A SAPHO
Aimer ne suffit pas, il faut savoir le dire
Autrement qu’en oeillade, autrement qu’en sourire ;
Vers notre amoureux cœur, tentez le premier pas,
Sinon vous risquerez de rester solitaire.
Imitez cet exemple et cessez de vous taire ;
Le succès, croyez-le, est d’avance acquis :
On s’ennuie, allez-donc, le terrain est conquis.
A certains de ces interprétateurs peuvent s’appliquer les réflexions suivantes de Rogues de Fursac : « Le psychopathe a le culte de ses écrits. 11 les range, les catalogue avec soin, les commente même. Persuadé qu’il a produit quelque chose d’excellent, il traite sans hésiter d’imbécile quiconque se hasarde à lui faire la moindre critique. Il accepte au contraire avec une naïveté complète et une satisfaction non dissimulée tous les éloges, même les plus hyperboliques, qu’on lui décerne sur la profondeur de ses pensées et la perfection de son style. En un mot il fait preuve, là comme dans toute sa conduite, d’une autocritique insuffisante F »
L’aspect extérieur, l’attitude, ne présentent rien d’anormal. 11 n’y a pas de troubles de la mimique involontaire ou émotive (pas plus d’ailleurs que de la mimique volontaire).
1. Rogues de Fursac. Les écrits veuses et mentales. Paris, 1903, le délire à forme interprétative.
et les dessins dans les maladies nerp. 230. Voir p. 262, Les écrits dans
SYMPTOMES DU DÉLIRE d’iNTERPRÉTATION 57
Comme le dit Dromard, « la mimique demeure parfaitement normale en tant que fonction... elle reste adéquate aux émotions qu’elle extériorise... elle est très exactement ce qu’elle serait chez un sujet sain à équivalence d’état d’âme... La méfiance du persécuté, l’orgueil du mégalomaniaque... tous ces états d’âme en un mot n’ont pas une expression mimique différente de celle qui traduirait des sentiments analogues chez un sujet normaP. » La physionomie reflète donc les préoccupations du sujet. Elle est, suivant les cas, résignée ou mécontente, sérieuse ou souriante, hautaine ou avenante, inquiète et crispée ou calme et sereine. Parfois, quand le sujet expose ses interprétations, sa physionomie prend une expression maligne, il cligne de l’œil d’un air entendu avec la satisfaction de déjouer toutes les ruses et d’être seul à deviner des allusions secrètes.
La conduite de ces malades, leur façon de se comporter dans la vie quotidienne, est sous la dépendance de leur caractère antérieur. C’est dire qu’ici encore on relève surtout des symptômes négatifs. L’activité motrice n’est pas pervertie ; ni trouble de la volonté susceptible d’influencer la manière d’agir, ni aboulie, ni impulsions ; on n’observe pas non plus ces stéréotypies d’attitude ou de geste, ces troubles catatoniques, ou ce maniérisme fréquents chiez les déments précoces. Les manies ou les tics ne témoignent qu’en faveur d’une tare dégénérative. Normales aussi sont les allures. La tenue n’attire en rien l’attention ; tout au plus note-t-on parfois une certaine recherche, une originalité dans le costume, exceptionnellement de l’excentricité ; on n’en voit guère, sauf parmi les débiles, se parer de
1. Dromard. Essai de classificalion des troubles de la mimique chez les aliénés. Journ. d. psychol., janv. 1906.
LES POLIES-RAISONNANTES
décorations, et encore le font-ils discrètement ; ils n’ont pas cette folie d’ostentation des déments mégalomanes. Calmes, polis, réservés, soignés dans leur toilette, ils s’intéressent à leur entourage, aux faits quotidiens, politiques ou autres ; ils aiment lire, s’occuper à divers travaux.
Les interprétateurs peuvent vivre longtemps en liberté, n’éveillant l’attention que par de rares extravagances incompréhensibles pour l’entourage ; quelques-uns cependant, rapidement agressifs, se livrent à des violences. Ces réactions, conséquence des idées délirantes et du caractère antérieur, tranchent par leur singularité sur une vie jusquelà régulière. Leur étude sera mieux à sa place dans le chapitre suivant.
B. — Absence de troubles sensoriels.
D’une manière générale on peut dire que l’absence de troubles sensoriels caractérise le délire d’interprétalion. Dans quelques cas néanmoins des hallucinations existent : mais elles ne se montrent qu’à intervalles éloignés, ne jouent qu’un rôle tout à fait accessoire dans l’élaboration du délire, et demeurent dépourvues d’influence sur son évolution. 11 est loin d’en être ainsi dans d’autres psychoses systématisées où ces troubles dirigent la scène morbide.
Dans d autres cas on pourrait prendre certains interprétateurs pour des hallucinés, en raison de leur façon de s’exprimer qui prête à l’équivoque ; nombreux sont ceux qui, interprétant des mots ou des phrases réellement perçus, déclarent qu’on les injurie dans la rue; nous avons déjà signalé cette cause d’erreur.
SYMPTOMES DU DÉLIRE d’iNTERPRÉÏAJION S9
Hallucinations épisodiques. — Chez quelques-uns on observe des troubles sensoriels auditifs, rares à la vérité, mais incontestables ; s’agit-il bien d’hallucinations ? Ce sont plus souvent, pensons-nous, des illusions. En effet les malades n’entendent pas de « voix « dans la solitude de leur chambre, ils ne racontent pas qu’on leur parle à travers les murs ou par téléphone. C’est à l’inauguration d’une statue que celle-ci s’entend appeler trois fois par son nom ; c’est dans la rue que Les passants crient à un autre : «. Détourne-toi ! » ; c’est au milieu de la foule que pour cette dernière on proclamait : « Voilà notre reine ! » Parfois l’hallucination survient au contraire dans le silence de la nuit, mais son apparition est subordonnée, remarque Tanzi, à une émotion intense, comme chez les gens normaux, ou bien elle est liée à la peur, au fanatisme, à l’attention expectante. Toujours cette hallucinanation auditive se réduit à un mot ou à une phrase brève.
D’ailleurs n’arrive-t-il pas à certains obsédés et même à l’homme qualifié normal, au cours d’une méditation ou sous l’influence de la fatigue, d’entendre distinctement un mot, un appel. Pareil fait peut se produire chez nos malades comme un écho des préoccupations délirantes ; il y a loin de ce symptôme isolé, épisodique, à un délire à base hallucinatoire.
Dans un très petit nombre de cas on note des hallucinations psycho-motrices verbales, des « voix intérieures ». Deux de nos pensionnaires déclarent avoir l’une des « pensées extra-terrestres », l’autre des « inspirations angéliques », une troisième parle parfois de « communications magnétiques » qui paraissent plutôt des phénomènes de représentation mentale vive. Si l’on admet que les halluci-
nations psychiques ne sont que l’interprétation délirante du langage intérieur, c’est-à-dire « consistent en des pensées dont le malade méconnaît l’origine personnelle et qu’il attribue à une influence extérieure » (Francotte), on s’explique leur existence possible chez nos sujets.
