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Les lésions provocatrices des altérations fonctionnelles de la motilité et de la sensibilité générale occupaient donc surtout les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes , soit seules, soit de concert avec les circonvolutions voisines, telles que celles du lobe frontal (régions antérieures des trois frontales), du lobule paracentral et des deux lobules pariétaux.
Telle serait l’étendue de la zone sensitive corticale (zona sensitiva eutaneo-muscolare).
Elle coïncide de tous points avec la zone dite motrice; elle est seulement plus étendue.
Les cliniciens ont été jusqu’ici assez unanimes à reconnaître que les lésions des deux tiers antérieurs des circonvolutions du lobe frontal, non plus que celles des lobes occipital et temporal, ne déterminent aucun trouble de la sensibilité cutanée et musculaire, à moins que le processus morbide ne s'étende aux régions ro-
landiques. Peut-ôtre cependant cela n’est-il déjà plus tout à fait exact pour les régions antérieures du lobe frontal, pas plus que pour le lobe pariétal.
Silvio Tonnini, médecin du manicome de Ferrare, avait, dès 1881, observé un fait qui permettrait d’étendre la zone motrice à la région préfrontale de la face interne de la F., ainsi qu’on le voit aujourd’hui, dans le schéma du cerveau du singe de \. Horsley et de Schaefer. Chez un homme, mort à trente-cinq ans de gangrène pulmonaire, et qui à l’âge de quatre ans avait eu des accidents nerveux suivisd'une paralysie complète du membre inférieur gauche, puis d une parésie avec contracture et arrêt de développemeht du même membre, une ancienne lésion destructive, intéressant uniquement l’écorce, siégeait un peu en avant du pied de la Fi, sur la face interne, et sur la portion contiguë de la circonvolution du corps calleux. « Que ce cas soit suffisant pour étendre en avant la zone motrice, je ne le crois pas, écrivait alors Tonnini ; mais, comme preplier exemple d’une grande netteté, il pourra contribuer à enlever à l’hypothèse reçue ce qu’elle présente de trop absolu *. »
Quant à l’hypothèse de David Ferrier, d’après laquelle le centre de la sensibilité générale siégerait dans la région de l’hippocampe, « l’observation clinique, dit Seppilli, n’a jusqu’ici apportéaucune preuve à l’appui. Les cas de lésions limitées à l’hippocampe
1 Silvio Tonnini. Focolajo distruttivo di aniica data nella zona latente (non motrice) delta facta interna del lobo frontale destro ; monopleqia de U* arto inferiore sinülro con contrattura ; epilessia parziale a sinixtro. — Archivio iial* per le mai. nerv., 1881, 544 sq. Cf. les réflexions de Charcot et de Pitres sur cette observation, « assurément la meilleure parmi toutes celles qui ont été données comme contradictoires b la doctrine des localisations ». Elude critique et clinique , etc., p. 116.
LES FONCTIONS lit* CERVEAU.
sont d ailleurs si rares, que Ferrier avoue lui-méme n’en avoir pu trouver un seul ». Ajoutez les cas cliniques où les troubles de la sensibilité avaient fait défaut en dépit des plus graves lésions destructives de l’hippocampe et ceux, innombrables, où ces troubles existent sans lésions de Hippocampe. Enfin, dans le cas d’épilepsie chronique, où la sclérose et l’atrophie de la corne d’Ammon 1 constituent une trouvaille nécroscopique assez fréquente (Meynert, Snell, Tamburini, etc.), on ne rencontre point d’ordinaire d’altérations permanentes et bien circonscrites de la sensibilité générale \
Voilà pour l'étendue de la zone sensitive de l’écorce cérébrale. Mais, comme les troubles de la sensibilité musculaire, de la sensibilité cutanée et de la motilité se montrent quelquefois dissociés en clinique, tout porte à croire que les aires corticales dont les lésions ont déterminé ces désordres fonctionnels ne sont point identiques. Quel est le siégé anatomique des perceptions et des représentations du sens musculaire?
1 l.ivio Vincenzi. S ut la selero*i del air eu* net corm d'Am mont »ii au epiletticn, — Archivio Hat. per le mal . itéré.. IXK2. 307. Cf. Tamburini, Hiv. speriment. di fren„ 1K79, 197,201, et, plus haut, ce que nous avons UH des études de G. F-isola (1886) sur les fonctions de la circonvolution de l’hippocampe.
