I, ÉVOLUTION NORMALE
Le délire d’interprétation ne passe pas, comme certaines psychoses systématisées hallucinatoires, par des phases bien tranchées ; on ne saurait décrire une succession de périodes de soupçon, de persécution, de mégalomanie et de démence ; la psychose se confond presque avec la vie entière du malade et ne s’éteint qu’avec lui. Néanmoins-on peut, schématiquement, considérer trois moments dans son évolution : 1° Période d’incubation ou d’élaboration, généralement longue et méconnue. — 2“ Période d’état et de systématisation. —3® Période terminale.
1® Période d’incubation. — La date d’apparition, le mode de début de la psychose restent habituellement mal déterminés, faute de renseignements précis. Magnan, dont la description du « délire intellectuel chronique des dégénérés » correspond en partie à celle du délire d’interprétation, admet que « dans bien des cas le délire s’élève sur un terrain où il était pour ainsi dire préformé ; il succède à des tendances maladives, plus spécialement orientées vers telle ou telle forme vésanique ».
Pour Kraepelin « le début s’annonce des années à l’avance par des modifications légères de l’humeur, de la méfiance
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et aussi par des troubles physiques vagues, des craintes hypocondriaques. Le malade est mécontent de sa position ; il se croit mis à l’écart : ses parents, ses frères et ses sœurs ne lui témoignent plus l’affection à laquelle il a droit ; on le méconnaît. Une opposition secrète se développe progressivement entre lui et son entourage. Son attitude avec les siens est celle d’un étranger : froide, affectée, hostile même. Dans son for intérieur il cache une profonde aspiration à quelque chose de grand. Peu à peu les pressentiments et les enchaînements d’idées morbides commencent à influencer les perceptions. Il remarque qu’on ne l’accueille plus d’une façon aussi amicale, qu’on l’évite ; d’où exagération de sa susceptibilité et de sa méfiance. C’est alors que les interprétations délirantes se succèdent en foule et que la systématisation se fixe définitivement. »
D’après Rogues de Fursac le début, quelquefois lent et progressif, est plus souvent rapide, presque brusque. Dans ce dernier cas l’idée fixe est primitive relativement aux interprétations délirantes, tandis que dans le premier l’idée fixe est consécutive aux interprétations.
En réalité, le médecin n’assiste presque jamais à ce début ; les malades ne sont examinés qu’à l’occasion d’un épisode d’excitation ou d’un acte de violence, en pleine période d’état de la psychose qui dure depuis des années (parfois depuis dix ans et même vingt ans). L’entourage révèle alors des propos bizarres, une « manie soupçonneuse », des attitudes incompréhensibles qui, contrastant avec la vivacité de l’intelligence et la correction habituelle de la conduite, ont fait passer l’interprétateur pour un original, un esprit nourri de rêveries et de chimères, ou encore foncièrement faux et allant d’instinct au paradoxe et à
Terreur. Mais on n’arrive pas à démêler l’enchaînement des événements. S’adresse-t-on aux malades, mêmes difficultés : ils assurent avoir toujours été ce qu’ils sont aujourd’hui ; idées de persécution et idées ambitieuses existent parfois aussi loin que remontent leurs souvenirs. D’aucuns, qui attribuent à leurs conceptions une origine toute récente, avouent ensuite des interprétations antérieures. Quelquesuns, en raison de l’existence d’un délire rétrospectif, ne peuvent donner que de fausses indications.
Malgré ces difficultés, à travers les réticences et les erreurs, se dégage une phase méditative où s’accumulait la matière des interprétations futures. Certains incidents, quelques mots aimables ou ambigus, des rêveries d’adolescent, une admonestation légère, toute une série de faits, insignifiants en eux-mêmes, acquièrent, aux yeux du sujet, une importance capitale, se gravent dans son esprit, sans qu’il cherche encore à les expliquer. Il doute, il hésite ; « où veut-on en venir ? » se demande-t-il. Ainsi s’enregistrent diverses images qui prennent un relief de plus en plus saillant et se déforment à mesure que s’ajoutent de nouvelles acquisitions conformes aux tendances. Ce travail préparatoire s’accomplit insidieusement sans provoquer l’inquiétude observée au début d’autres psychoses systématisées. Des suppositions, des pressentiments naissent et grandissent peu à peu. Une cause occasionnelle banale —
événement quelconque, émotion plus ou moins forte
suffit ensuite pour inaugurer la seconde période ; la déraison, l’illogisme systématique apparaît alors manifeste ; c’est le plein épanouissement d’une personnalité anormale.
