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CHAPITRE VIII

ESSAI NOSOGRAPHIQUE

I, Autonomie du délire d interprétation. — Doit-il rester confondu avec la folie des persécutés-persécuteurs ? — Opinion de Falret et de ses élèves. — Ambiguité de la conception actuelle des persécutés-persécuteurs. — Délire de revendication; justification de son autonomie; rôle de lïdée obsédante. Opinions de MagnanABallet, Arnaud, Régis, Forel, Neîsser, Tiling, Leppmann, Wernicke, Hitzig, Kraepelin, Heilbronner.

II. Situation nosographique du délire d'interprétation. — Psychoses constitutionnelles et psychoses accidentelles. — Pathogénie du délire chronique de Magnan (type de psychose sj^stématisée hallucinatoire). — Conception de Kraepelin sur la Paranoïa. — Objections de Bleuler, Wernicke, Schneider, Levi Bianchini, Mac Donald, Dercum (annexion de la paranoïa à la démence pi’écoce). — Classifications de Tanzi, Deny et Camus, Régis. — Conclusions. — Formes atypiques. — Nosographie des délires systématisés.

Les considérations historiques qui précèdent permettent d’aborder l’examen de la situation nosographique du délire d’interprétation. Nous répondrons d’abord aux objections faites contre l’autonomie de cette psychose; nous examinerons ce qu’il convient d’entendre par a folie des persécutés-persécuteurs » où d’aucuns persistent à la ranger ; nous verrons enfin si la même pathogénie s’applique aux délires systématisés hallucinatoires.

L — La conception du délire d’interprétation a soulevé

récemment deux critiques principales ; 1" l’interprétation étant un mode de jugement banal, nécessaire même à la constitution de n’importe quel délire systématisé, il n’y a pas lieu, dit-on, de l’accepter comme pathognomonique d’une nouvelle entité morbide ; 2“ le délire d’interprétation fut déjà décrit par J. Falret dans ses persécutés héréditaires ; il faut continuer à ranger les interprétateurs dans les persécutés-persécuteurs dont ne les distingue aucun caractère fondamental.

La première objection laisserait croire que l’autonomie de la psychose est établie sur un seul symptôme : l’interprétation. On a trop insisté sur l’ensemble de caractères positifs et négatifs du délire d’interprétation, sur son évolution, sur sa pathogénie, pour que cette critique puisse être tenue pour fondée. Le rôle important des interprétations dans des maladies mentales diverses a été. signalé par nous en 1902, et nous avons décrit, à côté de la psychose chronique à base d'interprétations délirantes ou délire cl’interprétation essentiel, des états délirants interprétatifs symptomatiques d’autres affections. On ne saurait en effet édifier une maladie sur un seul ss^mptôme, ni grouper ensemble plusieurs psychoses en raison d’un caractère commun, quel que soit son relief apparent. Avec Falret, Magnan et Kraepelin nous tenons les nomenclatures purement symptomatiques pour dénuées de valeur au point de vue nosographique.

La seconde objection ne paraît pas davantage justifiée. J. Falret, lorsqu’il traça la description magistrale de ses persécutés héréditaires, fit connaître uniquement les sujets que nous classons dans le délire de revendication. Il a nettement déclaré, en 1896, que c’est l’observation des cas de

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Sandon, de Teulat, de Verger et de quelques autres, qui lui a servi de point de départ pour établir cette variété nouvelle, le délire raisonnant de persécution. Or, les malades dont parle Falretsont, àn"en pas douter, des revendicateurs etnon desinterprétateurs. Le 23 février 1878 Falret a exposé en ces termes sa conception des persécutés héréditaires :

« 1“ Ils sont héréditaires; 2“ ils ont des signes physiques de dégénérescence et des congestions... ; 4° ils personnifient la persécution dans une seule personne et la poursuivent par le chantage, les obsessions,..; 6" ils sont malades toute leur vie avec des paroxysmes, mais restent toujours les mêmes à un âge avancé et n’aboutissent jamais à la démence...; 8“ ils ont un orgueil incomparable, sont des inventeurs stériles, des déclassés, des incompris, ont des facultés remarquables, d’immenses lacunes dans Fintelligence et surtout dans le moral,., » Le 29 juillet 1878 il précise sa pensée en disant que ces sujets « ont un certain degré d’idées de persécution,., ce sont des aliénés héréditaires,., qui sont pris d’idées de persécution, vague, sans formule arrêtée,., on ne constate chez ces malades ni interprétations délirantes^, ni hallucinations de l’ouïe.,, ni idées de grandeur. » Et Delasiauve fait remarquer que les malades de Falret c< sont moins des fous que des tempéraments excentriques, des gens mal équilibrés ». Ainsi donc Falret déclare expressément que ses persécutés héréditaires n’ont pas d’interprétations délirantes.

De plus, en 1892, Falret semble bien faire allusion aux interprétateurs et vouloir les distinguer des persécutés-

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