* Rn regard de ces objections, faites au point de vue clinique, nous devons rapi der que, au point de vue expérimental, Ilorslev, Sehaefer. Sanger-Hrown, persistent à croire,avec 1». Ferrier, que ta destruction du gyrtis fornicatus et celle de la portion hippocampale de cette circonvolution déterminent une hémianesthésie du enté opposé. Une démonstration complète de ce fait n’a d’ailleurs jamais été faite parles physiologistes eux-mémes. Il faudrait enlever entièrement ces parties du grand lobe lini bique. « opérai ion de la plus grande difficulté, écrit Sehaefer. mais que je n'abandonne pourtant pas l’espoir d’effectuer un jour. Rn attendant, j’afllrraerais l’extrême probabilité de cette hypothèse en mitonnant par exclusion, etc. **, À. Sehaefer, E.rpériment* on spécial sente localisation in the cortex cerebri of ihe monke*j. — lirain, janvier
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D'après Nothnagel, ce seraient les P, et P r Seulement, dans les cas cliniques connus, sauf deux, ceux de Grasset et de Kahler et Pick, la lésion n'a jamais été trouvée limitée au lobe pariétal. Toute conclusion sur le siège du sens musculaire dans l'écorce serait donc prématurée. « Mais, dit Seppilli, on peut du moins admettre comme vraisemblable, que le lobe pariétal est surtout en connexion avec les faisceaux du sens musculaire. » A l'appui de cette hypothèse, Seppilli ajoute que, dans nombre de cas oii il n'est point fait mention d'altération du sens musculaire, la lésion ^'étendait uniquement à la zone motrice. Si les observations cliniques confirment un jour ces vues, si les centres de la sensibilité musculaire ont un siège distinct de celui de la sensibilité cutanée, la zone corticale de la sensibilité générale ^apparaîtra divisée en deux régions : la première serait localisée dans les lobes pariétaux, la seconde coïncidant avec la zone dite motrice. Les observations cliniques recueillies jusqu'ici montrent en effet que l'hypoesfhésie et l'anesthésie cutanées non seulement accompagnent les parésies et les paralysies de la motilité : d'ordinaire elles ont une égale extension. « Cette identité d'extension des paralysies du mouvement et de la sensibilité nous semble prouver, écrit Seppilli, que les cellules nerveuses de l'écorce dont dépendent la sensibilité cutanée et le mouvement volontaire des différents groupes musculaires doivent se trouver dans un étroit rapport. »> Les altérations de Insensibilité cutanée sont en général moins intenses que celles de la motilité volontaire. Cette différence d'intensité, on a cherché à l’expliquer par la différence d'extension et de profondeur
de la lésion corticale. Cest ainsi que, suivant une hypothèse de Lisso, les lésions superficielles de l'écorce des régions motrices détermineraient des troubles de la sensibilité cutanée, les lésions profondes, des altérations du sens musculaire et des paralysies motrices.
Quant à la profondeur de la lésion, l’observation clinique démontre, ainsi qu'il résulte des cas recueillis par Seppilli, que les lésions de l'écorce et de la substance blanche sous-jacente, tout comme les lésions superficielles de l'écorce seule, peuvent ne déterminer que des troubles légers de la sensibilité, toujours de moindre intensité qu * ceux du mouvement. Il faut en dire autant de l'extension en surface de la lésion. Mais s'il ne parait pas qu'on puisse encore expliquer par l’étendue ou la profondeur des lésions les différences d'intensité des troubles de la sensibilité et du mouvement, retenons du moins comme certain que les perceptions de la sensibilité générale ont réellement et exclusivement leur siège dans l'écorce cérébrale. Si une lésion destructive de l'écorce les paralyse, une lésion irritative les exalte *.
