‹ Les folies amoureusesChapitre 11 sur 50 · D UNE DANSEUSE · texte numérisé non relu

D UNE DANSEUSE

Pendant six mois, les deux entants, ayant auprès d'eux le seul Tir^dritto, se tinrent cachés dans un faubourg de Catane, aux pieds des monts de Sicile. Ce fut un amour souriant, tendre, clair, matinal. La slgnorina ne s'est jamais souvenue ' qu'avec douceur de ce pauvre Lorenzo qui faisait de si jolis sonnets et qui avait de si grands yeux. Au commencement de l'hiver, elle s'imagina d'aller danser à la cour de Modène. Ce n'était plus la petite Marietta du théâtre Saint-Charles; la jeune femme avait jailli de l'enfant précoce. Ses lèvres, gonflées de sang sous les baisers de Lorenzo, contrastaient mieux avec la blancheur du visage, et l'amour était resté vivant dans la profondeur de ses yeux. Trop ingénue naguère et puérilement impatiente, sa danse avait maintenant des ondulations molles et perverses ; U semblait que son corps s'enveloppât, dans les ivresses du ballet, d'une chaude flamme exhalée de lui-même comme une sueur lumineuse; et ses gestes étaient des souvenirs d'enlacements dont la caresse prolongée s'imposait aux cous des spectateurs vaincus par l'hystérie. Le duché de Modène fut bouleversé totalement. François d'Esté, lui-même, seul et masqué, vînt frapper un soir à la porte de la signorina. En considération de son Altesse et par un dFort de génie, la danseuse rénova, jambes nues, cette pantomime oubliée, dont sa mère.

jadis attentive aux intrigues de U cour des Deux- Siciles, avait entrevu le mystère, ce tendre pas du châle enseigné par Miss Emma Harte à la déesse Hygie et que lady Hamilton se rappelait encore aux petits soupers de la reine Caroline- Marie. François IV, extasié, déclara qu'il reviendrait le lendemain; mais la signorina disparut au point du jour avec le fidèle Tiradritto.

De Florence où elle séjourna longtemps, sa renommée gr.indissante conquit l'Italie entière. La Scala se ruina pour l'engager et s'enrichit pour l'avoir engagée. C'est alors qu'elle se lia de tendresse avec un jeune bon cousin de la Vente Centrale d'Alexandrie; d'où résulta que, par la suite, pour désigner l'époque de son passageà Milan, elle avait coutume de dire, à l'exemple d'une belle princesse Olusirée par les poètes : « Lorsque j'étais républicaine. » Mais la signera DairOro ne s'attardait pas longtemps à la même fantîusie ; en dépit des lemontrances de Tiradritto qui la suivait de ville en ville, béquillant de pis en pis, elle résiliason engagement, paya je ne sais quelle somme à l'imprésario de la Scala, et reparut à Naples où sa mère venait de mourir. Toutes larmes séchées, Marietta lit de la politique absolutiste avec le maréchal Radetski, qui avait remplacé le prince d'Autrodoco. « Lorsque j'étais autrichienne, » disait-elle plus tard. Elle ne voulut

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