Gullerre, Les frontières de la folie, Paris
4. P. Sérieux, Du délire chronique à évolution systématique. Congrès internat, d. médecine de Berlin, h\ Vroqrès médical, 16 août 1890, et Actes du Congrès, Abtheilung IX, p.lüS.'
HISTORIQUE
a. Psychose des persécutés-persécuteurs. Dans cette forme il n’y a ni évolution, ni hallucinations.
h. Délire de persécution systématisé hallucinatoire, souvent polymorphe, de courte ou quelquefois de longue durée, sans tendance évolutive.
c. Délire, de persécution systématisé, non hallucinatoire, à-hase interprétations délirantes.
d. Mégalomanie avec ou sans hallucinations.
Peu après le même auteur écrit ; « Peut-être y aurait-il lieu de faire parmi les délires systématisés des héréditaires une place spéciale à ces formes cliniques non hallucinatoires (nous ne voulons pas faire ici allusion à la folie des persécutés-persécuteurs). Qu’il s’agisse d’idées systématisées de persécution ou d’idées ambitieuses, la chose importe peu ; ces psychoses qui sont l’apanage des seuls dégénérés, ont d’autres éléments caractéristiques ; leur marche est chronique, mais sans évolution progressive ; elles reposent exclusivement sur un vaste échafaudage d’illusions, et surtout, croyons-nous, d’interprétations délirantes multiples qui suffisent, sans l’intervention d’hallucinations, à l’édification d’un roman délirant bien charpenté. Ces psychoses non hallucinatoires se montrent souvent d’une façon précoce dès l’enfance et peuvent persister toute la vie durant sans modifications. Ajoutons cependant que dans certains cas des hallucinations peuvent apparaître ; ces troubles sensoriels, dont le rôle est toujours accessoire, ne laissent pas cependant que de rendre parfois le diagnostic incertain, jusqu’à ce qu'un examen plus complet, ait montré, comme subsh’atum constant et suffisant de ces psychoses, des intei’ptétations délirantes C »
Magnan accepte, en 1892, cette description et la reproduit dans la monographie du Délire chronique^.
i- P- Sérieux, Le délire chronique à évolution systématique et les psychoses des dégénérés, Bullet. de la Soc. de médec. mentale de Belgique, décemb. 1890; mars 1891.
2. ülagnan et P. Sérieux. Le délire chronique à évolution systématique, Encyclopéd. d. Aide-mémoire, Léauté, 1892, p. 144-149.
Séglas (1890), indiquant en termes précis la distinction, sur laquelle nous insistons, entre le délire d’interprétation et le délire de revendication, décrit, à côté des variétés hallucinatoires, deux sortes de délires à base d’interprétations délirantes 1.
1® « Le délire des persécutés-persécuteurs : Ici plus d’hallucinations, pas de délire formulé, mais seulement des interprétations délirantes ; pas de modifications successives dans la couleur des idées, mais seulement une extension de plus en plus grande du délire... C’est un délire de revendication plutôt qu’un délire de persécution.
2® « Le délire de persécution à interprétations délirantes simples. Les malades sont des persécutés et non plus des persécuteurs ; mais le délire se systématise en restant toujours identique à lui-même, sans parcourir les étapes des premières variétés (hallucinatoires) et no repose absolument que sur des interprétations délirantes sans adjonction d’hallucinations. »
Séglas admet aussi des mégalomanes à délire systématisé chez lesquels le délire repose sur des interprétations délirantes.
En 1892, Falret dans une note brève semble faire allusion au délire d’interprétation (voir Essai nosographique,; chapitre vin.)
La même année Gilbert Ballet signale que les persécutés auto-accusateurs n’ont pas en général d’hallucinations, mais des interprétations délirantes. Il donne en 1893, une observation de délire de persécution avec interprétations, sans hallucinations, qu’il classe dans le groupe des persécutés-dégénérés^. Il admet, avec Magnan, que ce délire
•1. Séglas, Diagnostic des délires de persécution systématisés. Semaine médicale, déc. 1890, n» 50.
2. Gilbert Ballet, Leçons cliniques, Psychoses et affections nerveuses Paris, Doin, 1897, 2» et 5« leçon faites en 1893; et Les Psychoses, in Traité de médecine Charcot et Bouchard, 1^' édit.
