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LES FONCTIONS DE L* INTELLIGENCE

L’étude des fonctions supérieures du système nerveux, j’entends celles de l’intelligence, est en Italie ce qu’elle est dans le reste de l’Europe. Les racines delà jeune plante s’enfoncent et se ramifient chaque jour plus avant dans les sciences biologiques, d’oîi elle tire tout ce qui lui est nécessaire pour croître et s’élever ; la tige et les rameaux, déjà couverts de feuilles, s’élancent vigoureusement dans l’air, ruais, loin de porter encore des fruits, on peut dire que ses fleurs ne sont pas même épanouies.

Toutes les théories, tous les essais de synthèse sur l’intelligence, voire sur ses éléments constitutifs, tels que les représentations, les émotions, les tendances motrices ou inhibitoires, sont à cette heure prématurés. Il faut louer les Italiens de n’avoir pas eu encore l’ambition naïve d’écrire une psychologie physiologique \ Les matériaux du grand œuvre, on les trouve,

' Les Elément,$ de psychologie, de Sergi, qu’on a baptisés, en France, du nom de Psychologie physiologique , ne sont qu’un manuel destiné à la jeunesse des écoles italiennes. Pour ne parler quesie la doctrine des localisations cérébrales, telle qu'elle est exposée dans cet ouvrage, cette jeunesse fera bien de sauter les feuillets où il en est traité.

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en Italie, chez les anatomistes, les physiologistes et les cliniciens dont nous avons rappelé les expériences et les observations, exposé les méthodes ut soumis les doctrines à un examen critique. Aux noms que nous avons cités, il faut ajouter ceux de üuccola, de Herzen, de Corso et de Tanzi. Je n’écris pas ici le nom de Roberto Ardigo 1 ; je ne parle pas, en effet, des philosophes : mais Ton peut dire de ce grand esprit. comme de Herbert Spencer, que, d’une façon consciente ou inconsciente, il a inspiré la plupart des théories sur la nature et sur la vie des savants italiens contemporains.

Entendue surtout comme elle l’est en Italie, la doctrine des localisations cérébrales aura plus contribue qu’aucune autre à éclairer les processus de formation et de manifestation des idées. L’existence de centres sensoriels et sensitivo-moteursdistincts,en meme temps que l’absence de toute délimitation absolue entre ces aires différentes de l’écorce cérébrale, montrent assez comment, presque toujours, « tous les sens concourent à l’élaboration d’une idée 2 ». Dès que l'idée ou l’image exige, pour apparaître avec une intensité plus ou moins grande, le concours synergique de toutes ou de presque toutes les activités élémentaires du cerveau, on n’est plus tenté de la localiser dans une région déterminée de l’encéphale comme un produit stable et invariable. Les idées n'existent que durant leur évocation de l'inconscient : avant comme après ces apparitions,

1 V. Opéré filmofkhe . — Mantova et Padova, 1882-1880, 4 vol. in-8\

* Albertoni. Le Imalizz. cerebralL 1.1. Cf. L. Hianehi, GU orizionti delta psivhiatria. Prelesione . Napoli, 1889, 12. La psicotogia in rapporto aile ultime nozioni di fmutogia del cervello, Milano, 1890,— C. Popgi, Le amncsie, studio etinico.' Archir. ital. perle mal. nerv., 1886, 31*.

rien d’elles ne persiste que les possibilités de leur rappel, que les conditions de leur renaissance. Mais on conçoit que ces conditions, je veux dire l’état de texture et de structure des éléments nerveux, variant continuellement, comme tous les autres phénomènes naturels, la qualité, la quantité et les rapports des idées doivent nécessairement changer d’une façon correspondante.

De l’œuvre de Gabriel Buccola, interrompue par une mort prématurée, je ne puis parler ici que des parties qui ont trait aux localisations cérébrales. J’omets donc à dessein toutes ces admirables études de psychophysique et de psvehométrie qu’il a reunies dans un livre, La legge del tempo nel fenomem del pemiero (Milan, 1883;. Le problème des conditions de la conscience, chez l'homme sain d’esprit et chez l’aliéné, me paraît avoir été bien étudié par Buccola 1 . H rencontrait sur ce domaine un précurseur de marque, Alexandre Herzen, dont il a souvent reproduit la doctrine et adopté les théories générales - .