Les hallucinations et les illusions de la vue semblent exceptionnelles, sauf chez les m 3 ^stiques. Nous n’en avons observé qu’un seul exemple ; encore s’agit-il d’une hallucination hypnagogique, antérieure de quelques années à la systématisation du délire, mais qui exerça une influence considérable sur ce dernier. Notre malade, assis dans la soirée auprès de sa table de travail, vit surgir devant lui un fantôme vêtu de blanc. Il fut plus tard convaincu que la Vierge lui était apparue,et l’avait choisi pour sauver la France, d’où les persécutions des Allemands.
Observation IV. — N... William, interné en 1894 à l’âge de quarante ans. — Grand’mère maternelle aliénée, mère nerveuse, morte démente, soeur hystérique. — Irlandais, élevé très religieusement par sa mère. Nommé shériff de comté à vingt-cinq ans, des scènes de violences au cours d’une émeute lui causèrent une vive émotion. Vers cette époque un soir, comme il travaillait à son bureau, une femme très belle, à l’air triste, vêtue de blanc, lui apparut. 11 n’en fut pas effrayé mais en garda un souvenir vivace. Peu de temps après, il refuse d’appliquer une loi qu’il juge inique, et donne sa démission. Craignant la colère du gouvernement, s’imaginant qu’on veut se débarrasser de lui, il se réfugie en France.
Il trouve la France très affaiblie par le désastre de 1870, et, se rappelant sa vision d’il y a cinq ans, il est convaincu que la Vierge l’a chargé de relever ce pays. D’autres indices lui prouvent qu’il est digne de cette mission ; en effet, la reine Victoria est montée sur le trône à dix-huit ans, et quand il est né elle avait juste deux fois dix-huit ans. Il est vrai que d’autres coïncidences analogues sont d’un mauvais pré-
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sage : il est né exactement cinquante ans après la bataille de Trafalgar où Nelson fut tué. Ne périra-t-il pas lui aussi de mort violente ? Son affection pour la France, les services qu’il lui rend, et dont il voit la preuve chaque jour dans les journaux, lui attirent la haine de l’Allemand. Des espions le surveillent qui veulent sa perte ; l’impératrice d’Allemagne, elle-même, vient à Paris. Une dame inconnue lui remet un jour, à Saint-Sulpice, une boîte portant l’étiquette : pilules de sulfate de strychnine et renfermant 50 francs en or ; c’est pour l’engager à se méfier. Il y a un garçon allemand dans son hôtel ; il va se loger ailleurs. A mesure que, grâce à son intervention, la prospérité delà France augmente, la crainte d’être assassiné par un Allemand grandit. 11 ose à peine se montrer dans les rues. Il mange seul dans sa chambre, pour ne pas être empoisonné. Un soir il entend une voiture s’arrêter à sa porte, il croit qu’on vient l’enlever, saute à sa fenêtre criant : « Au voleur, à l’assassin ! » Il est interné.
Depuis lors ses interprétations et son délire continuent à progresser. Au moment des fêtes franco-russes, il appréhende d’être poignardé, car c’est lui le promoteur de l’alliance. Pendant l’Exposition, il est effrayé à la pensée des nombreux étrangers, parmi lesquels peut facilement se cacher son assassin. Une lettre rend compte de son état mental : « Depuis longtemps je suis dans la plus terrible angoisse d’esprit à cause de l’intime certitude que j’ai d’être assassiné, poignardé ou empoisonné, par je ne sais quel terrible moyen. Je n’ai pas de consolation plus grande que d’être un enfant de la sainte Eglise romaine. Je vois très clairement que la très Sainte Vierge m’a choisi et a fait de moi, un instrument (cependant très humble) pour le relèvement de la France, pour la servir et la sauver de sa situation plus grave, périlleuse et précaire à côté de l’Allemagne depuis la guerre de 1870 ; pour exposer les intrigues de l’Allemagne, pour chasser par. ma parole et par ma plume les espions allemands de la France et pour empêcher toute nouvelle invasion... Mon nom restera et vivra dans l’histoire comme un des sauveteurs de la France... »
En 1907, treize ans après son internement, même état mental, mêmes interprétations fausses : quand il entend.
dans le Toisinage, un coup de fusil tiré par uu chasseur, il prétend que c’est sur lui qu’on tire, il dit avoir entendu siffler la balle et la cherche à terre. Dans le jardin il se tient toujours à l’abri d’un arbre. Il remarque que lorsqu’un souverain visite Paris, il se trouve dans un état nerveux extraordinaire. Ne se croyant plus en sûreté en Fronce, il demande à être conduit en Angleterre ; il est insulté par la presse parisienne ; les malades qui l’entourent sont des espions. Les idées de.grandeurs sont aussi actives que les idées de persécution ; il appartient à une des plus grandes familles d’Irlande qui, sous un autre nom, a joué un rôle dans l'histoire de son pays ; toute l’œuvre diplomatique de ces dernières années a été accomplie à son instigation ; il est le promoteur de l’entente franco-anglaise ; il a dirigé le roi Edouard; sans lui la ville de Paris aurait été'ravagée et brûlée, et la France rayée de la carte d’Europe. Lord Kitchener a reçu les millions auxquels lui seul avait droit. 11 est la cause des miracles qui se sont produits en Irlande. 11 est plus que le vice-roi d’Irlande. Le Seigneur lui a communiqué une science surnaturelle.
Les hallucinations — ou plutôt les illusions — du goût et dePodorat sont aussi rares que celles de la vue. On n’observe pas ces troubles de la sensibilité générale, si intenses parfois chez les persécutés hallucinés.
Le rôle des hallucinations dans le délire d’interprétation reste donc souvent nul, quelquefois effacé, toujours passager : c’est bien un symptôme épisodique et secondaire.
Dans certains cas cependant le retentissement du délire sur les centres sensoriels augmente ; les hallucinations (surtout celles de l’ouïe) interviennent d’une façon plus active, bien que généralement intermittente. Enfin des bouffées hallucinatoires éphémères, avec ou sans confusion, peuvent apparaître ; c’est alors une véritable complication. Nous étudierons ces divers cas ultérieurement.
SYMPTOMES DU DÉLIRE d’iNTERPRÉTATION
Terminons ce chapitre par une observation qui, comme la première, en confirme les différentes parties. Le malade, dont les idées de jalousie et de persécution prédominent depuis neuf ans, multiplie les interprétations ; de plus il a présenté au cours de son délire trois de ces épisodes hallucinatoires très passagers que nous venons de signaler.
Observation V. — H..., instituteur, est né en 1860. Peu de renseignements sur l’hérédité : un frère se serait suicidé. Onanisme de douze à vingt ans. De vingt-deux à vingt-sept ans excès sexuels. Peu travailleur, il eût pourtant des succès au séminaire. Sa femme définit ainsi son caractère « inquiet, impressionnable, emporté, n’aimant pas la contradiction, mais bon, généreux, affectueux, sensible à l’excès ». 11 se dit lui-même « très impressionnable et suggestible ».
