CHAPITRE VI
DIAGNOSTIC
Diagnostic positif. — Dissimulation.
Diagnostic différentiel.
I. Délire de revendication. — Description ; caractères essentiels idée obsédante, exaltation-maniaque. —Différenciation avec le délire d’interprétation.
II. Délires interprétatifs symptomatiques. — 1° Psychoses à interprétations épisodiques. — Confusion mentale. — Névroses. — Psychasthénie. — 2° Psychoses à interprétations actives : Folie intermittente. — Folies périodiques des dégénérés. — Psychoses d’involution. — Délire d’interprétation alcoolique (jalousie). — Démence précoce. Démence paranoïde.
in. Psychoses systématisées hallucinatoires. — Description; diagnostic aux différentes périodes.
La connaissance des sv'mptômes, des formules, des variétés, de l’évolution et des causes du délire d’interprétation permet d’aborder le diagnostic. Quand un délire plus ou moins systématisé s’organise sans participation notable des centres sensoriels, à l’aide de raisonnements affectifs dont le point de départ — exact — détermine des conclusions paradoxales ou chimériques ; quand cette psychose, préparée par une longue, incubation, progresse par l’accumulation d’interprétations multiples; quand, au cours de son évolution, elle ne montre de tendances ni vers la guérison, ni vers l’affaiblissement intellectuel, il est légi-
DIAGNOSTIC
lime d’admettre qu’il s’agit d’un délire d’interprétation. Ce diagnostic positif sera établi si l’on constate l’absence de certains signes : en dehors de complications transitoires, on ne. doit trouver ni hallucinations actives, ni excitation, ni dépression, ni confusion, ni amnésie, ni perte des sentiments affectifs, pas de négativisme, pas de maniérisme ; abstraction faite de son roman délirant, de ses paralogismes, rindividu ne manifeste aucun trouble morbide.
Une question doit d’abord être résolue : a-t-on affaire à une maladie mentale? La lucidité et la réserve du sujet, le manque de troubles sensoriels, la correction des allures éloignent longtemps tout soupçon de psychopathie. Les méprisés sont fréquentes ; pendant des années Tinterprétateur passe pour un original, un misanthrope, un insociable, un esprit chimérique, méfiant ou susceptible, un simulateur, un mystificateur, un hâbleur, parfois pour une victime ou un homme génial, rarement pour un aliéné. Est-il interné, l’opinion s’émeut, on crie à la séquestration arbitraire et les articles sensationnels sur les « Bastilles modernes » font leur apparition dans les journaux.
Le diagnostic est d’autant plus ardu que certains malades taisent opiniâtrement leurs idées délirantes ; cette dissimulation, parfois prolongée, est difficile à dépister. Seule une observation attentive permet de présumer l’existence d’une psychose : attitude hautaine ou soupçonneuse, exigences continuelles, dédain de l’entourage, manière spéciale de s’habiller, port d’une décoration sont déjà des indices auxquels s’ajoutent souvent les phrases caractéristiques : « vous le savez bien... mon affaire est connue. » L’un, sans faire aucune confidence, a soin de ne jamais manger ce qu’on lui offre et prend la part de ses voisins ;
LKS FOLIES RAISONNANTES
l’autre, malgré des réticences invincibles, signe ses lettres d’un nom fantaisiste ^ Les écrits de ces dissimulateurs sont d’un secours précieux : ils ne savent guère résister au besoin de confier leurs secrets au papier. Bombarda rapporte l’observation d’un interprétateur qui, très lucide, ne dit jamais un mot, ne fait jamais un geste susceptibles de trahir ses conceptions délirantes : celles-ci foisonnent au contraire dans ses nombreux écrits.
Parfois méconnu, le délire d’interprétation peut également être confondu avec différents états morbides. 11 faut le séparer d’abord d’une psychose constitutionnelle qui s’en rapproche par certains côtés : le délire de. revendication. Sous l’étiquette de « délires interprétatifs symptomatiques » on énumérera ensuite les principales affections où se montre passagèrement un aspect identique à celui du délire d’interprétation. Enfin on examinera le diagnostic avec les psychoses systématisées hallucinatoires.