‹ Les folies amoureusesChapitre 40 sur 50 · LA VENGEANCE UE MILADY · texte numérisé non relu

LA VENGEANCE UE MILADY

Milaiiy et chère Juliette,

« Dans deux heures. Il y aura cinq semaines que j'ai mis pour la première fois mes lèvres au bout de vone gant, un gant à la nuance indécise et charmante, comme il n'y en a que sur vos mams.

8 Dans deux heures aussi, 11 y aura exactement un mois que vous avez laissé tomber pour la première fois vos doigts nus sous mes baisers, de petits doigts â la blancheur rose, comme il n'y en a que dans vos gants.

« Vous aviez mis une semaine eniière à vous déganter, semaine charmante, toute remplie des impatiences de l'attente et des coquetteries de l'incertitude.

« Après ces huit jours, manière de stage usité entre gens qui savent vivre, mais qui ne savent pas aimer, le charme se dissipa peu à piu, et nous avons cessé de nous plaire dès le soir où nous nous sommes plu définitivement.

A Bientôt, chère Juliette, nous nous détesterions; tu ne manquerais pas de conter à madame X...

ou à madame Z..., m<lle choses de namre à compromeiire mon avenir auprès d'elles; de mon côté, peut-être, je calomnierais tes cheveux ou tes dents, ce qui te nuirait dans l'estime de M. de B... De grâce, mylady, évitons ce dénoùment ridicule, et cessons de nous aimer, de peur de nous h^r.

« Adieu. « AuRÉUEN de P. »

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LA VENGEANCE DE MILADY Icj

— L'imperrinent! dit milady Juliette, quand elle eut achevé de lire.

Elle se laissa glisser de son lit et nicha ses petits pieds roses dans les mules de satin bleu que lui présentait Manette.

— On avait raison, reprit-elle, il est amoureux ou de cette petite des Bouffes qui a des yeux tout

diôUs.

Elle fit un pas et baîUa tendrement.

— Au fait, continua t-elle, Aurélien n'a pas eu mauvais goût. Elle est fort belle cette petite. Mariette, mon chocolat! Elle a les cheveux noirs. C'cit très joli. Comment me vengeraî-jc ?

Et milady, mï-vêtue d'un peignoir de mjlines, souriant, non sans quelque malice, à la délicieuse image de femme que lui renvoyait un g'^and miroir placé en face d'elle.

Pendant ce temps, que faisait Aurélien de P...? H déjeunait d'un merveille-ix appétit, en compagnie de mademoiselle Eusèb;, cette petite des Boufles, que distinguent des yeux très drôles, selon l'expression de milady.

Aurélien de P... a vingt-six ans et cinquante mille livres de rentes.

Il fume de vériubles havanes et monte des arabes pur sang.

Il s'habille chez les meilleurs tailleurs de Londres.

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On s'expliquera difiSciU ment qu'avec unt de mérites et l'expérience qu'ils avaient dû lui valoir, M. de P.... pït pu se rendre très grièvement épris de la peûte Eusèbe. Il est vrai qu'elle est adorable avec son corps souple et membru de minette qui se pelotonne, ses chairs blanches où luisent des reflets d'argent doré comme dans une jatte de lait exposée augand soleil, ses lèvrts charnues, d'un rouge de morsure, et s^s paupières napolitaines, taillées dans le zeste d'une orange; mais beaucoup d'autes l'avaient admirée sans l'aimer; et c'est une fille peu célèbre, absurde au théâtre, médiocre à souper, parlant peu, mangeant beaucoup, et dont on s'accorde à dire qu'elle a le homard triste.

Le fait est, cependant, qu'il l'adorait au poiot de se montrer avec elle dans les avant-scène découvertes, de la conduire au bois dans sa voiture, d'en être jaloux avec frénésie et de lui avoir donné son petit hôtel de l'avenue de Marigny, charmant comme un pivillon de favorite avec ses vitras peintes et ses balcons légers où fleurissent des lauriers du Bengale mêlés à des cacius de Chine. De son côté, Eusèbe était très amoureuse d'Aurélien; elle s'était rangée, elle avait cessé de voir quelques-unes de ses amies un peu trop compromettantes; de telle sorte que, ridicule ou non, M. de P... se trouvait heureux, et rien

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