DUN PORTRAIT
séduction des couleurs, ma terreur devint intense. Et, tout à coup, les dernières lueurs du jour s'éteignirent ; un nuage passait sans doute entre le couchant et ma fenêtre. Il n'y avait plus rien autour de moi que l'invisible. L'ombre, en me dérobant la cause de mon eftroi, aurait dû le ca!mer. Oh ! elle ne le calma point 1 je ne voyais plus, mais je sentais! J'éprouvais clairement que la surnaturelle image n'avait point cessé d'être là, près de moi. Cette cohabitation était lugubre. Certainement le fantôme allait profiter de l'obscurité pour se rapprocher, pour me frôler. Et, pendant que j'entendais craquer le bois de mon fauteuil sous la pression terrifiée de mes deux mains, j'étais obsédé de l'idée que j'entendrais bientôt un bruit plus formidable, celui de la vitre volant en éclats et livrant passage au spectre du portrait I
La porte s'ouvrit brusquement, et une voix joyeuse cria : « Êtes-vous là ? » C'était la voix du peintre Ingomar. Il alluma une bougie, jeia une bûche au feu, s'assit près de moi, et me dit : o Qp'avez-vous donc? Vous êtes tout pâle. »
Tremblant encore, et n'osant point tourner les yeux du côté du cadre, je racontai l'hallucination qui m'avait obsédé.
Le peintre se leva, prit la bougie, en fit tomber la lumière sur la vitre du cadre et poussa un grand éclat de rire.