HISTORIQUE
guérit souvent ; il décrit néanmoins des délires systématisés chroniques.
Ce délire, à début brusque ou lent, peut apparaître dès le jeune âge ; « Il peut avoir pour point de départ un fait exact duquel l’intelligence débile du malade tire des conclusions erronées... Un enfant naturel, réfléchissant à l’irrégularité de sa naissance, en arrive à se convaincre qu’on lui cache son origine pour accaparer un héritage ou des titres qui lui reviennent, et il construit une systématisation ambitieuse. Dans ces cas, le délire résulte d’interprétations faussesr'-, qu’accepte, sans pouvoir en faire la critique, la faible intelligence du débile : il est la conséquence de la tendance aux explications parle merveilleux qui caractérise le dégénéré, tendance servie ou plutôt desservie par une logique vicieuse. Les troubles psycho-sensoriels tiennent ordinairement peu de place dans l’organisation de ces folies systématisées, ce qu’expliquent leur patbogénie et le mode de leur développement. »
En 1896 Régis publie un cas de délire raisonnant de persécution V. avec ses caractères typiques (vraisemblance, logique et fixité d’emblée du délire, absence d’hallucinations, tendances persécutrices et proce.ssives). » Il s’agit, semble-t-il, d’un délire àbase d’interprétations.—La même année R. Leroy, dans sa monographie sur les persécutéspersécuteurs, donne quelques observations qui appartiennent en réalité au délire d’interprétation.
Dans son enseignement, Joffroy insiste sur le rôle prédominant des interprétations non seulement dans Féclosion, mais dans le développement ultérieur de certaines psj^choses systématisées; les hallucinations, si elles apparaissent, ne dirigent pas la systématisation délirante. Tout en décrivant des délires interprétatifs et des délires hallucinatoires, Joffroy estime qu’il ne convient pas d’isoler complè-
tement ces deux formes ; pour lui ce ne sont que deux variétés de la folie systématisée.
Kéraval [en 1901 décrit le délire des persécutions chronique des dégénérés, souvent à forme raisonnante ; « dépourvu d’hallucinations, il est caractérisé par des revendications tenaces* ».
3°. — En 1902, précisantnos idées sur le rôle des interprétations délirantes dans diverses psychoses, nous arrivions aux conclusions suivantes- :
« Les interprétations délirantes, qui parfois en imposent pour de véritables hallucinations, se présentent sous trois -aspects cliniques distincts :
1“ Des intei’prétations épisodiques se montrent au cours de la plupart des maladies mentales.Leur rôle est effacé;
2° Les interprétations délirantes peuvent, par leur prédominance plus ou moins exclusive au détriment des troubles sensoriels, constituer un syndrome commun à un certain nombre d’espèces cliniques et susceptible de se présenter sous une forme aiguë (en général sans systématisation), ou sous une forme chronique (avec systématisation).
3° Les interprétations délirantes constituent le symptôme prépondérant d’un délire systématisé chronique présentant, dans sa symptomatologie et son évolution, des caractères bien tranchés qui permettent d’en faire une espèce clinique autonome. Cette psychose est en effet caractérisée parles signes suivants : déneloppemenl très lent de délires systématisés de couleur variée (le plus souvent délire combiné de persécution et de grandeur) ; — absence presque constante d'hallucinations (ou rôle très effacé de ces troubles) ; — richesse extrême des interprétations délirantes qui constituent la base même des conceptions morbides ; ■— marche très lentemement progressive ; — absence d'évolution sys-
1. Kéraval, La pratique de la médecine nienlale, Paris, 1901.
2. P. Sérieux et J. Capgras, Les psychoses à base d'interprétations délirantes. Société médico-psychol., séance du 24 février 1902, in Annal, med. psych., mai 1902.
historique
iémaliqu& -, — incurabilité absolue-, —persistance de l’ùitégrité des facultés intellectuelles (pas de période de démence).