Ces thèses de llerzen, qu'il nous faut rappeler, quoique l’auteur les ait plusieurs fois présentées luimême au public instruit de l’Europe, ontété, dès 1879, exposées dans un mémoire intitulé : Il moto pxic.hfco ela coseienza (Firenze, 1879 3 ). L’élève bien connu du professeur Schitî, dont il fut le préparateur au labo-

! Ruccola. La legge fisica délia rmcienza neti'uomo s a no e aetVuomo alienalo. — Archiv. Uni. per le mal. ner. t 1881, 82 sq.

* AL llerzen. Journal of Mental Science, 1884; Revue philosophique 1879 et pas sim : Revue scientifique, etc. Les conditions physiques de h conscience, Cenêve, 1886. Grundlinien einer allgcm . Psychophysiologie (Leipzig, î889), 89 sq.

* Ce livre est composé d'articles et de communications faites à diverses scie tés savantes.

ratoire de physiologie de Florence, est parti des conclusions auxquelles était arrive son maître sur les rapports de l'échautTement des centres nerveux avec l’activité psychique, et qui peuvent être lormulées a : nsi :

I. « Chez un animal jouissant de 1 intégrité des centres nerveux, toutes les impressions sensibles sont conduites jusqu’aux hémisphères cérébraux et y produisent une élévation de température par le seul fait de leur transmission.

II. « L’activité psychique, indépendamment des impressions sensitives qui la mettent en jeu, est liee à une production de chaleur dans les centres nerveux, chaleur quantitativement supérieure à celle qu’engendrent les simples impressions des sens. »

Kappelant ses expériences, qui ont porté sur des chiens et sur des oiseaux, Schiffajoutait. « De toutes nos conclusions, la plus importante, à notre sens, est celle qui établit un rapport direct entre le développement de chaleur dans le cerveau et 1 activité intellectuelle 1 . »

Herzen aperçut très nettement, dans ces recherches, la preuve que les actions réflexes suscitées par les impressions des sens dans la substance grise du cerveau, et. qui constituent l’activité psychique, ne sont que l’irradiation intercellulaire d’un mouvement moléculaire né de ces impressions, partant d’origine externe.

* Moritz SchifT. fïecherches sur réchauffement des ne?'fs et des centres nerveux à la mite de, irritation « ,emoriell es et par E. Levier.) - Archives de Physiologie normale et pathoi.,

Les phénomènes psychiques, comme tout autre phénomène de la nature, se réduisent donc à une forme spéciale du mouvement. A cette époque, Herzen croyait encore avoir à se défendre de confondre l'esprit et la matière, perte de temps à laquelle bien peu d'entre nous peuvent se vanter d’avoir échappe : mais cet esprit délié s’en tirait en disant que la matière, substratum nécessaire, mais inconnu, des manifestations psychiques, — que, seules, nous connaissons, est une abstraction de l’esprit, un noumène qui ne se révèle à nos sens que dans les phénomènes. L’esprit est d’ailleurs aussi inséparable de la matière que la chaleur, la lumière et l’électricité. Suivaient, dans le meme chapitre, quelques remarques critiques excellentes, et qui sont restées, sur le concept de spontanéité psychique, considérée par Bain comme une énergie créée ex riihilo, sans antécédents d'aucune sorte. Herzen montra fort bien que les faits allégués par Bain s’expliquent soit par un état de la nutrition, soit par de simples réflexes. Point d’action spontanée des centres nerveux, mais irradiation d’impressions, toujours périphériques à l’origine, transmises par les nerfs au nevraxe. Bref, scientifiquement parlant, spontanéité psychique ne peut signifier qu’un complexus de conditions organiques favorables à l’activité des centres nerveux. Chez les êtres vivants, il n’y a pas plus de spontanéité que de libre arbitre 1 . Poussant jusqu’à ses dernières conséquences logiques la conception purement mécanique des fonctions du système nerveux, Herzen démontre

* V. Herzen. Fisiologia del liber oarbilrio umano . M. Charles Letourneau a donné de cet opuscule une traduction française sous ce titre : Physiologie de la volonté. Paris, 1874.