Ce début insidieux se voit dans l’observation suivante. Dix ans avant Téclosion d’idées délirantes, une institutrice
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montre un penchant marqué aux interprétations fausses : récriminations fréquentes contre les injustices de ses supérieurs, la malveillance de ses collègues, les taquineries de ses élèves ; changements de poste presque chaque année. Vers l’âge de quarante-neuf ans s’organise enfin un délire de persécution très actif.
Observation XII. — B...,institutrice, entrée à la maison de santé, en 1898, à hàge de cinquante-cinq ans, a toujours eu un caractère difficile. ÎNIécontente de son sort, elle avait sans cesse quelque plainte à formuler, ne s’entendait jamais avec ses directrices qui, dit-elle, cherchaient (depuis seize ans) à l’irriter par mille coups d’épingles, la tournaient en ridicule, éloignaient d’elle ses collègues, incitaient ses élèves à la taquiner. Elle a plus .de dix fois changé d’école, retrouvant partout la même malveillance. Depuis six ans Fhostilité devient plus manifeste ; on la fait surveiller par des mouchards (elle a donné un coup d’ombrelle à une femme qui la filait) ; on intercepte les lettres qu’elle adresse à ses supérieurs, ou bien on détruit d’avance l’effet de ses démarches. On essaya même de la compromettre gravement en déposant chez elle certains objets pour faire croire qu’elle les avait dérobés. Ces actes de malveillance sont accomplis à l’instigation de sa directrice. A la suite d’une discussion assez vive avec cette dernière, on lui donne sa retraite proportionnelle. Elle est convaincue qu’un chef de bureau et son propre frère lui dérobent la différence entre la retraite intégrale et la retraite proportionnelle. Elle refuse de toucher le mandat qu’on lui envoie, elle se propose d’intenter un procès à l’administration, elle prétend avoir été reçue à la préfecture par un « faux chef de'bureau qui lui a tendu un piège et a fait des faux ». Son frère lui donne de bons conseils ; elle l’accuse d’hostilité à son égard. Quand son propriétaire réclame le terme du loyer, elle le renvoie à l’administration. Elle se plaint du concierge, ou de l’homme qui se dit concierge sans l’être : Qu’a-t-il à siffler ainsi toute la journée ; n’a-t-il pas eu un jour l’idée de miauler; pourquoi s’amuse-t-il à imiter parfois le cri d’autres animaux ? est-ce
bien un concierge ? Cette maison est bien suspecte : on y voit des allées et venues mystérieuses, plusieurs locataires sont des mouchards, certains appartements ne sont pas habités. Malgré cela elle se refuse à déménager; une menace d’expulsion la laisse impassible ; quand les agents se présentent, elle prétend que ce sont de faux agents qui se sont grimés, et s’arme d’une hachette pour défendre l’accès de son logis. Elle est alors internée.
A la Maison de santé les interprétations continuent. Personnel et malades sont des policiers déguisés chargés de la surveiller. Elle demande à plusieurs quel est leur rôle. Les dates même du calendrier sont inexactes ! Les taquineries continuent « sur commande »; on fait grincer les portes, on crie pour l’empêcher de dormir. On lui parle un jour de revenants pour lui faire croire qu’elle est folle, on cherche à la faire glisser, à lui troubler la vue. Tout est comédie : il n’y a pas ici une seule malade ni un médecin. Les magistrats qui viennent la voir ne sont point des magistrats ; les pensionnaires sont des comédiennes à qui on fait faire mille grimaces pour l’agacer et l’irriter. Il faut qu’elle ait la tête solide pour ne pas devenir folle ! Quand une malade est guérie, elle la félicite d’avoir si bien joué son rôle, .etc. A table, on lui donne les plus mauvais morceaux ; se méfiant de la nourriture, elle "ne prend jamais sa part, mais celle d’une voisine. Elle se montre elle-même insupportable, se moque de tout le monde, contrefait les pensionnaires, secoue ses tapis au nez des infirmières, s’empresse de salir les endroits qu’on vient de nettoyer; parfois elle devient grossière et insolente, essaye de frapper, casse des carreaux. Elle se promet bien de poursuivre tout ce monde-là devant les tribunaux à sa sortie de cette prison. Malgré la très haute opinion qu’elle a de sa personnalité, on ne trouve pas chez elle d’idées de grandeur; elle a pourtant pendant plusieurs mois porté sur son corsage une décoration dont elle se refuse à expliquer la signification.
