‹ Les folies d'un grand seigneurChapitre 10 sur 15 · IH . J · texte numérisé non relu

IH . J

l'dl IM CaEMISES ROUGES.

— Rendrez-vous ma fille hcareuse?

François Soleil se lut un instant ; puis il répondit :

—Je raimeraî.

— Pouvez-vous lui donner par-ci parlà quelque chiffon, un bonnet nouyeau»

quelques fanfreluches à la mode?

— Tout ce qu'elle voudra.

i ' Prenez-la donc, si elle y consent.

: Ainsi fut conclue cette union dont le

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Ciel détourna les yeux, et qui ne devait amener que de funestes fruits dans Tavenir.

Quelques mois après, le père de Christine mourut.

Il mourut de travail, ce qui est parfois une maladie.

Sur le lit de sangle où il couchait depuis sa jeunesse, mais où il ne dormait plus depuis sa vieillesse, les derniers conseils qu'il donna au mari de sa fille furent ceux-ci :

— Ne brutalisez pas trop Christine ,•

Passez-lui quelque chose de temps en temps. ^ . Elle vous ainje, c'est le principal.., Vous, restez un honnête homme, mais ne soyez pas toujours distrait et sombre comme on vous voit ; que la joie de voire cœur monte plus souvent à voire front et à vos lèvres».. Adieu, adieu,.. Donnez mcn nom à votre premier-né.

Ce dern'er vœu ne fut pas plus réalisé que les autres. Depuis huit ans, huit siècles! Christine n'avait pas rencontré un jour de tionfeeurou simplement de gaieté. Kci lui avait refusé in enfant et sa jeunesse s'en alJaitj feuille par feuille, sou« rir- î)nr sourire , rongée par Tennui^

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comme une fleur longéj par un ver. Cependant Chribline était née pour le plaisir et pour la \ie en dehors, elle avait la gaieté sur la bouche, la sanfé sur les joues, il semblait qu'elle ne fût venue au monde que pour y briller et pas pour autre chose.

Toute jeunette, quand elle mettait une robe, ce n'était pas pour s'habiller, c'était pour s'en parer. Et son plaisir à elle coûtait réellement si peu de chose I C'était moins qvic rien, le grand air, une promenade avi>c quelques rubans neufs sur la ièie, la grand'messe de Pâques, euQn le bruit, la vivacité, la compagnie, tout

ce qui est l'existence des femmes. Christine eut tout cela, jusqu'au jour de son mariage. . ..r-.

Dès qu'elle fut mariée, adieu le plaisir et les beaux rêves l

Il fallut que ses yeux si limpides et si brillants s'habituassent au vide et au noir ; elle ne vécut alors positivement n. pour elle ni pour les autres, elle vécut pour la vie, ce qui est le pire destin.

Ce n'était pas qu'elle eût de la repugnance pour son mari. Au contraire. Elle ii*aimait et n'avait jamais aimé personne

■ us CHEMISES ttOL'GES. 193

que lui Mais elle sentait qu*enlre eux deux il y avait quelque chose de funeste-r Cet amour comportait du malaise.

François ne rentrait jamais au logis que

fatigué de ses luttes avec l'impossible, et

trouvant une créature naïve qui Tinterro-

îîîn> gelait involontairement de son regard

doux et curieux, malgré lui sa conscience

se révoltait au contact de cette innocence

qui semblait deviner ses anxiétés et en

avoir compassion.

Ainsi Ton conçoit que ce fut avec Ivresse que Christine s'attacha à Trôis-Mai, amie inattendue et consolatrice envoyée par le ciel.

Elle ramasi?a coUo aileciion, cOii^ime une négresse un bijou perdu. Troîs-Mai devint sa poupée, pour la toilette de laquelle elle eût mendié de la dentelle et du satin; elle lui avait donné tout ce qu'elle avait de plus beau, et il avait bien fallu que ceîle-ci acceptât, car Christine était violente dans ses bons mouve* ments, comme François Soleil dans ses mauvais.

La vie de ces deux femmes se passait dans une rêverie agissante et parlée; elles voyageaient continuellement dans le cœur Tune de l'autre, et y faisaient cha* que jour les plus ravissantes découvertes.

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Leurs amiisemeals uniques étaient la chanson et la danse.

Christine avait absolument voulu apprendre à danser à Trois-Mai, la chanson à voix basse , la danse au pied furlif , lorsque le verrou est tiré sur la porte. Je ne sais pas si je vous fais bien compren* dre ces deux figures, ange et oiseau, ces deux' sœurs de souffrance et de candeur . . .'

Pour donner une joie à Trois-Mai, pour voir an sourire dans ses yeux, Christine eiût accompli des prodiges, réalisé des choses fabuleuses, comme par^exemple

2(fâ LES ClilîMlSES KOlGIiS. ^^.

d'avoir une volonté et de Topposer à celle de son mari.