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que les différentes formes de Tactivité psychique, sentiments, pensées, volitions 1 , aboutissent toujours finalement à une réaction motrice volontaire ou automatique, consciente ou inconsciente, par les muscles lisses ou par les muscles striés, dans les membres, les viscères ou les vaisseaux, « retournant ainsi, sous des formes plus élémentaires, en général comme travail mécanique, au sein du monde extérieur ».

Vokl W thèses de Herzen,dont la portée m’a toujours paru très grande, et que Buccola avait admises :

1° La conscience, — qui n’est rien de plus, naturellement, qu’un état des centres nerveux, un phénomène d’accompagnement de certains processus nerveux, apparaissant et disparaissant avec l’intensité et la durée de ces processus, bref, un épiphénomène, — est liée exclusivement à la période de désintégration fonctionnelle des centres nerveux ;

2* L’intensité de la conscience est en raison directe de la désintégration fonctionnelle ;

3° L’intensité de la conscience est en raison inverse de la facilité et de la rapidité de la transmission des impressions dans les centres nerveux. Le système nerveux tout entier, et non pas seulement l’écorce cérébrale, considéré comme le siège de l’activité réflexe, fonction fondamentale de toute vie de relation, est susceptible d’états conscients, subconscients ou inconscients, plus ou moins transitoires, et correspondant à

1 Mantegazza, que cite llerzen, admet neuf formes élémentaires de < es transformations du • mouvement psychique ». « Les sensations peuvent se transformer en d’autres sensations, en sentiments ou en pensées; les sentiments peuvent se changer en d’autres sentiments, en sensations et en pensées ; les pensées, enfin, en d’autres pensées, en sensations ou en sentiments, » Il moto psichico e la co$cienza> p. t»2.

l'intensité de la désintégration fonctionnelle de ses éléments nerveux 1 ;

4° Les activités psychiques accompagnées de la conscience la plus vive déterminent, avec une désintégration fonctionnelle portée au maximum, réchauffement le plus considérable des centres nerveux. Les fonctions psychiques accompagnées de la conscience la moins vive, subconscientes ou inconscientes, se distinguent par une transmission très rapide, une désintégration fonctionnelle très abaissée et une thermogenèse centrale réduite au minimum. La répétition, l'exercice, Thabitude héréditaire ou acquise, de certains actes, diminuent le temps physiologique de réaction. Ainsi, Féquation personnelle esta son maximum quand l’acte est nouveau, elle diminue, s’il devient habituel, et tombe au minimum lorsqu’il est devenu automatique et inconscient. Bref, « la somme de conscience manifestée en un moment donné par un centre nerveux, quel qu’il soit, ou par un groupe d’éléments nerveux, est toujours le produit, ou plutôt la somme algébrique, des processus multiples de désintégration et de réintégration impliqués dans tout acte du système nerveux central ».

Ces lois, comme l’a fait remarquer Buccola, s’appli-

1 Dès 1858, a reconnu que Ton n’a aucun droit de refuser toute

espèce de conscience à la moelle épinière, et Herzen abonde dans le même sens, avec toute raison, selon nous. Mais ce qu’on peut refuser aux réactions spinales, c’est la qualité d’être intentionnelles ou volontaires . « En eiTet, nous appelons ainsi les mouvements dont nous avons une représentation anticipée, dont nous prévoyons la forme, l’énergie, la marche et l’eflfet; mais la moelle épinière d’un animal décapité ne peut posséder ces représentations, puisque la destruction de tout centre sensoriel entraîne l’abolition des représentations correspondantes, et que la décapitation est la destruction simultanée de tous ces centres, » Les Conditions physiques de la Conscience , p. 19. ,

quent à tout phénomène psychique, de quelque nature qu’il soit, à la veille, au sommeil, aux rêves, à la perte et au retour de la conscience dans la syncope, etc. : elles dominent également l’activité des centres du la moelle épinière, du mésocéphale et du cerveau. Ajoutons que, depuis les récents travaux de Steiner, elles expliquent l’évolution de la conscience, et, par suite, de l’intelligence, chez les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères.