Les observations cliniques iFaltération de la sensibilité générale relevées sur les différentes parties du corps p mettent-elles de rapporter ces troubles fonctionnels à des lésions correspondantes et exacte-
■ A. Bignami et «. Cuarnien ont trouv«\a l'autopsie<1 un homme de quarante-cinq an*, mort île pneumonie,amputé de la cuisse gauche onze ans auparavant, une atrophie ascendante du cordon postérieur, de la corne jMi*tt*ru'»ire, de la corne anterieure, de la colonne de Clarke, d'une moitié de la moelle épinière et de» deux circonvolutions ro!andi<|ues à droit*. Toutefois les grande» cellule» pyramidale» de Beiz subsistaient dans les régions motrices atrophiée» de l'écorce. Ce» auteurs en concluent que -i, comme l’admettent l.uciant et Seppilli, les centres de la motilité et «le la »cn»ihilite cutanée et musculaire sont confondus ou « engrenés *
ment localisées de la zone corticale sensitive ? S’il en était ainsi, cette zone pourrait être subdivisée en centres de la face, du tronc, des extrémités supérieure et inférieure, etc. A cet effet, Seppilli a réparti en cinq groupes : 1° les cas cliniques d’altérations de la sensibilité de la pire et des membres ; 2° les cas oîi la sensibilité des membres était seule affectée : 3" ceux où la sensibilité des brus et de la pire était altérée à la fois ; V’ ceux où ces troubles étaient limités au brus seul ; b" entin, ceux où ils l’étaient à la pire.
Or, il serait impossible, dans 1 état actuel de la science, de déterminer exactement, sur l'écorce cérébrale, le siège anatomique des différents centres de sensibilité générale, et cela parce qu’à des lésions plus ou moins circonscrites de l’écorce, peuvent correspondre des altérations plus ou moins diffuses de la sensibilité. C’est ainsi que la destruction du centre d’un membre postérieur est suivie, nous 1 avons vu. de parésie ou de paralysie du mouvement et de la sensibilité qui, loin d'être circonscrite à ce membre, s'étendrait plus ou moins au membre antérieur et à la face. Mêmes résultats si la lésion destructive intéressait le centre cortical du membre antérieur ou celui de la face. De même encore, l'aire du centre du larynx, localisé chez l'homme, sur la Fa, près le
dans la zone motrice, ils ne dégénèrent pas a la fois après 1 ablation d un membre. L’amputation est suivie, dans la moelle, de l'atrophie simple ascendante «les voies sensitives, atrophie s'étendant jusqu'à la station terminale, dans l'écorce cérébrale, de* faisceaux sensitifs. Mais le pro tvRssus dégénératif atteindrait les centres supérieurs «les appareils «le la sensibilité cutanée et musculaire, non les centres moteurs, Hieerck »• *ui cenlri nervo*i di un amputato. — Bollelino délia H. Acad. mm. a> Ilorna , 1888,— /teferai in Arrhivio ital. pér le mal. nerr.. 1889. XXU p. 40.
contre de Broca et le pied de la FA, s'étendrait bien au delà, s' « engrenant » avec les centres sensitivomoteurs de la face, des lèvres et de la langue. La coexistence quelquefois signalée de l'aphonie et de l’aphasie motrice plaiderait dans le même sons. Le centre du larynx, chez l’homme, chez le chien, estd’ailleurs bilatéral, contrairement à ce qu’affirme Seguin, qui le place surfa F 3 droite, et contrairement à l’hypothèse de Luciani sur l’unilatéralité fonctionnelle des centres corticaux sensitivo-moteurs.
Ainsi, appliquée ; l’étude des localisations fonctionnelles de la sensibilité générale et de la motilité volontaire, la méthode anatomo-clinique nous amène, comme la méthode expérimentale, à conclure une fois de plus, suivant les auteurs italiens, et toujours en vertu de la théorie de l’« engrenage* qu’une lésion limitée de l’aire sensitivo-motrice d’une région correspondante du corps, a des effets beaucoup plus étendus, et retentit souvent sur d'autres régions plus ou moins éloignées, voire sur toute la moitié du corps opposée à la lésion. Tout ce qu’il serait permis d'avancer, parce que cela ressort avec évidence des observations cliniques réparties en cinq groupes par Seppilli, ainsi que des diagrammes qu’il a construits avec ces matériaux, c’est que, conformément à la topographie des centres moteurs de l'écorce, les altérations de la sensibilité de la face sont surtout en rapport avec les lésions des parties inférieures des circonvolutions ascendantes, et que celles des extrémités correspondent surtout aux lésions des parties supérieures de ces circonvolutions.