C’est à cette foi’me clinique quenous proposons de donner le nom de psychose systématisée chronique à base d'interprétations délirantes ou, plus brièvement, de psychose à base d'interprétations. »
En 1902 Vurpas propose, avec Vaschide, un nouveau groupement des délires systématisés ^
Ces délires présentent tous ce caractère d’être la conséquence d’une activité mentale exagérée et polarisée, d’une analyse mentale puissante mais qui manque de direction. Or ce « besoin délirant d’analyse » peut être dirigé soit intérieurement sur l’esprit ou le corps du sujet, soit extérieurement sur le milieu social ou le monde cosmique. On a ainsi quatre formes de délire : a. par instrospection mentale; — b. par introspection somatique; — c. par extrospectiqn ; — d. délirejde métaphysique. —Cette^ tentative de groupement, basée presque exclusivement sur le mécanisme psychologique qui préside à la genèse et à l’évolution de là construction délirante, englobe, à côté de psychoses interprétatives, des formes disparates;
En 1903, Arnaud insiste sur le rôle presque exclusif des interprétations dans le délire systématisé originel qui correspond à une variété du délire d’interprétation.
« Les interprétations délirantes sont extrêmement nombreuses, elles portent sur tout, sur les choses même les plus insignifiantes, et elles sont aussi peu fondées, aussi extraordinaires que possible. Les associations d’idées sont des plus fantaisistes... le malade dirige sa conduite... d’après ces interprétations bizarres... Les hallucinations quand elles existent, n’ont pas l’influence prépondérante quelles offrent si souvent dans les psychoses acquises ^ »
1. Vurpas. Contribution à l’élude des délires systématisés, Th. Paris, 1902. Vaschide et Vurpas, L’analyse mentale, Paris, 1903.
2. Arnaud, Les psychoses constitulionnelles in Traité de Pathologie mentale de Gilbert Ballet, Paris, 1903.
Dans ces dernières années divers travaux ont été publiés sur le délire d’interprétation ; citons ceux de P. Sérieux et J. CapgrasS de Dide, de Durocher et Leborgne, et plus particulièrement celui de Deny et Camus sur lequel nous reviendrons dans le prochain chapitre^. Gilbert Ballet dans son article Psychoses, Régis dans son Précis, Dufour, Trénel, Joffroy, Marchand, donnent leur opinion sur la psychose à base d’interprétations ^ E.' Du pré étudie et délimite la paronoïa légitime (voir Essai nosographique). R. de Fursac consacre un chapitre à la paranoïa de Kraepelin ou folie raisonnante
Des observations appartenant pour la -plupart au délire d’interprétation sont publiées par Arnaud, Vurpas et Duprat, Rémond et Lagriffe, Truelle et Capgras, Albès, Halberstadt, Pactet et Courbon, Vigoureux et Juquelier, Ségias et Barbé, R. Charpentier, Anglade et Jacquin, Benon, Damaye, Courjon et Mignard, Toulouse, Meeus •\
1. P. Sérieux et J. Capgras. The psychoses wilh delusional interprétation as a basis, The Journal of Mental Pathology, New-York, mai 1902. — Le délire d'interprétation, Revue de Psychiatrie, juin 1904. — Les symptômes du délire d'interprétation. Encéphale, mars 1906. ^ Diagnostic du délire d’interprétation. Revue de Psychiatrie, janv. 1908,
2. Dide, Essai de classification des maladies mentales. Congrès de Rennes 1903. — Durocher et Leborgne, Diagnostic de la démence pré^ coce et des psychoses à base d'interprétations délirantes. Congrès de Rennes, 1903. — Deny et Camus, Délire d'interprétation et Paranoïa, Soc. méd. psychol., 28 mai 1906.
3. Gilbert Ballet, Les psgchoses, in Traité de médecine Bouchard- Brissaud, 2® édit. 1903, p. 906. — Régis, Précis de Psychiatrie, 3“ édit., 1906, p. 418-19. — Trenel, Art. Folie quérulante, Déliré systématisé d'interprétation in Pratique médico-chirurgicale, Paris, 19ü7. — Dufour, Séméiologie des maladies du système nerveux, Paris, 1907. — Joffroy, Contribution à l'étude de t’interprétation délirante dans les délires systém., — Encéphale, fév. 1908. Marchand, Manuel de m.éd. mentale, 1909.