Vers fâge de trente ans (1890) se manifestent des tendances hypocondriaques : H... passe pour malade imaginaire, neurasthénique. Il se marie à trente-huit ans (1898). Jalousie caractérisée dès le début du mariage : tendance aux interprétations fausses. 11 se plaint du caractère maussade de sa femme, de son orgueil immense, de ses bouderies sans motif. Cette même année il remarque qu’un député, M. R... dont il est l’agent électoral, change d’attitude à son égard. En 1899, même tendance aux interprétations, et scènes conjugales.En 1900, il constate un changement dans les allures de sa femme ; l’ayant parfois rencontrée dans la rue, il suppose qu’elle va voir un amant ; il appuie ses dires sur des détails infimes.
En novembre 1900 sa femme qui, depuis huit mois, allaitait son bébé, est arrêtée dans un grand magasin pour vol à l’étalage. Grâce à l’intervention du député, l’affaire n’eut pas de suite, mais ce fut pour M”® H... l’occasion de faire plus ample connaissance avec ce personnage. Ce dernier plaide les circonstances atténuantes auprès du mari. Il lui déclare qu’il
a donné, pour lui, à H... sa parole d'honneur que le mari pardonnerait et ne demanderait pas le divorce. « Je crus, écrit H..., qu’à partir de ce moment ma femme devait être sacrée à ses yeux. J’ai bien peur de m’être trompé et voici pourquoi. Quelque temps après cette parole donnée pour moi par M. R..., ma femme me dit un jour en déjeunant et cela sans raison : « Comme tu as un beau front. » Venant après son aventure, ce compliment (si c’en était un ) me révolta et je lui dis : « C’est étonnant comme certaines femmes ont une âme de boue. » Cette riposte l'exaspéra. A partir de ce jour, ma femme me chercha sans cesse des motifs de querelle, me traitant presque journellement de fou ; parfois son cynisme ne connaissait plus de bornes, elle me menaçait même de m’empoisonner. »
L’état mental de H... s’aggrava à la suite de la mort de sa mère qui l’affecta profondément, et du surmenage causé par une maladie de son enfant. Il remarque que souvent on lui tourne le dos. Il se prétend victime d’une injustice de son directeur qui a empêché sa promotion à un grade supérieur.
1902. — En janvier, pendant une grippe, il prend par mégarde 60 grammes de Sedlitz que sa femme a fait dissoudre, « à dessein sans doute », dans un seul verre. « Il en résulta une entérite dont je souffre toujours depuis cette époque malgré tous les traitements. Un nouveau médecin (choisi par ma femme) fait tout pour me persuader que ma maladie s’aggrave : « Regardez dans quel état il est » dit-il à ma femme. Au surplus, ajoute H..., je puis au besoin préciser certains faits et établir sans peine le rôle joué par quelques-uns, que je croyais être de mes amis, et qui m’ont peut-être fait plus de mal que des ennemis déclarés (trois instituteurs et d’autres) ». Au cours de cette année, entérite et bronchite, qu’il impute à sa-femme : il prétend qu’on l’a envoyé dans un pays humide exprès pour aggraver son état. Il change de résidence. A peine installé, il fait des scènes à H... qui devient, dit-il, une furie, casse des objets et le soigne mal intentionnellement. 11 la frappe et la met à la porte à huit heures du soir.
Sa femme demande pour lui une situation meilleure au
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député. H... se rend chez ce dernier pour le prier de n’en rien faire, et cependant n’en parle pas : « Pourquoi restai-je muet là-dessus, c’est ce que je ne m’explique pas? » Quelque temps après le député lui paraît plus froid à son égard ; d’accord avec sa femme, il cherche à lui faire prendre des congés pour mieux le tenir plus tard.
En octobre il reprend ses fonctions à l’école. Il est taciturne, défiant. Il raconte qu’un de ses collègues ne lui a pas serré la main, qu’un autre la lui a serrée froidement, que deux autres parlaient avec animation (de lui assurément); quelques-uns enfin riaient dans un coin en le regardant à la dérobée. En vain sa femme lui affirnie qu’il se trompe, rien ne peut le désabuser.
Menacé de tuberculose, il part en novembre pour l’Algérie « où le pousse à aller un de ses ennemis ». Un ami francmaçon lui donne une lettre de recommandation pour un autre franc-maçon habitant Alger, Après un déjeuner chez ce dernier, ayant éprouvé des troubles, intestinaux, ainsi que sa femme et son enfant, il voit là une « coïncidence tout au moins étrange », puis affirme qu’on a voulu les empoisonner tous avec des champignons vénéneux. D’ailleurs la femme de son hôte lui a dit, bien qu’il fut à peine rétabli : « si vous aviez affaire à moi, je vous ferais bien marcher ».
Les idées de jalousie se montrent de nouveau. Il soupçonne un jeune soldat, secrétaire du député, qui, « chose tout à fait bizarre », se trouvait précisément à Alger, et qu’il a lui-même présenté à sa femme, d’être l’amant de celle-ci. Il remarque que l’attitude du jeune homme (d’ailleurs timide) est gênée ; preuve des relations avec sa femme. Celle-ci prend le parti de ne plus adresser la parole au soldat; H... voit dans cette réserve une comédie et une nouvelle preuve qu’ils ont des rendez-vous en ville. Enfin sa femme se lie de plus en plus avec le couple dont il accepta le déjeuner suivi de symptômes d’intoxication, tandis que ce même couple s’éloigne de lui. Impatientée, M*"® H... lui dit un jour, faisant allusion au divorce : « Tu me ferais faire des choses que je ne voudrais pas. » H... prend cette phrase pour un aveu de l’adultère. Il remarque, lorsque sa femme veut sortir, la façon dont elle fait sa toilette, dont elle s’habille ; il s’oc- Sébieüx. 5
cupe de son linge, et si elle rentre avec une épingle déplacée ou une agrafe défaite, ou les yeux cernés, c’en est assez pour confirmer ses soupçons. Plus tard il suppose qu’on donne des rendez-vous à H... dans le but de l’affilier à la franc-maçonnerie afin que, cette société préconisant, ditil, l'union libre, sa femme n'ait aucun scrupule de le tromper. Un jour le secrétaire du député se permet de lui donner un conseil dans une lettre. « Tu vois donc ce garçon à mon insu», dit-il à sa lernme; àpartirde ce Jour le jeune homme cessa de lui écrire.
1903. — H... rentre en France en avril. A peine de retour les troubles intestinaux se reproduisent « provoqués sans doute par sa femme ». Il rend visite au député qui l'accueille’ froidement et « le lendemain sa femme lui fait les cornes ». Elle s’entretient longuement avec le médecin, cherchant déjà sans doute à le faire passer pour fou. En juillet, H... s'installe près ,de Toulouse. Mêmes préoccupations de persécution et de jalousie. Sujet à de la somnolence après les repas, il croit que sa femme lui donne un narcotique afin d’être libre une fois qu’il serait assoupi, « C’est à cette époque, écrit H..., que ma femme commença à mettre ses menaces à exécution, en essayant de me rendre fou, comme elle me l’avait souvent dit. Le 12 août, comme je me disposais à aller dans mon pays avec mon frère, ma femme fqui me faisait depuis plusieurs jours des scènes effroyables) me traite d’hypocrite et finalement me proposa « la paix ou la guerre ». Je lui dis de choisir. (H... attache à ce propos une importance capitale). Elle me répondit qu’elle verrait, écrivit rageusement une lettre •— à qui ? au député sans doute — et m’offrit alors une tasse de lait que j’eus tort d’accepter, car c’est de ce moment que datent mes plus grands malheurs. Qu’y avait-il dans ce lait ? Je l’ignore, mais ce que je sais c’est que, pendant trois jours je fus comme abruti... » 11 va à Toulouse et pendant la nuit, regardant par la fenêtre, il aperçoit deux sergents de ville assis en face de la porte de son hôtel qu’ils avaient l’air de surveiller, sans doute sur l’ordre de sa femme ou du député; croyant que II... veut se venger de lui, il quitte l’Jiôtel à deux heures du matin ; aussitôt les agents s’en vont. De retour à la maison.
