SERVICE DE GARDE ET PRESCRIPTIONS MEDICALES. ALIMENTATION ARTIFICIELLE
Ne mentionnons qu’en passant, en ce qui concerne l'administration de certaines médications, l'obligation pour interne de les appliquer lui-même : on comprend trop aisément le danger de laisser entre les mains des infirmiers l'usage d’hypnotiques, tels que lhyoscine par exemple, dont ils auraient tendance à abuser: en évitera de même de laisser à leurs soins les injections de morphine : outre qu'ils peuvent céder trop facilement aux demandes réitérées d’un morphinomane en traitement, 1l arrive trop souvent aussi qu'eux-mêmes succombent à la tentation de se morphiniser.
Nous nous étendrons davantage sur l'alimentation artificielle et eiterons ir extlenso l'article suivant de
notre maître M. le docteur Simon, emprunté au journal La Clinique du 7 décembre 1906 :
L'alimentation artificielle rencontre d'habitude une
opposition plus ou moins grande. On peut voir quelquefois un malade, qui refuse de s’alimenter, préparer et avaler lui-même sa sonde comme un malade de Pestomac pratique son lavage ; mais il faut reconnaître que c’est exceptionnel. Chez quelques malades atteints de slupeur également, le passage de la sonde ne rencontre pas d’obstacle ; ils subissent l'opération sans un mouvement du visage. Dans les autres cas, il faut y procéder malgré l’aliéné, et par conséquent le mamntenir pendant le cathétérisme. On le placera sur un lit de milieu, dans le décubitus dorsal, la tête soulevée par le traversin et un oreiller. Un infirmier, placé à la tête du lit, fixera la tête du malade des paumes de ses deux mains appliquées sur les tempes, un peu comme on tient un enfant dont on veut examiner la gorge. Deux autres personnes de chaque côté du lit maintiennent les mem- -bres. Cette contention ne dure, bien entendu, que le temps de lPopération. Vous placez sous le menton du malade une alèze ou un drap pour protéger le lit.
Deux voies s'ouvrent alors à vous : la bouche ou les narines. Voyons d'abord la première.
Elle exige naturellement l'ouverture des mâchoires, premier temps souvent difficile. Les dents, les lèvres, sont maintenues serrées avec force. Chez les hommes, il vous faudra souvent, pour triompher de la résistance, faire usage d’un ouvre-bouche chirurgical. Vous le remplacez ensuite en introduisant entre les dents un morceau de bois suffisamment épais revêtu de caoutchouc ou simplement d’un linge. Veillez, en l’appliquant, à ne pas pincer les lèvres entre lui et les dents, ce qui est douloureux, et peut être l’origine d'une plaie, légère sans doute, mais qui se rouvrira presque fatalement à chaque tentative. Chez les femmes, il suffit générale-
ment d'attendre que la fatigue relâche les muscles, ou d'introduire entre les dents le manche d’une cuiller. -
- Le hquide de la sonde a été, bien entendu, préparé d'avance; nous dirons tout à l'heure sa quantité et sa composition. La sonde de Debove est à votre portée, dans de l’eau bouillie, car elle va mieux glisser, étant humide, dans ce gosier souvent desséché. Vous donnez le coin introduit entre les dents, de préférence dans l'angle gauche, à quelqu'un de confiance qui va lé maintenir en place en prenant point d'appui sur le menton, et vous vous placez au droit de l'épaule droite du malade, Pinfirmier qui tient le bras s’effaçant un peu pour ne pas gêner vos mouvements. Vous n'avez parfois qu’à pousser la sonde sur la langue pour qu’elle pénètre dans l’æsophage.