4. Dupré, La paranoïa légitime, sa nature, son origine. Congrès in-
tern., Lisbonne, 1906. — Rognes de Fursac, Manuel de Psychiatrie, 2» édit., Paris, F. Alcan, 1903. '
5. Arnaud, Idées de grandeur précoces et transitoires dans le délire de persécution chronique, Journal de psychol. norm. et pathol., mars-
HISTORIQUE
Bien que l’étude du délire d’interprétation ait suscité dans ces dernières années d’intéressants travaux, cette forme clinique est encore discutée, parfois méconnue ; elle reste confondue par certains auteurs avec la folie des persécutés-persécuteurs. Nous renvoyons aux chapitres Diagnostic et Nosographie pour l’histoire des rapports de ces deux psychoses.
IL — L’histoire du délire d’interprétation en France se rattache étroitement, surtout dans ces dernières années, à celle de la folie raisonnante et de la dégénérescence mentale. A l’étranger, et principalement en Allemagne, elle est liée aux doctrines très diverses sur la paranoïa L Laissant de côté
avril 1904, obs. III. — Vurpas et Duprat, Du rôle de Vimitation dans la formation d’un délire. Annal, méd. psych. mai 1904. — Rémond et Lagriffe. Délire de persécution à base de fausses interprétations et délire alcoolique. Archives de Neurologie, sept. 1906. — Truelle et Capgras üur une dégénérée mystique. Journal de méd. lég. psychiat., juin 1906,
— Albès, De l'illusion de fausse reconnaissance, obs. VII, Th. Paris, 1906.
, — Halberstadt, La folie par contagion mentale. Th. Paris, 1906, p. 39-73.
— Pacte! et Courbon, Les interprétations délirantes chez les aliénés persécutés non hallucinés. Soc. médico-psychol., séance '38 janv. 1907. — Vigouroux et Juquelier, Id., Soc. méd. psych.,’séance 23 mars 1907, Discussion. — Séglas et Barbé, Un aliéné réticent. Encéphale, juin 1907.
— Albès et René Charpentier, Psychose systématisée chronique à forme quéridante. Encéphale, août'1907. — Anglade et Jacquin, Uri cas de folie à deux. Gaz. hebd. d. Sc. médic. de Bordeaux, 11 août 1907. — Benon, Un cas de délire d’interprétation, Soc. méd. psych., séance du 28 oct. 1907; Annales méd. psych., janv. 1908; Archiv. Neurologie, nov. 1907. — Damaye, Psychose systématisée chronique à base d'interprétalions avec illusions de fausse reconnaissance. Revue de Psychiatrie, mars 1908. — Courjon et Mignard, De l'état normal au délire. Déséquilibrés orgueilleux... Rev. psychiat., avril 1908. — Toulouse, Rapport sur le maintien dans un asile privé d'une femme atteinte de délire de persécution avec interprétations multiples, Revue de Psychiatrie, mai 1908.—Meeus. Épilepsie et délire chronique. knnaXes méd. psych.. mai 1908.
1. Ce terme, déjà employé par les Grecs, puis par Heinroth (1818) a été proposé par Mendel,(188d) pour désigner la Folie systématique (irapa vosiv penser de travers).
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les conceptions, aujourd’hui en défaveur, de la paranoïa secondaire et de la paranoïa aiguë *, nous indiquerons seulement les étapes successives qui ont abouti à la mise . en relief d’un délire systématisé non hallucinatoire.
En 1865, Snell décrit sous le nom de Wahnsinn la paranoïa primitive : bien que les hallucinations y jouent le principal rôle, les idées délirantes peuvent s’organiser en l’absence de troubles sensoriels.
En 1868 Sander - établit l’existence d’une nouvelle forme, originàre Verrücktheit (paranoïa originelle), qui apparaît ordinairement dès l’enfance et le plus souvent chez des héréditaires. 11 distingue deux catégories de malades : les uns, hallucinés, deviennent rapidement déments ; les autres, surtout bizarres, ont un délire qui aboutit rarement à la démence. La description de Sander, adoptée par la plupart des auteurs, réunissait deux groupes différents de sujets ; elle a ainsi longtemps empêché l’individualisation des délires interprétatifs.
On finit pourtant par scinder la paranoïa chronique en deux grandes variétés : l’une hallucinatoire, l’autre simple, sans troubles sensoriels.