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H... reproche à sa femme qui, pour ne pas rester seule, avait demandé l’hospitalité à une amie, pei’sonne respectable et âgée, de « faire la vie » avec cette dame ; il lui demande, d’un air égaré et soupçonneux, des explications. « Le lendemain, sans pouvoir m’expliquer pourquoi, je dis à ma femme : « tu es franche-maçonne ». Ge qui me le faisait supposer, c’est qu’à notre retour d’Alger, étant allé voir X..., femme d’un de nos amis (ou que je croyais tel), un franc-maçon, cette dame, avec qui auparavant elle sympathisait fort peu, la reçut à bras ouverts (comme une sœur)... Depuis cette époque quelques francs-maçons avérés m’en ont fait entendre de dures, cependant que j’étais moi-même comme privé de volonté, entendant tout sans pouvoir répondre. Du reste ma femme me dit quelque temps après un jour que je l’appelais encore franche-maçonne : « Ne touche pas à la franc-maçonnerie, tu sais bien que cela a failli te rendre fou déjà ! »•
Après cette discussion, les époux se réconcilient et échangent différents serments. « Pourquoi ai-je fait ces serments, écrit H... ? Je n’en sais rien ! Après déjeuner le même sommeil inexplicable s’empara de moi et je montai me coucher laissant ma femme et un ami seuls. A. mon réveil j’avais les yeux d’une grande fixité, comme révulsés et je laissai partir mon ami sans avoir pu lui adresser la parole. Alors ma femme m’affola tellement avec certaines insinuations que je crus que mon frère, pour éviter de mauvaises affaires, avait commis quelque sottise. A partir de ce jour je ne pus aller dehors sans entendre dire par certaines personnes : « Voilà le plus grand cocu de la terre ! » ou bien : cc Voilà notre maître à tous ! » Dans les tramways, d’aucuns me marchaient sur les pieds sans s’excuser, ajoutant môme parfois : « Il n’y a rien à faire ». J’avais tellement conscience qu’on me cherchait quelque mauvaise querelle pour me faire enfermer comme fou que je supportais tout en effet sans rien dire ».
Peu de temps après, H... part pour Toulouse afin de déposer une plainte en empoisonnement contre sa femme ; mais aussitôt qu’il veut entrer quelque part il aperçoit des personnes suspectes, des individus qui avaient déjà « voulu
l’esbrouffer » ; il erre plusieurs heures dans les rues et finit par échouer dans un bureau d’octroi où il demande protection contre les ennemis qui le.poursuivent. A ce moment il semble bien qu’il se soit produit un épisode aigu hallucinatoire, car le lendemain, en présence de ses belles-sœurs, il ne les reconnaît pas et les prend pour des personnes que sa femme a introduites chez elle pour se livrer à des orgies. Il entend des voix qui le narguent^ entre autres celle de son frère (pour luh l’amant de sa femme). Quelques jours après, voyant de loin arriver son frère, il prend un rasoir et tourne autour de H... qui, effrayée, lui demande ce qu’il veut. « C’est pour te couper la tête, dit-il, tu me trompes avec mon frère ! » A table, on sert un canard farci, c’est une allusion de sa femme à sa conduite : il refuse d’en manger et parle de fuir sans retard une maison maudite.
Fin août, après une courte accalmie due à un changement de milieu, les interprétations se reproduisent de nouveau sans intervention d’hallucinations. H... reproche à sa femme ce qu’elle et d’autres lui ont fait ; il précise que toutes ces persécutions datent seulement de l’époque où elle lui a dit de « choisir la paix ou la guerre ». Il la conduit au cimétière, et, sur la tombe de ses parents, lui fait jurer qu’elle ne l’a jamais trompé et qu’elle n’est pas affdiée à la franc-maçonnerie. Ce serment le tranquillise, momentanément; mais un matin, ayant rencontré une personne tenant un journal qui donnait le portrait du roi et de la reine d’Italie, il s’imagine que c’est le portrait de M”® H... et de son amant et qu’on veut le bafouer ; il revient furieux à la maison : « C’est honteux, dit-il à sa femme, de te livrer publiquement à la débauche dans ton pays natal tu n’es pas digne de porter mon nom. » M”® H... proteste. Il sort, court chez tous les marchands de journaux afin d’acheter le numéro en question. N’en trouvant pas, il prétend qu’on n’en a tiré qu’un petit nombre d’exemplaires qui ont été rapidement enlevés.
Bientôt de nouvelles interprétations se produisent : une étiquette portant le nom d’une gare voisine est pour lui matière à réflexion : il voit dans ce nom une allusion. Les saltimbanques qui jouent du tambour devant sa maison, les
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marchands qui crient sous ses fenêtres, les enfants qui font des rondes en chantant, les gamins qui se querellent, les épouvantails placés dans les vignes, il interprète tout dans un sens délirant.
Il refuse avec obstination la proposition que lui fait sa femme d’aller à une chapelle d,’où l’on a une vue renommée, et cela parce que la chapelle est dédiée à'saint Joseph. Il s’indigne quand un ami lui demande s’il y a beaucoup de poisson dans la rivière ; c’est une allusion, on veut le faire passer pour souteneur. Il rend visite avec sa femme à un haut personnage politique pour solliciter une faveur et revient convaincu que H... n’a suggéré cette visite que pour s’offrir elle-même.
De retour à Paris en octobre, il entend ses collègues parler de femmes, de maris trompés : ^ autant d’allusions. Les hommes qui viennent chez lui sont tous les amants de sa femme ; lorsque celle-ci reste quelques minutes à la fenêtre, il l’accuse de raccrocher les passants.