Actuellement B... est internée depuis dix ans ; elle ne présente pas d’hallucinations ni d’affaiblissement intellectuel ; ses interprétations sont toujours très actives.
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2" Période d’état. — L’interprétation délirante éclate donc : véritable révélation, l’esprit du sujet l’accueille avec satisfaction car elle concorde avec son état affectif ; sans discussion, sans contrôle elle apporte la clarté de l’évidence, la certitude absolue. Ce premier pas franchi, la systématisation progresse rapidement à la lumière de l’idée directrice. Si parfois il a fallu longtemps pour faire éclore la fiction délirante, celle-ci ne tarde pas à s’entourer de tout un cortège d’interprétations nouvelles. « Maintenant que j’ai la clef, dit un malade, je retrouve tout. » L’interprétateur travaille sur des perceptions exactes ; c’est donc son ambiance, les faits et gestes des gens avec lesquels il est en contact, qui lui fourniront les explications désirées. Tandis que les persécutés hallucinés ne désignent d’abord qu’un « on )) mystérieux, ensuite des collectivités vagues, puis, restreignant lentement le champ de leurs investigations, ne les fixent qu’à la longue sur un seul individu — l’interprétateur, suivant un procédé inverse, nomme expressément un parent, un voisin, une personnalité connue, pour finir par découvrir autour de lui des ennemis toujours plus nombreux. Une série d’inductions ou de déductions illuminent tous les points obscurs : les misères subies ont pour cause la jalousie, la cupidité ou la crainte qu’inspirent des richesses, des titres, une mission ; le malade découvre le but que poursuit son persécuteur, les individus qu’il soudoie, les moyens qu’il utilise. Les souvenirs anciens s’éclairent et s’organisent en un délire rétrospectif qui s’adapte aux interprétations actuelles. « Ma pauvre enfant » répétait-on à l’une, pour lui annoncer ses malheurs présents ;... « Il y a intrigue » a dit autrefois le père de cet autre : allusions certaines aux machina-
lions d’aujourd’hui. On appelait celle-ci « Ma petite reine ». N’est-ce pas la preuve de ses droits à la couronne ? « Je reconstitue, dit celle-là, toutes les conversations entendues autrefois, et j’en arrive ainsi au nœud de l’affaire. »
L’interprétateur compose ainsi un système plus ou moins cohérent. Cette systématisation n’est pas toujours rigoureuse. Sans doute les erreurs délirantes tendent à se grouper, à se fortifier ; mais l’œuvre dépend de l’ouvrier ; si quelques-uns savent solidement appareiller leurs matériaux, d’àutres paraissent les assembler sans règle. Pour Tanzi la sj^stématisation peut être longue, laborieuse, semée de doutes et d’hésitations pendant des années. Le caractère du sujet exerce ici son influence. Une variété assez curieuse s’observe chez les douteurs qui, paraissant sans cesse à la recherche d’une explication introuvable, n’arrivent jamais à la certitude, n’exposent leurs déductions que sous forme interrogative ou hypothétique, et ne réussissent pas à établir un système stable, malgré l’uniformité de leurs conjectures.