Krafft-Ebing note l’influence prépondérante des interprétations dans trois variétés ; paranoïa originàre, paranoïa qiærulans, paranoïa inventoria. 11 n’attache pas grande importance â l’absence de troubles sensoriels et, dans la paranoïa persecutoria, à côté de sujets très hallucinés il
1. Séglas, La paranoia, Arch. Neurol., 1887. — Kéraval, Les délires plus ou moins cohêrenLs désignés sous le nom de paranoïa, Arch- Neurol., 1894-95. — Roubinovitch. Variétés cliniques de la folie en France et en Allemagne, Paris, 1896. — Anglade, Rapport sur les Délires systématisés secondaires, Congrès de Marseille 1893.
2. W. Sander, Uber eine specielle Form der primûren Verrücktheit, Arch. f. Psych., 1868, T. I, p. 387.
HISTORIQUE
place une observation de délire « né de faux jugements, de fictions rattachées à des événements réels ». 11 n’en reconnaît pas moins l’existence d’un délire essentiellement primordial et idéatif {paranoïa cornhinatoria) ^
Schüle distingue, d’après la genèse des idées délirantes, '' 1° un délire intellectuel; 2° un délire sensoriel. Dans le premier existe une imperfection du raisonnement par arrêt ou suractivité des facultés, avec production d’interprétations erronées^. -
« -Dans l’édification du délire intellectuel... le moi perplexe s’appuie inconsciemment sur une perception explicative, il pressent et prépare lui-même toutes les perceptions qu’il cherche. Sans qu’il s’en doute... il s’aide des faits observés et des faits les plus éloignés pour tâcher de combler la lacune intérieure dont il a conscience ; tout finit par être interprété et par prendre une signification spéciale. »
Schüle ne décrit pourtant pas le délire d’interprétation ; le tableau qu’il trace du « délire systématisé originel », n’y correspond que partiellement; à côté de cas hallucinatoires, il paraît avoir groupé des psychoses interprétatives symptomatiques.
La joamnoïa simplex chronica {combinatoria) de Mendel comprend des délires interprétatifs.
Le début est insidieux, le stade initial dure des années ; la maladie éclate à la suite d’une émotion ou d’un état fébrile ; les illusions et les hallucinations font défaut, en règle générale, mais, parfois, apparaissent par intervalles, d’une façon passagère. Un stade terminal d’affaiblissement psychique surviendrait après des dizaines d’années, beaucoup plus
1. R. V. Krafft-Ebing. Lehrbuch d. Psychiatrie, 3« édit., Stuttgart,
2. Schiile, Traité clinique des maladies mentales, S® édit., 1886. Trad. de J. Dagonet et Duhamel, Paris, 1888.
1>ES FOLIES RAISONNANTES
tardivement que dans les formes liallucinatoires. Une partie des inventeurs, des réformateurs, des quérulants, rentrent dans la paranoïa simplex. Le plus souvent ce sont des persécutés et des mégalomanes. On observe parfois un sentiment d’infériorité psychique. Mendel considère la paranoïa chronique simple comme plus fréquente que la forme hallucinatoire h
Dans une importante monographie " Werner décrit également une paranoïa non hallucinatoire.
La proportion des cas de paranoïa simple chronique est de 32 p. 100. Les hallucinations font totalement défaut au début, et même dans le cours ultérieur de la maladie, ou ne se montrent que rarement et passagèrement, sans influencer le délire. A la longue l’entourage paraît modifié ; des inconnus sont pris pour des personnes connues autrefois. La psychose reste presque indéfiniment stationnaire ; en dehors des idées délirantes il y a à peine trace de trouble psychique : parfois survient une excitation passagère, due généralement à un reproche maladroit. La maladie se termine par affaiblissement psychique ou démence ; il peut y avoir des rémissions rares et transitoires, mais pas de guérison.
Ziehen’ admet, lui aussi, la paranoïa simple chronique.
Les l’eprésentations délirantes de cette foi’me clinique sont primaires en ce sens qu elles ne procèdent pas d’hallucinations ou de troubles affectifs. Leur mode de développement est variable. Beaucoup sont directement en rapport avec des perceptions normales (interprétations erronées). Quelquesunes ont leur point de départ dans des l’éves. D’autres apparaissent subitement, sans cause provocatrice. Un grand nombre sont le résultat d’un long processus d’associations d’idées. Puis viennent s’ajouter des conceptions délirantes
1. Mendel, Leitfaden der Psychiatrie, Stuttgart, 1Û02, p. 160.