Prenant en dégoût sa profession, il cherche une autre situation. Sa femme l'engage à se faire appuyer par le député « qui n’a rien à lui refuser ». C’est pour lui la preuve que le député est son amant. «Quelques jours après, les insinuations recommencent de plus belle à l’institution et au dehors. La concierge dit ; « Il n’en fera jamais d’autres ! » Un collègue parle devant moi d’un instituteur qui, s'étant entendu avec sa femme pour surprendre au bon moment l’inspecteur dont elle était la maîtresse, fit signer à celui-ci un papier qu’il ne lui rendit qu’après avoir eu un bel avancement ; l’autre (je dirai les noms au besoin) venait me dire : « Regarde un tel, il a sorti sa boîte à cornes. » Un troisième disait tout à coup sans raison ; « La vérité est en marche. » L’homme de service lui-même, quand je passais, disait aux mères qui attendaient dans le vestibule de l’école : « C’est celui-là ! » ou encore : « Lagardère! » (Il disait sans doute ; Lagardère ! parce que j'avais dit la veille à ma femme dans un moment de colère que, si j’étais sûr de la chose, un régiment ne m’empêcherait pas d’aller trouver M. Loubet luimême !) Jusqu’à certaines mères de mes élèves qui venaient me demander si je n’aurais pas bientôt une petite fille et me
riaient ensuite au nez! Bref j’en entendis tellement que j’endurais le martyre. C’était à devenir fou réellement. Si je ne voulais plus aller chez le député, c’était plus fort que moi, j’y allais tout de même. Je finis par retomber malade et cela d’une façon étrange, car ce fut après avoir bu une tasse de thé chez un collègue, franc-maçon lui aussi. Un jour ce collègue dit à ma femme, moi présent : « Il y a de beaux produits sur les bords de l’Ariège. » L’Ariège passe dans mon pays natal ; or, comme déjà on me traitait presque de maquereau, je le pris forcément pour moi. Un autre jour, la femme de cet instituteur, parlant de la représentation de Falstaff, répondit ironiquement à mes demandes réitérées au sujet du rôle de Falstaff ; « Il joue le rôle de cocu ! » (ce qui est faux d'ailleurs), et ma femme se mit à ricaner. »
1904. — En janvier, colite pseudo-membraneuse à la suite de deux purgations dont la seconde fut ordonnée par le « fameux » D’’ L... (qu’il croit complice de sa femme). H... passe les premiers mois de l’année à la maison, ruminant ses idées délirantes, voyant des ennemis dans tous ceux qui l’approchent, pensant au suicide. « J’ignore, écrit-il, ce que pouvait bien me faire prendre ma femme, mais chose bizarre, je lui racontai peu à peu ma vie entière, comme j’aurais pu le faire à un confesseur. »
En avril, il rencontre un ancien secrétaire du député qui l’engage à envoyer chez ce dernier H... ajoutant que là où le mari avait échoué, la femme pouvait réussir. « Pendant plus d’une heure cet individu reste à m'abrutir sans que je trouve le moyen de protester. » Il ne comprend plus rien à toutes ces machinations. D’ailleurs sa femme l'avait bien prévenu : « Tu auras beau faire tu n’y comprendras jamais rien. » Et c est vrai, car à partir de ce jour on ne cessa de « l’ahurir ».
En mai, nouvel épisode aigu à l’occasion duquel il est interné. Le 'P*- mai il devient sombre, pleure. Un jour, recevant à déjeuner quelques parents, on l’engage à se soigner Il se lève brusquement, congédie ses invités, criant qu’il ne tolérait pas qu’on l’insultât chez lui. Le lendemain il est agité, chante à tue-tête, déclame des vers en gesticu-
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lant; quelques heures après il se dit Jésus-Christ, ne cesse de parler de Dieu, prend sa femme pour la Vierge. Le troisiènie jour il a des hallucinations actives, entre en fureur, brise les meubles et la vaisselle et arbore des drapeaux aux fenêtres ; il se barricade dans sa chambre et menace tous ceux qui cherchent à entrer. Par un subterfuge on réussit à le faire sortir, mais dans la rue il recommence ses extravagances. Des agents interviennent et le conduisent au Dépôt (premier internement, 12 mai 1904). A Sainte-Anne il est encore en pleine crise : il se croit le premier de la course organisée par le Matin et soupçonne le médecin de vouloir lui faire perdre son rang. (Pas d’albumine dans les urines).
A son arrivée à Ville-Evrard (2o mai) le malade est lucide. L’épisode hallucinatoire a duré une douzaine de jours. Maintenant le délire à base d’interprétations persiste seul. Il n’y a pas d’affaiblissement intellectuel ; l’attention est normale, la mémoire excellente. Nulle désorientation. Pas d’hallucinations. Les écrits sont corrects. H... déclare qu’il ne veut pas rechercher les causes de sa crise soudaine, parce que sa femme lui a promis de le faire sortir. Lésions tuberculeuses du poumon, entéro-colite, psoriasis.
H... s’étonne d’avoir, avant l’éclosion de son accès hallucinatoire passager, traversé une phase de dépression ; il suppose que sa femme lui a donné des stupéfiants. Il raconte les interprétations exposées plus haut, de l’exactitude desquelles il reste convaincu. Une dame, qu’il suppose franc-maçonne, a dit un jour en montrant des noyaux de datte qui avaient germé : « cela rappelle la datte » ; elle voulait , faire allusion à la date de l’affiliation de sa femme à la francmaçonnerie. Le 3 juin il écrit à son frère ; « Cette crise est survenue bien rapidement et elle est repartie bien vite pour qu’elle ne me paraisse pas suspecte. » Il reste convaincu que sa femme veut le rendre fou. Il revient sur les allusions passées. Une dame a dit devant lui qu’elle se ferait opérer de la cataracte : c’était pour lui faire comprendre qu’il était un mari peu clairvoyant. Un jour, en 1903, sa femme parut très surprise en le voyant entrer dans la cuisine : préparait-elle quelque mets empoisonné ? Une autre fois remarquant deux cc creux » dans le lit de son frère, il suppose que
sa femme y a passé la nuit. « Promène-toi longtemps » lui disait-elle dans le but de l’éloigner. Un docteur lui déclare :
« il faut changer d’air », allusion au rôle de mari complaisant qu’on lui prête. M*"" II... lui dit : k il faudrait aller aux eaux » c’est pour qu’il lui laisse mener une existence dévergondée. Les pertes de sang de sa femme en dehors des époques lui paraissent suspectes ; elle a les organes génitaux modifiés : aurait-elle des relations homosexuelles? Il y a deux ans, raconte-t-il, un médecin cherche à l'afioler d’accord avec sa femme : ils lui parlent tous deux en même temps. Un collègue lui a dit : « Il faut réagir. » (c’est -àdire faire contre mauvaise fortune bon cœur). C’est ce dernier collègue qui, à l’institution, donnait le mot d’ordre pour qu’on « l’asticote » de façon à l’obliger à quitter l’enseignement et à se séparer de H... (qui deviendrait ainsi libre dans ses relations avec le député). Le mot d’ordre est aussi donné à son concierge : lettres et journaux disparaissent.
La veille de son accès délirant, sa femme a disposé la table et une chaise d’une façon spéciale, comme pour se défendre d’une agression : donc elle prévoyait cette crise. ^1“*= H... est affiliée à la franc-maçonnerie : en effet elle lève le doigt quand des bicyclistes passent, elle relève sa jupe d’une façon toute particulière, elle décrit des cercles avec ses doigts, etc. Il a remarqué aussi son allure singulière lorsqu’elle recevait le Matin ; elle se jetait sur le journal, le lisait la première, sans doute afin de pouvoir le déchirer en cas de nécessité. Un jour elle lui dit qu’il avait des « papillons »; .le lendemain, il entend des enfants chanter une romance où il était question de « papillons parfumés ». Etrange ! Le concierge de l’institution lui a dit : « avant ce n’était rien », voulant insinuer que lui en avait par¬
dessus la tête ».
