D UNE DANSEUSE S J
qui va n'être plus, comme elle avait eu autrefois le channe ad.de de ce qui n'est pas encore; et l'on songeait, auprès d'elle, à quelque rose opulente et fraiche qui aurait déjï, comme un attrait de plus, le vague parfum triste qui s'exhale d'une fleur conservée entre les marges d'un livre. D'ailleurs, la danseuse n'était point morte en elle : elle souffrait cruellement de son lenoncement aux joies turbulentes des aventures; l'impalpabililé de ses souvenirs ne lui suffisait pas; elle avait des rébellions mal contenues; aux heures où naguère elle allait au théâtre, elle éprouvait cette nostalgie singulière qui fait palpiter, à l'époque de l'émigration, l'aile des oiseaux prisonniers; la chambre où elle se plaisait avait une apparence de loge entre deux portants, avec ses tentures aux couleurs violettes, ses meubles inusités, ses toques écartâtes, éparses çà et là, sa vaste glace haute, fendillée vers les coins, et le pot de vermillon égaré sur une éwgère; elle avait malaisément quitté les locutions familières aux coulisses; elle n'aurait jamais pu abandonner l'habitude des tutoiements soudains; et lorsque, dans un bal d'artistes, elle consentait à un quadrille, ses jupes longues, par un renversement d'idées, la troublaient comme une impudeur. Elle rentra à l'Opéra, et tout alla bien pendant trois ans, car elle eut un feuilleton, je veux dire un amant qui s'enfermût tous les vendredis
pour noircir vingt-quatre feuilles de papier qu'un journal publiait tous les lundis. Mais le teuilleton portait perruque. Dans une querelle à propos d'une petite du corps de ballet dont il avait sans mesure exalté le maillot, Marietta arracha la perruque et la jeta aux pieds de sa rivale. Humilié, le feuilleton qui savait l'âge de sa maîtresse, l'imprima, et l'engagement de îa danseuse ne lut pas renouvelé. Par bonheur, derrière le manteau d'arlequin eUe avait quelquefois souri À un vaudevilliste, qui la fit entrer au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Là, pour obliger une figurante , remarquablement perverse , qui s'était endettée au profit d'un chanteur comique de café-concert, et qu'elle recueillit dans son hôtel de l'avenue de Marigny, elle vendit ses diamants; mais elle en acheta d'autres, qu'elle ne paya point. Son mobilier pouvait être saisi; elle le mit sous le nom de son amie; dt sorte qu'un beau soir celle-ci la jeu à la porte en l'appelant : « Vieille folle ! » Marietta pleura amèrement ; c'était la première fois qu'on l'appelait : vieille. Avec le fidèle Tiradritto, qui l'accompagnait sans relâche, elle alla loger dans un hôtel.
A la Porte-Saint-Martin, elle avait peu réussi; un théâtre de premier ordre lui offrit cependant un rôle secondaire dans un ballet nouveau. Elle rehjsa, et, pour vivre, vendit les diamants qu'elle