DUNE DANSEUSE 5I
point danser k Saint-Charles, parce que c'était le temps où les jambes des ballerines, avec leurs caleçons verts, ressemblaient à des tiges de palmiers ; et la signorina unaii pour les maillots roses; mais après trois années de paresse délicate et d'amours inconnues, le démon des coulisses, qui harcèle sans pitié, l'obligea de signer un engagement pour Covent-Garden. Les brouillards de Londres faillirent la rendre folle de tristesse; malgré les joies du théâtre, elle garda le spleen tout l'hiver, et crut se divertir en épousant sir William Campbell. Qjjand on lui mit au front les fleurs nuptiales, elle eut un petit rire. « Pourquoi riez-vous, milady? » demanda l'époux gravement, a C'est, dit-elle, que je me souviens d'avoir porté des couronnes comme celie-cî, au troisième acte des ballets, quaad Colombine se marie avec Arlequin. » La lune de miel n'avait rien qui pût surprendre Marietta; sir William lui demeura indifléreut; deux ou trois amants qu'elle prit ne l'émurent qu'à peine ; de sorte qu'un matin des malles turent faites à la hâte, et milady Campbell s'embarqua sm le paquebot de Douvres, à la grande satisfaction de Gugliemo Tiradritto, dont la poitrine se gonflait d'amertume sous sa livrée d'intendant, et qui, tout le jour, ne faifait autre chose que de battre avec sa béquille la mesure d'un ballet ancien.
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A Paris; les poètes se souviennent encore de Marietta DaU'Oro, la belle mime aux lèvres de grenade, qui leur jetait des poignées de soleil au visage ec faisait tournoy«(^ dans la valse de GtselU la furia des tarentelles napolitaines. En huit jours, la signorina fut célèbre et se révéla Parisienne; elle eut tout ce qu'il convenait d'avoir : des équipages de luxe, un domestique nègie, et le baron de Chalmy, qu'elle ruina comme un ange, et une loge aux Bouffes pour les soirs où elle ne dansait pas. Mais on estima généralement qu'elle s'attendrissait outre mesure sur le son d'un musicien suédois qui lui avait dédié une polka-mazurke et se mourait de la poitrine. Il y eut une heure triste, en efiet, dans cette vie souriante, elle s'étaitprise d'amour, l'aventurière, pour ce jeune homme étranger, tendre comme les enfants malades, qui con'-.idérait la tombe d'un paisible visage. Qjiand il mourut, elle pleura. C'est à ce moment que les journaux annoncèrent le décès de sir William Campbell, qui s'était pendu à un cyprès, par une matinée d'octobre ; cela survint très à propos, et la mort du mari servit de prétexte à porter le deuil de l'amant. Mais les robes noires s'usent vite. La signorina se reprit à courir le monde. En Allemagne, elle fut honorée de quelques rencontres avec la princesîe Morgane de Paleastro, liaison passagère, mansuétude de grande dame pour une