Le 21 juin H... n’avoue plus aucune idée délirante ; jugeant ses aveux imprudents, il cherche à dissimuler. Peut-être, essaye-t-il de lutter contre ses idées erronées : « mes suppositions, basées sur des apparences, dit-il, étaient fausses, car ma femme me l’a juré sur la tête de son enfant; je ne puis croire qu’elle mente. » Mais avec cette dernière il est
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moins réticent : il lui rappelle,certains détails, certaines preuves d’adultère. Le 26 juin il lui demande s’il n’a pas été accusé d’un crime, si ce n’est pas lui dont on a parlé dans un roman du Matin ; il lui fait jurer qu’elle ne lui a pas donné de poison. Dans un feuilleton du même journal il est question d’une femme mariée qui a un amant : c’est l’histoire de sa femme. Les infirmiers disent entre eux qu’il est un mar complaisant. Certains lui font des misères : quel intérêt y ont-ils? Mystère... Le L'' juillet ayant mangé du fromage apporté parM“® H..., il se trouve indisposé : « qu’y avait-elle mis ? » Un pensionnaire lui fait les cornes ; un surveillant et des malades cherchent à l’exciter en jouant aux cartes.
Le 29 juillet H... sort de la maison de santé, sur la demande de H..., amélioré, en apparence du moins.
« Quand j’eus quitté Ville-Evrard, écrit H..., l’entente entre ma femme et moi ne dura pas longtemps... nous résolûmes d’aller dans mon pays... Les menaces qu’elles m’avait faites avant notre départ ne tardèrent pas à se réaliser et les excitations recommencèrent. Donc quand je passais, l’un disait (je pourrai préciser les noms) : « On va le rendre fou ! » A quoi un autre répondait : « on n’a pas encore commencé ». Ou bien on disait : « Dreyfus ! » Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’en 1895, dans une discussion, quelqu’un m’avait déjà appelé Dreyfus. Si je parlais religion avec quelqu’un, on disait ; « il prêche encore ! » faisant ainsi allusion à des paroles de l’Evangile que j’avais citées aux agents qui me conduisaient au Dépôt. Quelqu’un se campa même un jour à quelques mètres de moi et me dévisagea pendant plusieurs minutes .sans m’adresser la parole. Une autre fois un homme me regarda en face en disant : « Il aurait mieux fait de rester où il était celui-là ! » On cherche à insinuer que ma femme a des amants; on dit : « vous aurez alors un poste double. » Le fils M... m’a dit un jour : « c’est fragile, n’y touchez pas ! » (à la franc-maçonnerie) ; d’autres fois ; (f nous allons tous sauter aujourd’hui »... « vous ne vous rappelez donc pas ce que vous avez fait ? » Un camarade d’enfance me dit : cc tu aurais mieux fait de te faire curé ! » Je suis allé en effet au séminaire, mais pourquoi ces insinuations? On
me disait également : « N’est-ce pas M. II... ; il n’y a pas de voleurs àX...?» (ma ville natale). Une autre fois, un marchand me dit sans raison plausible : « Si votre frère vous appelait voleur ? » Un jour, une dame se met à rire et dit à une petite fille qui courait : k Quand on n’a pas de tête, il faut avoir des jambes. » D'autres personnes (dont il cite les noms) lui ont tenu les bizarres propos suivants ; « C’est aujourd’hui qu’on va l’arrêter » ; « il faut le faire marcher » ; « ces deux sont de la même famille » (en montrant des champignons). Que signifiait tout cela ? Une marchande lui dit : « J’ai beau regarder au plafond, je ne vois pas d'araignée. » Allusion transparente. « L’oncle de cette marchande, camarade de mon frère aîné (mort d une façon bizarre), provoqua mes confidences, puis il se mita crier : « Allons! vous vous faites des idées! vous feriez mieux de vous mettre bien avec votre dame ! Etonné de cette sortie, je lui dis : « Ah 1 vous aussi vous êtes de la police ou de la franc-maçonnerie. >> Celui-là aurait bien voulu me voir une araignée au plafond. Quelques jours après, ce même individu dit, moqueur, en ayant l’air de s’adresser à un petit enfant au moment où je passais, « tu es bien coiffé ! » Une autre fois, une dame disait en me regardant : « il faut le faire marcher ! »
« Enfin la scie finit par devenir trop méchante, car on disait : cc C’est aujourd’hui qu’on l’arrête? » ou bien : « Nous allons chercher les gendarmes ! » Ce sont sans cesse des insinuations tendant à me faire croire que ma femme me trompe. Quelqu’un m’a même dit que c’était elle qui excitait ses amants à me faire subir toutes ces avanies. Pourquoi maintenant, changeant de système, se gratte-t-on énergiquement le front ou la tête quand je passe, ou bien se mouchet-on bruyamment à différentes reprises, ou affecte-t-on de cracher de la façon la.plus dégoûtante?... Sans doute pour faire comprendre que je porte des cornes, que je suis un malpropre personnage vivant de l’inconduite de ma femme. J’ai en outre été de nouveau, tantôt comme hébété, tantôt plus ou moins excité ; et cet hébètement et cette excitation n’ont cessé que du jour où je me suis séparé de ma femme. Pourquoi mon frère cherche-t-il toujours à contrecarrer tous mes projets ? Quel est son rôle en ceci comme en tout le
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reste? Ou cherche continuellement à m’exciter de toutes les façons. Ma femme m’insulte pour me pousser à bout sans doute. Un jour on jeta un champignon à mes pieds, simple hasard, sans doute ! »
Un médecin constate qu’en novembre et décembre H... paraît dangereux pour son entourage. « Il accuse formellement sa femme de lui avoir à plusieurs reprises administré des poisons (mercure ou antimoine), pour obéir aux ordres des francs-maçons et pour devenir, après sa mort, la femme d’un député dont elle serait déjà la maîtresse. M®'’ H... vit donc dans des transes continuelles. Il m’a également manifesté de vifs sentiments de haine avec désirs de vengeance à l’égard de diverses personnes qu’il accuse d’être affdiées à la franc-maçonnerie ou d’être les amants de sa femme. »
H... convaincu, en décembre 1904, que sa femme veut le faire interner de nouveau porte plainte au procureur de la République, au maire, au brigadier de gendarmerie. Les querelles de ménage se répètent sans répit « provoquées, dit-il, par sa femme qui, froidement, cherche à le mettre hors de lui. Les ennuis, les allusions, les coïncidences (si coïncidences il y a) se multiplient. On se gratte les parties sexuelles sur mon passage, on chante : « pauvre fou! » H... s’adresse au maire pour qu’il fasse cesser ces nouvelles « excitations » ; dans la salle d’attente de la mairie on le bafoue. « Quelque temps après on finit par metti’e un bougeoir devant ma porte. Un ami me dit : « Vous ne saurez jamais rien ». Il savait donc quelque chose lui ! »
1905. — En mai H... adresse de nouveau au procureur de la République une plainte en empoisonnement contre sa femme et contre inconnu. Il en envoie le double au Matin, espérant intéresser la presse et l’opinion publique. La vie commune devenant impossible, H..., frappée par son mari, quitte le domicile conjugal avec l’enfant, mais revient au'bout d’un mois. H... lui fait alors signer l’engagement suivant : « Je soussignée m’engage sur l’honneur à ne jamais faire examiner mon mari au point de vue mental, ni à provoquer son internement d’aucune manière que ce soit... » Le 1.6 octobre il poursuit de ses réclamations menaçantes son médecin qui se voit obligé, pour le calmer, de
LRS FOLIES RAISONNANTES
lui signer un certificat constatant qu’il ne présente aucun trouble mental. A cette époque survient une bouffée très passagère de grandeur : H... se prend un instant pour Dieu.
