‹ Les Folies raisonnantes, le délire d'interprétationChapitre 53 sur 78 · ïrélat, La folie lucide, Paris · texte numérisé non relu

ïrélat, La folie lucide, Paris

HISTORIQUE

Il s’agit de « certains délires de persécution, encore mal systématisés, ou en voie d’évolution, que les malades parviennent à dissimuler, dont le développement est tout intérieur et qui ne se manifestent au dehors que par l’excentricité des actes, les altérations des sentimentset les désordres de la conduite. Ces aliénés, qui appartiennent en réalité a,u délire partiel avec prédominance d'idées de persécutions se font le centre de tout ce qui les entoure ; ils se renferment dans leur-orgueil et se croient l’objet de l’attention et de l’animadversion générales ; ils interprètent contre euxmêmes tous les faits les plus insignifiants qui se passent autour d’eux et s’imaginent être victimes de la malveillance, de la haine ou de la répulsion de tous ceux avec lesquels ils vivent^ ».

En 1878, J. Falret décrivit une variété de persécutés raisonnants (persécutés héréditaires ou persécutés-persécuteurs), chez lesquels, comihe il ledit lui-méme expressément, les interprétations délirantes ne jouent qu’un rôle tout à fait accessoires Ce sont les malades que nous classons dans le délire de revendication.

Foville, en I87i, dans sa monographie suvld. mégalomanie, n’insiste pas sur les formes non hallucinatoires. Pour lui les conceptions délirantes, quand elles sont primitives (et non secondaires aux hallucinations), « finissent presque toujours tôt ou tard par s’accompagner d’hallucinations®».

Linas (1875) entrevoit les délires interprétatifs avec idées de persécution.

1. J. Falret, Folie raisonnante où folie morale, 2“ discours à la Société médico-psych., 29 octobre 1866, in Études cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, Paris, 1890.

2. Voir sur ce. point important et discuté le chapitre Nosographie.

3. A. Foville, Étude clinique de la folie avec pi'édominance du délire des grandeurs, Paris, 1871.

<r Cette forme de délire partiel, dit-il, consiste quelquefois ■ uniquement dans des conceptions et des interprétations délirantes ; le malade s’imagine qu’il a des ennemis acharnés à lui nuire... un autre se figure qu’il a été dénoncé à la justice... Ces malades interprètent toujours dans le sens de, leur délire tout ce qu’ils voient et tout ce qu’ils entendent h »

Delasiauve (1877) admet un délire systématisé perceptif basé sur des illusions ^

En somme la plupart des auteurs, ,à l’exception de Leuret, n’insistent guère sur la distinction entre les aliénés hallucinés et les interprétateurs. L’idée de persécution, quelle que soit son origine, demeure le S 3 TOptôme pathognomonique, et les délires sj^stématisés sont divisés d’après la couleur des idées délirantes. Môme au cours de la longue discussion sur le « délire chronique » à la Société médico-ps\'chologique (1886-1888) la question des délires systématisés à base d’interprétations n’attire pas l’attention. Il est permis de supposer que les divergences d’opinion eussent été moins profondes si l’on eût tenu’ compte davantage des interprétateurs.

2".—Il faut arriver à Magnan pour voir la classification des délires s^^stématisés reposer, non pas sur des formules contingentes, mais sur des caractères moins superficiels, tirés de la marche de la maladie, de ses caractères essentiels et du terrain sur lequel elle évolue. Dès 1877 Magnan enseigne que le délire de persécution peut se constituer de deux façons différentes : tantôt directement, tantôt sous l’influence de fausses sensations. Il donne un exemple

1. Linas, Art. Monomanie in Dict. encyclop. d. scienc. médic., 18IS.

2. Delasiauve, Classification des maladies menlales. Communication a la boc. d. Médecins des Bureaux de bienfaisance, 9 janv. 1877.

HISTORIQUE

• de délire de persécution succédant à une conception délirante. En 1890, il revient à différentes reprises sur cette idée que, chez les dégénérés, le délire de persécution s’organise parfois sans le concours d’hallucinations et sous l’influence d’interprélationS\ 11 insiste de nouveau, en 1895, sur les délires psycho-sensoriels et les « délires intellectuels ».

Dans ces dernières formes « le délire, purement intellectuel, n’est basé que sur des illusions et des interprétations délirantes. Mais en réalité ce caractère du délire n’a qu’une importance secondaire, car bien qu’incidentes, accessoires, les hallucinations peuvent apparaître et rendre au même moment le diagnostic difficile. Ce qui donne à ces délires leur véritable estampille, c’est l’indication tirée de leur genèse et leur évolution. Dans les formes non hallucinatoires, la psychose, considérée à l’âge adulte, plonge manifestement ses racines dans un passé plus lointain ; le plus souvent en effet elle a débuté dans l’enfance, dénonçant ainsi d’une manière irréfutable la dégénérescence héréditaire. Mais ici-encore elle s’est installée presque toujours brusquement ; elle est sortie de toutes pièces, tout d’un coup, de l’inconscient. Une coïncidence fortuite, un événement futile, un mot prononcé au hasard devant l’enfant, ont subitement inspiré l’idée de persécution... Habituellement se joint une idée de grandeur... Cette idée de persécution systématisée dès l’abord, reste toujours identique à ellemême ; sans doute elle s’impose de jour en jour avec plus de force à mesure que de quotidiennes illusions, que de continuelles interprétations délirantes semblent la confirmer, mais jamais elle n’évolue, jamais elle ne se transforme : elle peut disparaître, sauf à se remontrer plus tard. Les caractères des formes non hallucinatoires des délires systématisés de persécution chez les dégénérés sont la rapidité d’apparition du délire dans une forme dès le début complète, l’absence

1. Magnan, Leçons cliniques sur les maladies mentales. Le délire chronique, recueillies par Journiac et Sérieux, Paris, 1890.

d’évolution, la fixité comparable à celle de l’idée obsédante, avec possibilité de la disparition f »

Magnan a donc dépeint des malades atteints de psychoses interprétatives, sans les séparer des autres dégénérés; il admet la possibilité soit de l’incurabilité, soit d’une démence rapide, soit d’une guérison.

Legrain, étudiant les c< délires à évolution chronique chez les dégénérés » (1886), note l’absence fréquente des hallucinations.

« Le délire, dit-il, tout à fait à son origine, est représenté par de simples interprétations absurdes, illogiques de faits réels... peu à peu le fait primordial, base de la première interprétation délirante, s’efface de leur souvenir; reste l’idée délirante qui continue à évoluer seule... Les malades interprètent à leur détriment certains événements... Ce délire n’est qu’une déviation des facultés... qui poursuivent une fausse piste... La genèse du délire explique l’absence si fréquente des hallucinations... On voit en effet, des délires évoluer chroniquement... sans présenter de véritables hallucinations ; l’illusion au contraire est beaucoup plus fréquente^. »

Gullerre (1888) décrit divers psychopathes dont quelquesuns semblent des interprétateurs

En août 1890, P. Sérieux insiste sur les délires à base d’interprétalions et propose la classification suivante des diverses psychoses des dégénérés ^ : ,

1. Magnan, Leçons cliniques recueillies par Pécharman, Paris,

2. Legrain, Du délire chez les dégénérés, Th. Paris, 1886; Magnan et Legrain; Les dégénérés, Paris, 1895.

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