Ce travail de systématisation s’opère par cristallisation d’interprétations successives autour d’une conception ou d’une tendance prédominante. Celle-ci est en général une idée de grandeur ou de persécution, quelquefois une idée mystique, une idée érotique, une idée de jalousie... Le dé\ eloppement du délire modifie d’aiUeurs parfois plus ou moins profondément la valeur initiale de cette conception. Il n’est pas rare de voir la psychose débuter par des idées de jalousie et, à la période d’état, se traduire par un délire de persécution. Le rapport des idées de grandeur et des idées de persécution n’est en rien comparable à celui que l’on observe dans le délire chronique sensoriel où le per-
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sécuté se transforme à la longue en mégalomane. Au point de vue de la succession de ces idées, quatre cas peuvent se présenter dans le délire d’interprétation : 1“ le plus souvent idées de grandeur et idées de persécution apparaissent simultanément et évoluent parallèlement : elles ne sont en effet toutes deux que l’hypertrophie de la méfiance et de l’orgueil constitutionnels ; 2“ la maladie débute par des idées de persécution; les conceptions ambitieuses surviennent ensuite, parfois assez vite, parfois au contraire longtemps après l’éclosion des premières ; 3° inversement, les idées de grandeur sont primitives, le délire de persécution secondaire. Dans ces deux cas, quelle que soit la nature de l’idée initiale, l’une donne naissance à l’autre par suite d’un raisonnement logique identique à celui qui, selon Foville, expliquerait la naissance de la mégalomanie chez les persécutés et qui, de la même manière, conduit l’ambitieux aux idées de persécution. 4° Enfin la psychose peut rester indéfiniment circonscrite au seul délire de persécution ou au seul délire de grandeur.
En résumé, idées de grandeur et idées de persécution coexistent en général, diversement combinées. Elles dominent alternativement, suivant l’humeur momentanée, et colorent alors de teintes opposées les interprétations, sans que les unes arrivent jamais à supprimer les autres. Notons que s’il existe chez ces sujets une hypertrophie de certains éléments de la personnalité, on n’observe point la transformation de la personnalité. Cette altération grave fait défaut parce qu’il n’y a chez l’interprétateur ni modification du sens du corps, de la cénesthésie, ni troubles sensoriels.
Si la fixité, la stabilité sont les caractères ' essentiels du thème vésanique, ces qualités n’impliquent nullement
la monotomie, la simplicité. Toute interprétation formulée est définitivement acquise; la richesse du délire n’en est pas moins inépuisable ; c’est un roman qui n’a jamais de fin. Certains malades le retouchent, l’amplifient, le parachèvent sans cesse : les chapitres succèdent aux chapitres et le dénouement s’éloigne toujours. Le délire progresse par accumulation, par rayonnement, par extension. La systématisation première, immuable, devient le canevas sur lequel brode l’imagination. Le plan de l’édifice ne change pas, mais ses proportions augmentent : chaque interprétation nouvelle apporte une pierre qui le consolide ou l’agrandit. Les persécutés demeurent toujours persécutés, mais les machinations de leurs ennemis varient, de nouveaux complices sont recrutés : alors qu’au début ils suspectaient un seul individu, ils ont maintenant toute une bande à leurs trousses. Les ambitieux estiment insuffisant un titre unique, ils en ajoutent un second, un troisième; celle-ci n’était d’abord qu’une noble musulmane, plus tard elle se dit en outre duchesse de Navarre. Celle-là, simple princesse au début, finit impératrice. Les millions se multiplient, les prophéties succèdent aux projets de réforme.
Cette puissance d’expansion du délire est parfois très accusée. Une femme (obs. I) incrimine d’abord son mari, puis sa belle-mère, ensuite sa propre mère, son frère, ses autres parents, enfin les médecins, les magistrats, le personnel de l’établissement, les malades, les journalistes. Elle accuse successivement son mari d’avarie, de viol, de farces de mauvais goût, puis d’empoisonnement, enfin de bigamie. La cause de ce rayonnement réside dans ce fait que l’interprétateur ne s’isole pas dans l’expression stéréotypée de sa conception délirante primordiale ; il reste en relation
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avec son milieu (ce que ne font pas les délirants paranoïdes). Ce milieu continuant à réagir sur lui, à lui fournir une matière inépuisable, le patient finit généralement par englober dans son délire non seulement tous les individus qui sont en rapport avec lui mais encore un grand nombre de personnalités étrangères.
