LE CO&SET DE DORIHÈNE I
guérites. Qpand je lui rends visite, je porte à ma boutonnière des myosotis que j'appelle des vei^iss-mein nicht. Lorsque je lui parle, je contemple au fond de mon chapeau la devise de mon chapelier. Je soupire. J'ai des candeurs inconcevables. Je la suis au bois, à l'église; j'ai la main sur mon cœur. Quand elle descend pour faire quelques pas autour du Lac, je marche sur le bout de l'ombre de sa robe, et je recule vivement en présentant mes accuses à son reflet. Partout où elle est, j'y suis. Son hôtel estau Parc des Princes; depuis dix mois, je passe toutes mes nuits sous l'arbre qui est en face de sa fenêtre. Elle sait que je ne quitte pas des yeux la mousseline de ses rideaux; avant de se coucher, elle se tient debout, très longtemps, expiés, derrière l'étoffe transparente. Je ne me révolte pas contre cette abominable cruauté. Je suis son esclave, sa victime, sa chose. Et ce que j'ai fait jusqu'à ce jour, je le ferai demain, après-demain, sans trêve, sans lassitude, jusqu'à ce qu'enfin elle éprouve pour moi, non de la pitié, — je la sais incapable de cette émotion, — mais un sentiment quelconque, de la colère peut-être, quelque chose enfin que, dans son indifférence générale, ellen'auraencoreéprouvé pour personne. Une fois distingué, je réponds du reste.
— Moyen long et douteus , dit Gaspard.
132 LE CORSET DE DORIMiNE
— Long, sans doute; douteux, je ne crois pas. Déjà elle s'étonne. N'avez-vous jamais été irrité jusqu'au paroxysme de l'énervement par le bruit toujours répété de gouttes d'eau tombant la nuit d'une fontaine mal fermée ? Mes « petits soins, » insignifiants en eux-mêmes, et grotesques, je l'avoue, ieront un effet analogue à celui des gouttes d'eau. Un jour viendra où elle ne pourra plus endurer cette persécution polie et muette de. toutes les heures, de toutes les minutes, et elle ne sera pas loin de m'aimer quand jeluiseraidevenu tout à hk insupportable.
— Vous remarquerez, dit Fabrice, que cette histoire n'est pas seulement absurde, mais qu'elle est en outre, radicalement fausse. Lorsay n'est pas tous les soirs au Parc des Princes, sous un arbre, guettant l'heure où la marquise Dorimène retire son impénétrable corset, et attendant que la peme porte soit ouverte enfin par quelque soubrette confidente, puisqu'il soupe cetie nuit en notre compagnie, dans un horrible salon éclairé au gaz.
— Je crains les rhumes, dit Lorsay. Et quand il pleut, je me fais remplacer.
— Hein? dit Gaspard.
— Oui, dit Lorsay. Vous connaissez Joseph, qui nous sert quand vous me faites l'honneur de déjeuner thez moi? Il a ma taille à peu près, il s'enveloppedansmonmanteau couleur de muraille.
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