AVEC LA CENDRE I
ralt une lampe à la maÏD, et la première chose que Valentine aperçoit, c'est, dans la coupe d'émail, 1« coupon de la loge pour la première représeaution de la Quenouille de Verre,
— Ah I ma foi, tant pis I Rosette, habille^moi I Dis qu'on attelle ! Ma robe mauve, je vais au théâtre.
Un quart d'heure plus tard, madame de Terneuse était blottie au fond de son coupé, étonnée, effarée, haureuse, se pelotonnant de crainte dans sa robe et dans ses bras nus, et, toute troublée par son propre parfum, les yeux mi-clos, elle revoyait, là-bas, dans une chambre d'auberge, un petit lit au^ courtines d« calicot rose.
Ilss'étaientretrouvés. Il était toujours beau. Ble était encore jeune. Elle l'avait fait suivre après le théâtre. Elle lui avait écrit; k Si vous reconnaissez mon écriture, venez dimanche là-bas, où l'on s'aimait, « S'il avait reconnu l'écriture I H l'eût reconnue entre mille. Lui aussi, il se rappelait la petite chambre au premier étage de l'auberge, la chambre au papier déteint, aux carreaux rouges; il devina que c'était là qu'elle l'attendrait. Rien
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n'avait changé dans ce nid de leurs amours. Seulement la servante était devenue très vieille. Avec quel bon appétit, — l'appétit de leur jeunesse — ils mangèrent le pain bis et burent le vin bleu. « Comme tu es belle 1 a lui disait-il, et il ajouta: s Tiens, on a mis un verrou. » Elle rouget et sourit. Tout ce qu'ils avaient fait autrefois, ils le refirent. Ils recommençaient leur vie. Ils auraient voulu être pauvres pour souffrir comme ils avaient souffert. Ils firent semblant de l'être. Ils allèrent dans la petite crémerie, à Montmartre. Elle trempa sa fiûte dans la tasse de chocolat, et lui ne mangea point, par économie et par amour. Elle lui disait : « Est-ce que tu liras bientôt ton drame au comité du Théâtre-Français ? * Il lui répondait : « On m'a promis de te faire débuter à la Forte Saiat-Manin, dans la grande pièce de Ferdinand Dugué. » Ferdinand Dugué était un auteur dramatique, mort depuis longtemps, mais qui ressuscitait pour eux en même temps que leur amour. Le soir, ils allaient au théâtre des Batignolles. Aurélien applaudissait avec rage une Valentine imaginaire, tandis que la vraie Valentine , celle d'autrefois, celle d'aujourd'hui, celle de toujours, se serrait contre lui dans la baignoire. En sortant elle ne voulait pas prendre de voiture. Elle marchait dans la boue, sous les étoiles; elle lui demandait : « Tu n'as pas payé ton terme, est-ce que