LES FONCTIONS IH; O RR VE A IL
l’écorce, être superposables au moins en partie, pour pouvoir déterminer le territoire de îa lésion minium, commun à tous les cas particuliers et représentant le centre de la fonction cherchée: 3° enfin, il est nécessaire de connaître exactement, dans chaque cas particulier, le cours entier de la maladie, et de savoir si celle-ci a été d’assez longue durée pour qu’on soit certain que la paralysie ou îa perte absolue de la fonction du centre considéré était vraiment permanente, qu’elle ne dépendait pas de phénomènes collatéraux , que toute compensation ou suppléait ce était impossible, et qu’elle n’était point la suite de dëyènéraiion# secondaires.
Les cas cliniques de Charcot et de Pitres remplissentils ces conditions? Les monoplégies pures d’origine corticale n’ont-elles point la valeur que ces auteurs leur attribuent dans ces paroles mémorables : « En comparant entre elles un nombre suffisant d’observations de ce genre, on doit arriver à déterminer sur le cerveau de l'homme la topographie des centres moteurs corticaux avec autant de précision que cela pourrait être fait sur les animaux par la méthode des vivisections. » Au dire de Luciani, les cas de monoplégies faciales (et linguales), brachiales d crurales rassemblés par les auteurs français n’auraient point cette portée, c’est-à-dire qu’ils ne répondraient pas à tout ce que postule le critère des lésions minima avec phénomènes de déficit au maximum. D’abord ils ne seraient pas toujours comparables entre eux; la terminaison fatale est survenue souvent après peu de jours ; la marche de l'affection a été souvent obscure; tout enfin conduirait à admetttre que la perte
des fonctions motrices volontaires n’a atteint le degré de paralysie observé que par une complication des phénomènes collatéraux. Bref, la tentative d’édifier une doctrine physiologique des centres moteurs de l’écorce sur le critère des lésions minima soulèverait les memes objections que le critère des cas négatifs et positifs d’Exner. Avec les méthodes d’Ëxner, les sphères fonctionnelles sont trop étendues, avec la méthode de Charcot elles sont trop étroites. Il résulte de tout cela, que, pour la détermination, au moins approximative, de ces centres, les observations cliniques auraient moins de valeur que les expériences physiologiques sur le cerveau du singe.
Les études cliniques ont toutefois une importance capitale pour Interprétation des phénomènes subjectifs qui accompagnent, chez les animaux, les lésions de l’écorce cérébrale. En outre, les maladies du cerveau sont souvent des merveilles d’analyse, qui disjoignent et isolent les différents éléments physiologiques d’une fonction. L’observation exclusive des animaux en expérience est incapable de révéler de pareils faits au physiologiste : il lui faut l’aide et l’appui du clinicien. Il est difficile de reconnaître chez l’animal la cécité absolue, plus difficile de distinguer l’hémianopsie de rhémiamblyopie. Les différentes formes de cécité chromatique ont échappé jusqu’ici à l’observation des animaux. Certains troubles de la vision que Goltz avait considérés comme des lésions du sens des couleurs et du sens de l’espace, ont été rapportés par Munk, et avec raison, à la cécité psychique, état dans lequel, on le sait, l’animal continue à voir sans pouvoir reconnaître ce qu’il voit. « Or, ces troubles de la
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vision seraient demeurés obscurs et de signification incertaine, si la clinique n avait mis en relief, et surtout Kussmaul, les cas de cécité verbale, où un individu voit parfaitement les lettres et les mots sans pouvoir les lire ni les comprendre. » De meme pour ces troubles de louie, observés chez les animaux, que Munk a décrits sous le nom de surdité psychique, et qui permettent seuls de bien interpréter les cas cliniques d'aphasie sensorielle (Wernieke) ou de surdité verbale (Kussmaul).
Ce qui caractérise la méthode dont nous venons d’exposer les principes, et qui seule a paru capable de mener au but entrevu, c’est un scepticisme profond,, raffiné, et comme résigné d’avance, uni à un ardent besoin de foi scientifique, à une large intelligence des opinions et des systèmes opposés, au désir de concilier dans une synthèse supérieure les théories adverses et contraires. Chez ces critiques, chez Lueiani, quia écrit cette Introduction, comme chez Seppilli, d une si forte érudition, d’un esprit si délié, on devine des apôtres, mais qui ne sont jamais dupes de leurs passions, et demeurent toujours froids et lucides. Ils savent les faits; iis possèdent une méthode, et ne se font point d’illusion sur la part d’erreur et de vérité de leur œuvre. C’est que ces savants sont des artistes, comme font été tous les physiologistes et tous les cliniciens de marque : ils sont supérieurs à leur œuvre. L’étude des fonctions sensorielles et celle des fonctions sensivo-motrices, que nous allons maintenant aborder, feront mieux comprendre et le caractère de ce scepticisme, et cette tendance à présenter des solutions provisoires, éclectiques, dont on connaît la fragilité.
Aussi bien, dat. tat actuel de nos connaissances, il ne s agit pas de conclure, mais d’indiquer avec réserve les directions de l’investigation scientifique et de faire pressentir la nature et la portée des solutions possibles.