VI. — DÉLIRE D’INTERPRÉTATION ATTÉNUÉ
Friedmann a décrit des formes bénignes de la paranoïa non hallucinatoire, caractérisées par le peu d’extension du délire, et susceptibles de rétrocéder en deux ou trois ans\ A notre sens, révolution constitue un des caractères essentiels de la psychose ; tout sujet qui guérit complètement après quelques années a bien présenté un délire à base de fausses interprétations, mais il ne s’agit que d’une bouffée déliranteinterprétativesymptomatiqued’uneautrepsychose. Nous réservons le nom de formes frustes à des états, chroniques aussi bien que les plus accentués, mais où l’expression du délire reste atténuée, les interprétations peu fréquentes, le système ébauché, l’évolution très lente, sinon stationnaire. Cette forme se rencontre chez les dégénérés supérieurs. On peut supposer, avec Môbius, que dans les cas de ce genre, l’intelligence du malade oppose une digue à l’envahissement du délire et l’oblige à ne pas dépasser certaines limites : à la condition pourtant que cette intelligence ne se mette pas au service d’une hyperesthésie affective ; on voit en effet des individus très bien doués au point de vue intellectuel, se lancer dans les interprétations les plus extravagantes, et construire des délires complexes. Pour une raison contraire ces formes frustes, abortives, se montrent souvent chez les débiles, incapables d’élaborer un système solide. Nombre d’inven-
1. Friedmann, Contrib. à l éLude de la Paranoïa. Monats. f. Psych. und. Neur. t. XVII, 1905, n“' 5 et 6. Halberstadt, qui expose les idées de Friedmann, adopte une opinion analogue à la nôtre [loc. cil).
VARIÉTÉS
teurs et de réformateurs, faibles d’esprit, rentrent dans cette catégorie. Ces sujets sont aux frontières de la folie ; la plupart vivent en liberté.