En novembre et décembre, interprétations continuelles, voies de fait contre sa femme, plaintes au procureur, craintes d’empoisonnement. Il ne boit que du lait; l'achète et le fait bouillir lui-même, le tient sous clé. Il croit que ses plaintes au parquet restent sans résultat parce que sa femme appartient à la franc-maçonnerie et à la police secrète qui la protègent.
1906. — Fin janvier, nouvel épisode aigu. H... part pour Paris, va demander au député sa parole qu’il n’a jamais eu de relations avec H... Le soir il a des idée bizarres, se prend pour le chef de la police et peut-être pour Dieu, commet diverses extravagances qui provoquent, le 3 février, son admission à l’Infirmerie spéciale où le D"" de Clérambault rédige le certificat suivant : « Dégénérescence mentale. Délire de persécution. Interprétations actives, illusions de l’ouïe, peut-être hallucinations auditives. Des hommes le suivent, crachent sur son passage, etc... On a dit : a Nous le rendrons fou; cela n’a pas encore commencé. » L’expression courante est que sa femme joue bien au billard (pour signifier qu’elle le trompe) ; celle-ci a voulu l’empoisonner. Ses amis et même des inconnus font des allusions incessantes... Tendance accusée aux fausses reconnaissances. »
Transféré le 11 février à l’asile de Ville-Evrard et trois semaines après à la maison de santé, il est lucide et non halluciné. II déclare qu’il ne sait pas si sa femme appartient à la franc-maçonnerie, aux jésuites ou à la police. Peut-être est-elle affiliée à la Compagnie de Jésus, puisqu’elle exige des fraudes conjugales, lui disant quelle prend le péché sur elle : or une maxime des jésuites {perinde ac cadaver) indique que les chefs prennent sur eux la responsabilité de tout. D’autre part, il se demande si les francs-maçons ne lui en veulent pas de son abstention, car il se souvient qu’un franc-maçon a dit autrefois de lui : « Comme il est nerveux >1 ; « cela voulait dire que j’avais en moi l’étoffe d’un maçon ». Il insiste sur des allusions et des fait signi-
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ficatifs. « Déjà il y a trois ans on a acheté à mon enfant une toupie et des chevaux de bois ; c’était dire qu’on me ferait tourner comme une toupie, etc... Actuellement je me creuse la cervelle pour savoir si on m’accuse d’avoir lancé une bombe, commis un assassinat ou des faux... Enfin je n’y comprends absolument rien... Mon frère, qui est mort il y a un an, a-t-il été victime d’un assassinat ? Sa mort est restée mystérieuse... T.e roman du Matin fourmille d’allusions, toute ma vie y est racontée... On me faisait entendre bien des choses : un individu chantait ; « Vogue ou chavire » pour me faire comprendre que si je ne marchais pas droit, je sombrerais. » — H... reprend les interprétations des gestes et de ses troubles physiques. Ici les pensionnaires jouent fort bien la comédie : ce sont des policiers chargés de l’étudier; l’un laisse tomber des cartes exprès, l’autre, qui bêche le jardin, n’est qu’un « mouton » chargé de le « bêcher » lui, H... On lui donne des drogues pour le faire parler. — Il fait des interprétations rétrospectives : il se demande si c’est pour des timbres qu’on lui a fait garder comme malgré lui il y a vingt-quatre ans, qu’on pourra l’embêter toute sa vie; ou bien si cette histoire de vol dans un grand magasin cache quelque chose. Il suppose que vingt-six ans auparavant on lui a fait perdre la place qu’il occupait dans une usine; son successeur a d’ailleurs été égalemeni remercié. Quelque temps après on a réussi à lui faire commettre un petit larcin (pâte de jujube). Puis viennent des histoires « étranges » de pièces fausses, de billets de complaisance, de bottines dérobées par un tiers, événements réels qui servent de point de départ à mille suppositions.
En juillet. H... reste toujours aussi délirant, quoique très lucide et non halluciné. Depuis six ans, dit-il, on le fait tourner en bourrique. Sur un pot de lait il a vu une étiquette portant la mention : La Générale, et il se demande si sa femme n’est pas en rapport avec le général des jésuites. En 1903, un médecin l’a blessé volontairement en le sondant ; ce. doit être un franc-maçon. Un de ses collègues l’a embrassé sur la bouche^ : encore un franc-maçon. D’après certaines allusions (un infirmier a parlé de bombes glacées) ne serait-
LES POLIES RAISONNANTES
il pas un nouveau Lesurques, un lanceur de bombes. Ici on cherche à le paralyser ; parfois sa parole est embarrassée.
Il trouve bizarre de s’endormir comme une souche après le déjeuner : on lui donne des drogues pour le rendre idiot. Pourquoi dans un square était-il poussé à suivre la tondeuse qu’on manœuvrait ? Pourquoi à son premier internement, quand les infirmiers passaient, se penchait-il comme pour les suivre? Une dame a déployé un jour, devant lui, un éventail de métal ; y a-t-il eu une influence magnétique? Pourquoi ses collègues de l’institution frappaient-ils le sol de leur canne? Pourquoi F... portait-il sa canne sur l’épaule, , sinon pour dire : « il faut que ça marche. » Pourquoi sa femme, son frère et lui-même regardaient-ils en l'air? sans doute pour signifier qu'il n'y voyait pas clair. Un jour au restaurant, son frère lui a dit : « Prends-tu du poisson doré? » G-’était pour lui dire qu'il était un maquereau. Et son frère continuait ; « ÎNIange un peu plus de blanc de poulet... aimes-tu \a.morile? » 11 insistait en parlant de \a.peau du poulet (la peau, sa femme); en lui offrant du gruyère (grue d’hier, voulait-il dire), et du riz (on se rit de toi).. Sa femme achète une côtelette d’agneau : encore une allusion, il est un agneau. A l'école on apprenait à son fils la fable àu Faux malade (allusion transparente); on disait : « on va faire la guerre aux limaces » (aux paresseux).
H... se pose ainsi sans cesse des questions quil n’arrive pas à résoudre, bien que, dit-il, « il envisage toutes les hypothèses possibles et imaginables ». Malgré ce délire d’interrogations, de suppositions, il reste calme, docile, poli, d’une humeur normale; il écrit d’une façon très correcte, la mémoire est excellente. Il proteste contre son internement, demande la lumière et adresse de nombreuses requêtes aux autorités.