I n’en est pas toujours ainsi. Certains malades ont une langue particulièrement puissante, l'appliquent contre leur palais, repoussent par des mouvements incessants la sonde que vous voulez introduire. Il vous faut alors mettre l'index gauche dans la bouche. abaisser fortement la base de la langue, faire glisser la sonde le long de votre doigt. Vous voyez l'utilité du coin de bois: il va empêcher non seulement que la sonde en caoutchouc ne soit coupée d’un vigoureux coup de dent et avalée, mais aussi que votre doigt ne soit blessé pendant cette manœuvre. |
La sonde a passé l’isthme el continue sa descente. Est-elle dans la bonne voie? Je vous assure que souvent vous êtes un moment hésilant à ee sujet. Sous l'influeuce des efforts surhumains qu'il fait parfois pour repousser ce poison qu'il prétend qu'on lui impose, Île malade se cyanose, toute la face est bleuàtre, la respiration est suspendue par une contrac-
tion énergique qui interrompt égalément la circulation
de retour. Le malade fait-il malgré tout quelques inspiralions, elles sont suffisantes pour faire disparaître d'emblée l’asphyxie. Réfléchissez cependant que la sonde de Debove est grosse et pénétrerait difficilement dans la glotte,. que celle-ci est peu éloignée et que vous avez enfoncé la sonde profondément, et puis, si la situation vous paraît suspecte, il n'y à point péril en la demeure, vous pouvez attendre avant de verser Le liquide, le danger de le faire pénétrer dans les bronches étant beaucoup plus grand que celui d'y laisser quelques instants une sonde creuse. Si la respiration se régularise, si le malade pousse un cri où prononce quelques paroles sans que sa voix soit modifiée, vous pourrez être assuré d’être en bonne place. Maintenant, la sonde d’une main, vous faites verser le liquide tiède dans l’entonnoir et l’élevez un peu au-dessus du plan du lit. k Si vous passez par le nez, vous avezen moins la résistance des dents, mais le danger de fausses routes. laryngées est plus grand. D'abord la hauteur où la sonde se coude est une première raison qui en dirige ensuite l’extrémité au-dessus de l’épiglotte. D’autre part, on fait souvent usage alors d’une sonde dont le diamètre ne dépasse pas celui des grosses sondes uréthrales; son passage entre les lèvres gloltiques est par suite plus aisé. Peut-être pensez-vous qu’à son contact une toux réflexe va manifester sa présence. Point toujours, loin de là: chez les stupides dont j'ai parlé déjà, à respiration très superficielle, vous descendrez la sonde dans la trachée sans remarquer le moindre changement. Redoublez donc de prudence, ne vous pressez point. Utilisez la sonde la plus volumineuse que vous pourrez passer. Vous
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serez surpris qu'un diamètre de 7 mm. et même davantage n'effraie point une narine ni le cornet inférieur. Mais .ne croyons pas non plus que vous passerez toujours ainsi avec facilité. Nombre de malades d’un coup adroit de la base de la langue transforment votre sonde en sonde de Belloc et vous en font resssortir l'extrémité entre les dents. Retirez-la et recommencez. Mais arrêlez-vous au premier obstacle, puis, dès qu'il cède, poussez vivement: il vous faut passer par surprise. Tout le liquide est descendu dans l’estomac. Une dernière précaution est à prendre en retirant la sonde. Du liquide peut en effet être encore dans le tube. Vous retirez. Il coule tout le long de l’æsophage. Il coule encore quand vous passez à l'orifice du larynx. Si le malade inspire au même instant, il va en passer quelques gouttes dans les bronches qui pourront être lorigine d’une broncho-pneumonie alimentaire, complication fréquente de l'alimentation artificielle. Ayons done soin, en retirant la sonde, de la pincer fortement entre les doigts, afin, s'il reste du liquide, qu'il ne puisse pas s'échapper pendant le retrait.
Reste enfin à signaler une dernière complication. Des vomissements peuvent survenir pendant le sondage mème ou après. La projection d’eau au visage, principalement sur les yeux, par linfirmier qui maintient l’ouvre-bouche, attentif aux premiers efforts, peut les empêcher grâce au réflexe de défense qu’elle provoque. S'ils se produisent cependant pendant le sondage, les liquides de vommissement affluent dans la bouche, le malade, gêné par la sonde, a de la difficulté à les expulser ; ils stagnent dans l'arrière-gorge ; vous avez à craindre qu'une brusque inspiration en entraine dans les voies pulmonaires. Asseyez de suite le malade. La même