Souvent l’appréciation du monde extérieur reste assez exacte. Dans certains cas pourtant ce travail aboutit à transformer complètement l’ambiance. Le sujet, sans être désorienté, voit partout de faux malades, de pseudo-médecins, des sosies etc.,.; il vit dans un monde imaginaire peuplé de fausses reconnaissances. Ce débre palingnostique et métabolique n’est pas seulement la conséquence ultime des psychoses à teinte vésanique accentuée ; il . apparaît parfois assez vite lorsque les interprétations ne dépassent pas l’entourage immédiat.
3° Période terminale. — L’évolution du délire d’interprétation est pour ainsi dire indéfinie ; la maladie ne marche pas progressivement vers l’affaiblissement intellectuel. Même arrivés à un âge avancé, quinze ou vingt ans après le début de la psychose, les interprétateurs conservent la même activité délirante et la même vigueur intellectuelle. Un paranoïaque, qui se croit à la fois pape et empereur, a appris sous les yeux du médecin huit langues (Kraepelin). Un collectionneur, qui délire depuis vingt ans, a gardé la même sûreté de jugement pour les objets d'art qu’il affectionne. Un mystique, après un internement de vingt ans, reste capable de donner à ses fictions l’apparence des plus solides syllogismes.Un malade de Dagonet,âgé de soixantecinq ans, et atteint depuis trente-trois ans de délire de
persécutions avec idées ambitieuses, n’est point affaibli intellectuellement : « ses idées sont bien coordonnées, ses lettres parfaitement rédigées, elles sont logiques en admettant le point de départ. » Une institutrice, persécutée mégalomane, après un séjour de trente ans dans plusieurs asiles, s’adapte rapidement au régime de semi-liberté d’une colonie familiale; âgée de 70 ans, élle donne encore au récit de son délire un mouvement dont serait incapable un ^ément. Tanzi cite (1905) l’observation d’un vieillard de 82 ans, délirant depuis 1834, sans avoir jamais eu d’hallucinations, et qui ne présente aucun signe de démence (loc. cit.^ p. 684). Il est donc permis de conclure qu’une affection mentale qui, après trente ans de durée, laisse intactes la lucidité et l’intelligence, n’a aucune tendance à évoluervers Taffaiblissement psychique.
Assurément les interprétateurs ne conservent pas tous leur activité mentale. Généralement, sous l’influence de l’âge, la faculté créatrice diminue peu à peu, les interprétations se font plus rares, le cercle des idées se rétrécit, le rayonnement s’éteint; le malade ressasse les mêmes conceptions et s’intéresse moins à ce qui ne touche pas à son système vésanique ; ses réactions s’atténuent, il s’est adapté à la vie de l’asile, il a cessé de réclamer sa sortie. Selon l’expression très juste de Tanzi, « le paranoïaque ne guérit pas, il désarme. » C’est la période de résignation. Tout s’estompe dans le crépuscule de l’involution (Pseudo-démence, Ziehen, Bleuler). Chez certains on constate une pseudo-stéréotypie : ils écrivent d’une façon périodique des lettres qui semblent copiées les unes sur les autres. Chez d’autres les interprétations deviennent tellement absurdes (jeux de mots, etc.) qu’on serait tenté
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d’y voir la preuve d’un affaiblissement intellectuel ou d’une débilité mentale congénitale ; mais cette absurdité n’est qu’apparente ^
La désagrégation du délire, raffaiblissement psychique, doivent, s’ils surviennent, être attribués non pas à la marche progressive de la psychose, mais à la sénilité. Ces malades ne sont pas à l’abri de l’artério-sclérose et des lésions cérébrales des vieillards : leurs souvenirs peuvent s’effacer, leurs idées devenir confuses. Le délire d’interprétation cède peu à peu la place à la déchéance sénile des facultés, mais de par lui-même, il n’a pas, comme les états paranoïdes, une action lentement destructive delà synthèse mentale, de la personnalité ; issu au contraire des profondeurs mêmes d’une constitution psychopathique et confondu avec elle, il ne s’effondre que par l’intervention d’une complication^,