En août ses protestations continuent : « Il faut qu’il ait la tête solide pour ne pas devenir fou. » Certains pensionnaires lui disent volontairement, sciemment ou par ordre, des paroles déplacées. H se demande si l’incident du vofdans le grand magasin n’a pas été inventé de toutes pièces par le député.(qu’il croit toujours l’amant de sa femme) pour lui lier les mains ; puis on a machiné son internement.
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En novembre « les insinuations se multiplient du matin au soir ». Il écrit au Matin : ce Déclaré fou par ordre, je suis actuellement interné dans une de ces maisons si bien nommées « Bastilles modernes ». Il expose le détail de son affaire et conclut en demandant que « s’il lui arrivait malheur (il faut tout prévoir dans ces maisons), le journal entreprenne une campagne acharnée contre cette abominable loi de 1838, qui sert à couvrir tant de crimes. »
En décembre, H... reçoit la visite d’un inspecteur envoyé par le ministre. Il remarque qu’il était dans un état d’énervement : « c’est une coïncidence voulue ; je suis toujours plusénervé quand je reçois une visite motivée par mes récla^ mations ». Un pensionnaire est envoyé exprès dans son pavillon pour agacer les gens ; un autre, un faux-malade, lui dit qu’il y voit trop clair. On lui met des draps trop rudes. Le surveillant parle de « corne » au billard, faisant allusion à son affaire ; on lui parle d’un « voyage à la Nouvelle-Calédonie ». Sous nos yeux même. H... interprète d’un ton agressif chaque geste et chaque mot du surveillant. Un infirmier se passe la main sur le cou, est-ce pour insinuer qu’il sera guillotiné De quoi l’accuse-t-on? Que cette comédie finisse ! Il est décidé à s’adresser à la Ligue des droits de Vhomme. Il s’inquiète des troubles qu’il ressent : « Est-ce la suggestion, le magnétisme, des drogues ? Que se passe-til à la cuisine ?» ,
190T. — Dans les trois premiers mois, les interprétations de faits actuels ou passés se multiplient. H... raconte qu’avant son mariage sa femme a séjourné en Russie ; elle a dû y faire de l’espionnage ou accomplir une mission pour le compte de la franc-maçonnerie. En 1898, se promenant avec sa fiancée, il rencontra deux hommes, l’un dit ; « Elle ne sera pas pour toi. » Revenant sur le larcin de timbres de 1881, il suppose qu’il était magnétisé ; il l’était aussi pendant les quelques jours qui ont précédé son second internement. Le 16 janvier, examiné par des médecins experts, il manifeste des idées de persécution actives (le médecin de l’établissement l’intoxique, etc.). 11 se demande si les experts sont bien des médecins ; l’un d’eux s’est absenté un instant : n’a-t-il pas été faire une perquisition dans sa chambre. Le
procureur est aussi très suspect; pourquoi a-t-il été déplacé « comme par hasard » ? On excite les malades contre lui ; l’un d’eux obtient sa sortie ; c’est qu’il a terminé la tâche qu’on lui avait confiée. « N’a-t-on pas substitué quelqu’un à moi à Sainte-Anne, un fou qui a été interrogé à ma place? Ici même comment se fait-il qu’on ait pu introduire une demande en divorce contre un pensionnaire ? (le fait est exact) ; n’y a-t-il pas substitution et ne présente-t-on pas M. X... à ma place pour mon divorce? » La suggestion peut expliquer bien des choses et par exemple le fait suivant : « Un jour, je pensais au maréchal Biron, un traître. Or, précisément, mon frère arrive. C’était assez bizarre. Le château de Biron est dans mon pays ; or, chaque fois que je voyais ce château, je pensais à mon frère ! Maintenant, ie crois que mon frère m’a trahi. » Fin janvier, il accuse avec véhémence le médecin d’avoir brisé sa carrière et abîmé son existence, de le suggestionner, de vouloir le rendre fou. Il voit des Juifs partout ; le procureur, l’interne. Les cc pseudo-malades » le taquinent. Un infirmier a un frère gérant d’un café que fréquente le député. Pourquoi lui a-t-il demandé, à lui H... des leçons de grammaire? « Sans doute pour voir où j’en étais. » Il y a un an, il a fait, lui instituteur, une faute d’orthographe; on l’avait évidemment suggestionné. Mille détails insignifiants servent de points de départ à des interprétations. Il voit dans le Matin les portraits de deux célébrités qu’il prend pour ceux d’un député et d’un instituteur : « Pourquoi, s’écrie-t-il, a-t-on mis ces portraits^ avec des faux noms ? C’est une preuve de la puissance du député et de sa canaillerie. » Un journal publie le portrait d’uii des experts qui l’ont examiné. «Pourquoi ce portrait du D" Pi... quelques jours après que je l’ai vu ici ? » On l’hypnotise ; pourquoi, par éxemple, regarde-t-il malgré lui les lampes électriques ?
En mai, après un mois de calme relatif, il est de nouveau persécuté, se croit visé par les propos des malades, regrette de n’avoir pas « fait son affaire à sa femme et au député ». Son état ne se modifie pas en juin et en août : il croit toujours qu’on parle de lui. En septembre, menaces au procureur et au médecin. Disputes quotidiennes avec les pension-
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naires qui tous manœuvrent contre lui, tournent autour de lui sur l’ordre du médecin : l’un est un jésuite, l’autre un faux malade; ils font des grimaces, ainsi que les infirmiers, dans le but de le rendre fou. Jadis un médecin lui a touché la langue après avoir examiné une petite fille ; plus tard il lui a offert un cigare après en avoir longtemps pétri le bout entré ses doigts : n’est-il pas atteint de syphilis ou de paralysie générale ?
En octobre le médecin cherche à lui faire croire qu’il a des (( voix » : on crie dans le couloir : M. X !... On a employé le même truc di\iMalin; une bonne est sortie tout d’un coup d’un corridor en criant ; le Matin! On recommence des insinuations à propos de prétendus vols. Quel est donc ce secret? qu’on s’explique ! On lui a dit qu’il avait l’attitude d’un coupable, on parle de cambriolages, de faux. Un de ses amis lui a dit : « J’entre ici comme un cambrioleur. » « J’ai fait un faux pour vous, » dit un concierge. Le surveillant touche à la pendule : « Est-ce une allusion à ce vol de pendules qu'aurait commis un individu que je connaissais et dans lequel je ne suis pour rien ? » L’histoire du vol de timbres le préoccupe de nouveau ; « Je n’y comprends rien, sinon que cela cache tout autre chose. C’est une machination arrangée à l’aide de ma femme qui appartient sans doute à la police... Est-ce un complot policier organisé par mon frère qui était de la police, je crois ?... »
1908. — Pendant tout le cours de l’année il présente le même délire à base d’interprétations, fausses. Il est transféré dans un asile de province en octobre. Avant son départ il renouvelle les mêmes interprétations : « J’en ai assez de tous vos bateaux ; de toutes vos histoires de poisson ; qu’avez-vous à me narguer? » La lecture d’un article sur l’atropine le convainc que c’est à ce poison que sont dus les troubles de son premier internement.
La maladie dure depuis neuf ans environ et, pendant ses deux internements qui ont duré le premier deux mois et le second près de trois ans, nous n’avons observé, malgré des examens minutieux, ni affaiblissement intellectuel, ni hallucinations.
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