AVEC LA CENDRE
l'aimer! Ahl qui donc, k présent, me persuiiden que j'existe, quand ce qui me taisait exister n'est plus ! Est-il temps encore de rendre au passé le charme qu'il a perdu? Pourrons-nous répudier la mémoire des quelques jours affi-eux et coupables qui viennent de s* écouler, et l'empêcher d'assombrir k jamais les joies ineffables de notre jeunesse ? Tentons-le. Tout vaudra mieux, d'ailleurs, que l'épouvantable comédie que nous jouons. Adieu, pour toujours! Fuis-moi, je te fuirai, et tâchons d'oublier, afin de nous souvenir! »
Valentine laissa tomber la lettre; elle resta longtemps, comme sans pensée ; seulement, du bout de la pincette, elle tourmentait dans la cheminée le feu qui allait mourir. Sous une arche de cendres, il y avait un tison qui brûlait encore. La cendre tomba, et le tison s'éteignît.
— Ahl dit-elle, il a raison; en jouant avec la cendre, nous avons éteint le peu de feu qui restait.
iz=rtNGoo«^lc
spectre d un Portrait
Par la plus humide après-midi d'un pluvieux novembre.f^ marchais dans la boue d'une petite me Bordide^u'habicaient en grand nombre des marchands d'objets d'art andeni. Le matin m^me, Ingoniar, peintre hongrois, m'avait fait présent d'une ébanche longtemps désirée; j'étâs sorti, malgré le brouillard, dans le but d'acheter un cadre concordant aux dimensions de la toile, et j'allais d'étalage en étalage. En dépit de mon pardessus bien boutonné, le vent ngouillé courait sur ma peau comme une sueur froide^ il me semblait qu^ pleuvait dans ma tète àtravers mon chapeau. C'était une de ces journées où l'on a l'hiver dans le corps, comme on dit. Je me hâtai d'acheter, sans trop le regarder, un petit cadre ovale encore muni d'une vitre poussiéreuse; quant au pastel que cette vitre abrita, le marchand l'avait, me dit-