieu Où s'offre à foison la pâture

Que lui réserve le bon Dieu.

Au printemps, il siffle, il fredonne, Tandis que son œil vif, chercheur, Guette la mouche qui bourdonne

Dans la lumière et la fraîcheur.

L'été le régale de mûres, De cerises et de raisins ; Vers l'automne, les ronces mûres

L'attirent dans les bois voisins.

Quand le vent d'octobre éparpille Les feuilles rouges du buisson,

L'oiseau dans les chaumes grappille

Les miettes d’or de la moisson.

Le merle 141 a ——————————

Au-dessus d'une eau cristalline, Qui coule au creux d’un val dormant, Sur un glaïeul qu'un souffle incline

Il suspend son vol un moment.

C'est là qu'il se baigne et vient boire.

On le voit, au sortir du bain, Lustrer sa gorge orange et noire :

Mais un sifflet vibre soudain.

Secouant son aile mouillée, Entre les herbes du ruisseau Il glisse : il a pris sa volée

Vers son mélodieux berceau.

Il se dépêche, Vif et tendre.

Il égrène en son vol des sons

Radieux, dès qu’il croit entendre

Le gazouillis des nourrissons.

Son arrivée est une fête :

Les petits, tremblants et surpris, Se dressent, serrés tête à tête,

Et percent l'air de mille cris.

Dans la gloire du ciel qui brille, Deux voix éclatent tour à tour :

Le trille alterne avec le trille :

L'amour roucoule avec l'amour.

Les yeux brillants comme des perles, Mère amoureuse et père aimant

Jasent. Heureux logis de merles,

Que ton voisinage est charmant.

RSA TE ETTONE 7 EN

La Muse

Bluet aux regards d'améthyste, .

Bluet aux yeux de ciel, dis-nous Ce qui te fait être si triste ?

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