La conscience, et l’intelligence, « expression subjective de l’une des phases du travail d'acquisition et d’organisation des êtres vivants » , ont émigré, au cours des âges, des ganglions de la moelle épinière, dans le mésocéphale et l’écorce des hémisphères cérébraux. La conscience spinale s’est ainsi peu à peu évanouie dans le rayonnement toujours plus intense de la conscience cérébrale. Les centres spinaux, devenus inconscients, automatiques, chez les vertébrés supérieurs, ne servent plus guère que de voies de transmission, et ne sont plus que le siège de quelques actes réflexes définitivement organisés. Mais, outre que ces réflexes spinaux sont les plus anciens titres de noblesse de l’intelligence , — qui n’est qu’une « complexité croissante de sensations réflexes corticales », — il est permis de voir, dans cette histoire de la lente évolution des activités médullaires vers l’équilibre stable de l’automatisme, l’histoire même des destinées des fonctions les plus hautes du cerveau lui-même.

L’homme serait-il, sans la conscience, une moins bonne machine intellectuelle? avait demandé Maudsley. Herzen répond qu’en effet « le processus mental conscient trahit une imperfection de l’organisation cé-

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rébrale ». Le musicien, dont les ajustements musculaires, les plus fins et les plus délicats, n ont été lentement acquis qu’avec le déploiement de la plus vive conscience, ne devient un artiste de talent, un virtuose, que lorsque le mécanisme de ces ajustements innombrables, définitivement organisés, s’exécute inconsciemment et comme à son insu. Il en est de même de l’apprentissage du langage, de l’écriture, du dessin, du calcul, bref, de l’acquisition de toutes les connaissances. Si elles ne sont pas héréditaires, si elles ne trouvent pas un mécanisme préformé, elles ne sont acquises avec conscience que pour rentrer bientôt dans l’inconscience. « La réduction d’un processus psychique simple à l’automatisme est la condition du développement mental, qui serait impossible sans cela : le naturaliste ne reconnaîtrait jamais une plante ou un animal au premier coup d’œil, s’il devait chaque fois avoir la vive conscience de chaque caractère isolément; le mathématicien ne concevrait même pas l’existence des problèmes les plus élevés, s’il devait chaque fois avoir une conscience nette de la table de multiplication. Et il en est ainsi dans toute notre vie psychique. De sorte que, au fond, le processus conscient est la phase transitoire dune organisation cérébrale inférieure à une organisation cérébrale supérieur e x . » Les processus psychiques qui nous semblent aujourd'hui lei plus compliqués et qui s’accompagnent de la conscience la plus intense, paraîtront un jour fort simples à' nos (descendants et deviendront automatiques. L’orgfdiii&tion de ces processus psychiques permettra

1 lferzen. Les Conditions physiques de la Conscience , p. 34.

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de naître à d’autres processus plus complexes, d’ordre toujours plus abstrait et plus élevé. Telle est la loi du progrès de l’intelligence.

Quelles limites est-il permis d’assigner à ce progrès ? Ce progrès n’a d’autres limites que celles de la plasticité évolutive des races humaines. H s’arrêtera quand manqueront les conditions d’évolution. « Voilà pourquoi, dit Herzen, les animaux que nous nommons inférieurs restent au point où ils en sont : ils ont parcouru toute l’étendue du développement compatible avec leur organisation particulière. » Ainsi, la conscience et l’intelligence seraient, à l’origine, l’instinct et l’automatisme au terme de toute évolution mentale 1 . Il n’y a pas d’apparence que l’homme échappe à cette sorte de cristallisation finale de l’intelligence. Si la réduction de toute activité psychique à un automatisme inconscient est la loi universelle, l’homme ne saurait s’y soustraire dans un avenir que l’on peut rêver aussi éloigné qu’on voudra. Deux causes, selon Herzen, pourraient mettre un terme « à l’orgueilleux e.rcehtor de l'espèce humaine » : t° l’existence d'une limite absolue entre le connaissable et l’inconnaissable : 2° une limite, également absolue, posée à la perfectibilité du cerveau humain. Dans les deux cas, la conscience finirait sans aucun doute par abandonner l’activité cérébrale; celle-ci prendrait peu à peu « le

‘ Inutile d'indiquer ce qu’il y aurait d’arbitraire dans l'hypothèse qui projetterait, en quelque sorte, la conscience et l’intelligence aux origines mômes de la vie. La deuxième partie de l’hypothèse de Herzen, qui nous semble vraisemblable, n’implique nécessairement la première que si l’on a en vue des organismes déjà assez hautement différenciés pour qu’un système nerveux central, condition de la conscience, ait apparu. (V. Jules Soury. l<a Psychologie physiologique des Protozoaires, Revue philosophique, janvier 1891.)

