LES KOCKS DE FREDERICK I
bien que mal. Uti objet très dur, qui était dans le fond, me seivit d'oreiller, et bientôt je m'eadormis d'un sommeil pacifique. 0,1-
Tout à'coup, je m'éveillii, j'avais peur! j'avais 'i( peur 1 Mes cheveus se dressaient, mes dents claquaient, j'avais peur t de quoi ? Pourquoi ? Impossible de le découvrir- Je me rappelais très clairement tout ce qaf j'avais fait : j'avais ouvert une voiture, je m'étais couché dedans, je m'étùs endormi. D'où provenait cette crainte honible, intolérable ? Etait-ce le bruit de la pluie sur les toits qui m'efirayait? Etaient-ce les sanglots du vent, ou la nuit, ou la solitude ? Oh t avec quelle ardeur je désirais le jour, le jour qui allait me délivrer! Et le jour ne venait pas. Viendrait-il seulement? Pourquoi ncsortais-je pas de ma niche, allez-vous dire? Parce qu'il m'eût été impossible de faire un seul mouvemenr, parce que mon corps était pétrifié, parce que j'avais peur! Le jour ne venait pas encore, et cependant il y avait longtemps, oh! bien longtemps que j'étais là. Alors je me fis celte réflexion, que le jour devait avoir • paru, mais que la porte de la voiture s'était refermée sous le vent. Je réunis mes forces pour lancer un coup de pied vers le fond ; le bois cria, la lumière m'envahit. O incomparable terreur ! J'avais passé la nuit dans l'une de ces horribles voitures noires et vertes dont on use pour le trans-
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porc ces cadavres; j'avais dormi la tête appuyée sur un cercueil de plomb. »
Frederick, haletant, fit silence.
— Une heure après, lepiit-il Itntement, je m'informai auprès d'un homme habillé de noir qui avmt pas.é la nuit dans l'auberge et qui était le cocher de cette voiture. Le corps contenu dans le funèbre véhicule était celui d'une jeune fille morte à Paris, rue Ollivier.
Tel fut, mon cher ami, le ré..it de cet homme ; à peine éuit-îl achevé, que les chasseurs envahirent la salle, et ce jour-là, je m'en souviens, vous aviez tué quatre Uèvies.
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Vengeance de Milady
Milady M... n'a de réellement anglais que ses chevaux, son groom et son mari.
Elle tient beaucoup à son groom et à ses chevaux, très peu à mîlord M...
Qpjnd une femme, une ou deux fois, a trompé son iîiari pour un ou deux sots qui ne le valaient pas, riiabîtude lui rend un amant aussi indispensable que le sont i^n métier et une boîte à ouvrage à ma petite cousine quand elle brode. Désormais il lui faut, et sais cesse, près d'elle, la vie d'un homme pour tramer ou broder ses fantaisies cruelles, le cœur d'un homme pour pelote où enfoncer les aiguilles de ses laquineries, Quelquefois, il est vrai, par caprice ou par ennui, elle se débarrasse tout à coup de l'amour et de l'amant. De même ma petite cousine, lasse d'avoir vingt fois relait la même fleur rose et vette, brusquement
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se mutine, frappe du pied et ferme sa boite ; ce qui n'empêche point que, le lendemain, blottie dans l'embrasure de la fenêtre, l'aiguille de bois en main, on la retrouve plus que jamais attentive; seulement le dessin de sa broderie est changé. Du reste, ainsi que l'on brode sans y penser, on a un amant sans l'aimer; ces petites distractions de tête laissent toute liberté de cœur. La femme qui, un jour de pluie ou de bal remis, a jaé son amant à la porte de sa vie et de son boudoir, le soir même de ce jour réparera la brèche faîte à ses habitudes et remplira la place vide de son ottomane, à moins qu'elle ne préfère voir l'ennui se gisser dans son existence comme un lézard dans les trous des ruines inhabitées. Et c'est vainement qu'elle vojdrait tenir la bride à ce chtval de manège qu'on appelle l'habitude; si elle essayait de lui résister, bientôt, la fcrce de l'un croissant en proportion des efforis négatifs de l'autre, bientôt, en trois jours, vaincue, au lieu d'un amant elle en prendrait deux!
Milady M... est si bien conv:incue de l'iauiilité de toute résistance, qu'elle n'a jamais songé à en faire. C'est une femme dont le cœur a du bon sens. Ne pouvant se dérobei; à certaines exigences elle s'y soumet de bonne grâce. Comme elle est très riche et d'excellente naissance, l'opinion des ens ne l'inquiète guère. Quant à son mari, il
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LA VENGEANCE DE MILADY ibj
voyage au printemps, dort en été, chasse en automne, et joue la bouillotte en hiver.
La crainte de ce vide morne qui se produit autour d'une femme fans amour est si grande chez elle, que l'idée seule l'en fait frissonner de ses tempes roses i ses pieds blancs; elle se résignerait à faire un mauvais choix plutôt qu'à n'en pas faire. Elle a horreur deTinterrègne; pour l'éviter,.elle irait, en cas d'urgence, jusqu'à enfreindre la loi salique. Parfois même, tant elle a zèle et terreur! elle dispose, comme s'il était défunt, des dépouilles d'un amour qui râle seulement. ■Douleur hâtive, elle porte le deuil d'un vivant. Consolation prémiturée, les baisers d'une autre bouche boivent sur ses joues des larmes qu'elle n'a point encore motif de pleurer; et tel le croît successeur légitime qui n'est qu'usurpateur.
Le matin où commence cette histoire, mllady M..., blanche et blonde comme une vapeur dorée par le soleil, sommeillait encore parmi des nuages ,de soie et de dentelles, lorsqu'une femme de chambre entra sur la pointe du pied, fit bâiller discrètement les rideaux de; fenêtres, et remit une lettre à sa maîtresse. Milady, très lentement, rompit le cachet, se frotta les yeux avec beaucoup de grâce et lut, non sans surprise, le bil'et que voici :