‹ Les floraisons matutinales [microforme]Chapitre 14 sur 19 · A VVVY NAN AN A PA AN PA PA PA PA A PA PA NAN A PS A AA · texte numérisé non relu

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Un homme

Je ne viens pas, ami, sur le bord de ta fosse, D'une plainte banale outrager ton cercueil :

Je ne viens pas mêler une éloquence fausse

Aux pleurs silencieux de tes frères en deuil.

Je hais les longs soupirs des froids panégyristes ; L'accent de l'amitié fervente est plus discret. L'éloge des défunts n’est pas dans les chants tristes

Des poètes ; il est dans un pieux regret,

Sur ce grana douloureux qui fut un patriote, Sur ce lutteur tué dans ses nobles transports, Il messied qu'une lyre importune sanglote

Et scande avec éclat de funèbres accords,

Pleurer ? je ne veux pas: mais il faut que je dise, A ces porte-drapeau qu'il n’a jamais trahis, Aux ministres du peuple, aux princes de l'Eglise,

Que ce jeune homme fit honneur à son pays.

A la noble, à la fière, à la belle jeunesse, Je veux montrer la route où le droit l'a poussé,

Pour qu'elle y marche en chœur, pour qu'elle y reconnaisse

La voie où nos plus grands citoyens ont passé,

Un homme 159

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À peine est-il tombé sous la faux implacable, Qu'on entend retentir mille plaintives voix : Hélas ! pourquoi la Mort aveugle, inexorable,

Fait-elle dans nos rangs ces mystérieux choix ?

Hélas ! pourquoi faut-il que la jeunesse meure ? Le talent est-il donc marqué d'un sceau fatal ? Hélas ! pourquoi faut-il qu'il s'en aille avant l'heure,

Le viril ouvrier du champ national ?

Il aurait tant aimé finir sa noble tâche.

Il était si cruel pour lui, ce dénoûment.

Le loyal serviteur, qui ne fut Jamais lâche,

Peut-il se résoudre au suprême effacement ?

Etait-ce à lui d'entrer dans l'éternel silence ? Ce courageux, ce fier paladin de la loi,

Ce robuste parleur qui dit haut ce qu'il pense,

Ce preux dont la parole est parole de roi.

Intrépide soldat d'une armée aguerrie, Le soleil dans les veux, et la vaillance au cœur, LH s'en allait chantant l'hymne de la patrie,

Quand la mort l'arréta dans son élan vainqueur.

Bédard, Morin, Cartier, Dorion, Lafontaine, De nos droits assaillis tenaces défenseurs, Vertueux citoyens dont la gloire lointaine

Eclaire et guide encor vos dignes successeurs !

IL est de votre sang, il est de votre race, Ce grave enfant, trop tôt moissonné par le sort ! Ombres dont le sourire illumine la face,

Saluez le manteau blanc de ce jeune mort!

Comme vous, devant l'or des viles coteries

[n'a jamais courbé ni le front, ni les reins;

Et son brutal dédain des basses flatteries

Enseigne la franchise à ses contemporains.

Un homme 161

On peut me ruiner, disait-il, mais nul homme Ne m'ôtera le legs que j'ai reçu des miens :

La riche honnêteté du nom dont je me nomme :

Nul ne peut me ravir à moi, ce bien des biens.

Des grands Canadiens tel fut le caractère :

Tel fut leur mâle orguril, leur courage hardi. De ces ancêtres forts le souffle héréditaire

Au cœur de leurs neveux ne s’est pas refroidi.

Houde mourut debout, Le Maître, qui dispense A son gré le pouvoir physique et la santé, Anima d'un rayon de flamme trop intense

La débile vigueur de ce corps indompté.

Le phtisique, malgré la fièvre qui le brise, Mourant, s'acharne encore au labeur, au devoir,

Et son âme, on ne sait par quel miracle, puise

Courage et force au fond de son morbide espoir

C'est en vain qu'il se dresse ; il s'affaisse, il succombe, Ses courts printemps ont fui comme l'ombre et le vent.

Houde, le fier, le franc, l'honnête, est dans la tombe :

Mais son nom restera populaire et vivant.

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