• C'était ce qu'elle avait fait la veille en allant au bal du Grand vainqueur. Seule, elle ne Feût certainement pas osé. Mais en songeant au plaisir et aux étonnements que ne manquerait pas d'éprouver Trois- Mai, elle n'avait pu résister au désir de lui procurer ce qu'elle croyait être la plus heureuse et la plus somptueuse des sensations humaines.

Nous savons comment se termina cette

fête, si joyeusement commencée, et les

« faits qui s'en suivirent.

LES CHEMISES UOLGES. 2'-M

H n'était pas venu de pensées de jalousie à Christine en voyant la sollicitude de François Soleilpour Trois-Mai. Néanmoinscette sollicitude s'était manifestée au Grand Vainqueur, d'une si étrange façon et avec un tel emportement, qu'elle ne put se défendre le lendemain de cher-cher le mot de cette énigme.

Elles étaient assises toutes deux auprès d'une fenêtre qu'elles avaient ou^ verte, pour voir par-dessus les maisons voisines, un coin du cielbrodé de nuages blancs et gris.

Elles se regardaient, ne sachant par

204 Liio ciiii::i^..^ ;\oi'...:-

quel boni ^ *)tt3iiiCrle gâteau de leurconû

deiice.

— T*es-tu un peu amusée, hier soir?

demanda Christine.

— Oh! je vous assure, répondit la jeune fille après une courte hésitation rêveuse consacrée à savourer un délicieux souvenir de la veille.

— Tfois-Mai, je te l'ai déjà dit, je veux que tu me tutoies.

— C'est vrai, je l'avais oublié.

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— Que le disait !e jeune homme avec

qui tu as dan<^é?

Trois-Mai rouait.

— Ai -je été indiscrète? demanda Christine.

— Non, tu no sauraii l'être avec moi que 'u aimes etproiéges comme ferait une sœur aînée.

— Mais alorSi si tu veux bien me regarder comrï*& ta sœîir, tu me permets, n'estce pas, de te donner de bons conseils?

Oh oui !

iS)() LES CHEMISES ROUGES.' ']

— Eh bien! il ne faul pas écouter les Jeunes gens, jamais ; il faut rire de leurs ileuretles, vois-tu, car c'est tout l'un ou tout l'autre : si on n'en rit pas, on en pleure.

— Cependant Christine, quand on veut être un jour mariée comme toi, il faut bien écouter une fois, celui qui doit vous prendre pour sa femme.

— Si on veut ôtre heureuse, il faut res-^ ier fille.

— Vraiment! n'es-tu pas contented'être madame Soleil?

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— Certainement , je ne puis pas dire que je sois malheureuse, dit Christine avec un sourire frère d'une larme ; mais malgré tout, il y a une différence entre la vie que je mène aujourd'hui et le temps où je dansais devant la maison de mon père.

[.^ — M, Soleil est peut-être vif quelque-

ns^.*.

— Tu as pu t'en apercevoir déjà, mais il n'y a pas que sa vivacité qui m'afflige ; figure toi que sa vie est un mystère impénétrable pour moi ; souvent une bonne action que je lui ai vu faire la veille se

LES CriEMISES ROUGBS.

tr.^nsfoime le lendemain en une combinaison inconcevable.

N'est il pas, comme ui me l'as dit, aux gages d'un grand seîgneur (rès-riche?

C'est ce qu'il prétend.

— Pourquoi doufer ?

— ■■ Il est tant de cboses que je ne comprends pas dans-la conduite de mon mari ; et dire, qu'en ce moment si j'osais, je pourrais... Tiens, Trois-Mai, tu es jeune, mais, à mon tour, je vais te demander un conseil .

LES (:nEM!st:s uoccts. 209

4^ — 4 moi? dit la jeun^ fille.

— ^Oui, écoute. Tu vois ce petit coffre, là au coin?

Christine désignait un meuble en bois de chêne, riche de ferrures, sinon de

formes.

— C'est là que François cache un livre, une sorte de journal sur lequel il écrit tous les jours ce qu'il fait pour M. le duc de Noyal-Treffléan.

— Mon Dieu! dit la jeune fille avec un enthousiasme d'enfant, que j'aimerais à m'appeler ainsi î

— L'ambitieuse I

—Mademoiselle de Noyal-Treffléan ! ça sonne comme un carillon de Noël... Mais continue donc.

— Ce coffre n'a jamais été ouvert par moi. Mon mari en garde la clef, comme un avare celle de son trésor. Eh bien ! si je le voulais, je pourrais y fouiller à mon aise.

— lia oublié de le fermer?

— Non, mais il a laissé tomber cecu

LES CiIE:\î[SES KOICSS. 211

En même temps Christine montra une petite clef polie par l'usage^

— Mais, eS'tu bien sûre que ce soit justement la clef de ce meuble î interrogea Trois-Mai.,

Christine fit un signe de tête affirmatif.

— Conuûent le sais-tu ?

— Tout-à-Fheure, j'ai essayé de Tintro duire dans la serrure, et,*.

Et?

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