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caractère instinctif, réflexe, automatique, mécanique », elle arriverait ainsi à cet équilibre relativement stable, à cette sorte de paix profonde de 1 activité médullaire, si rarement sillonnée par les éclairs d une conscience obscure.

En dépit des longs espoirs et des étroites pensées de certains savants, qui imaginent pour notre espèce je ne sais quelle éternité, comme s’ils n’imaginaient même pas qu’un temps puisse venir où ils n’auront plus de lecteurs, Herzen nous prédit qu avant que 1 esprit humain ait atteint le terme de son évolution, « le refroidissement graduel du système solaire aura mis fin à la possibilité de la vie sur la surface du globe terrestre ». Voilà une vue des fins dernières et des destinées de l’esprit de l’homme que nous avons nousmême trop souvent esquissée pour ne la point trouver au moins vraisemblable sous cette forme d hypothèse scientifique. En tout cas, cela repose de cet optimisme béat, vulgaire et sot, si fort du goût des foules et de ceux qui vivent de leurs applaudissements, qu’on rencontre avec surprise chez nombre de savants et de philosophes italiens, chez les plus grands euxmêmes, tels que Robert Ardigo.

Buccola avait appliqué les lois de Herzen " la pathogénie de l’hypnose et à celle des maladies mentales. Ainsi, dans l’hypnose, la répétition de sensations simples, homogènes, continues, diminueraitou abolirait la conscience en suspendant le mouvement de désintégration fonctionnelle des cellules nerveuses de l’écorce ; le sentiment de la eénesthésie, dont l’intensité est en raison de la vâriété des impressions perçues, s'évanouirait dans l'espèce de catalepsie où tomberaient les élé-

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ments des centres nerveux. Dans la démence et dans les formes d affaiblissement profond de l'intelligence, l'obscurcissement ou l’éclipse de la conscience dériverait de la lenteur ou de la cessation des processus d’oxydation dans les éléments nerveux de l’écorce. « Dans les cerveaux atrophiés de ces malades, qui ne vivent plus que d’une vie végétative, sans se rendre compte decequisepasseautourd’euxouen eux-mêmes, écrivait Buccola, la désintégration fonctionnelle de l’écorce doit être réduite pour ainsi dire à zéro. » Dans la manie et le délire, où les courants nerveux sont trop rapides et trop diffus, où les images se transforment aussitôt en réactions motrices, la désintégration des centres nerveux a lieu, mais avec une durée et une intensité insuffisantes pour produire un état de conscience. Entré en convalescence, « le malade ne se rappelle pas, si ce n’est quelquefois comme dans un songe, ce qui a eu lieu ». Avec la puissance inhibitrice de l’attention, les conditions de la persistance et du rappel des images, partant de la mémoire, ont fait défaut. Au contraire, dans la mélancolie, dans la lypémanie avec stupeur, où la vie de relation semble suspendue et même anéantie, la cénesthésie persiste, et le travail de l’idéation délirante, sans se traduire au dehors par des actes, continue : c’est que, suivant Buccola, les impressions et les images ont une durée et une intensité suffisantes pour désintégrer le tissu nerveux. L'attention subsiste ; le malade a conscience des événements internes et externes, et, dans son cerveau, se fixent des représentations mentales correspondantes. Aussi le malade convalescent se rappelle-t-il, jusque dans ses moindres détails, sa vie psychique antérieure.

La conception purement mécanique des processus de la vie de l’intelligence était, chez Buccola, la même que chez Herzen et chez Ardigo *. Dans un mémoire sur les /dées fixes et leurs conditionsphy siopathologiques , cet éminent psychologue voyait dans ce qu’il appelle « la convulsion des idées » (ce que Esquirol avait appelé une sorte de catalepsie de l’intelligence) l’équivalent de la convulsion des mouvements.

La volonté ne saurait réfréner le tumulte des contractions musculaires : elle ne réussit pas mieux à maîtriser une image obsédante, une idée morbide qui s exalte et tend à passer à l'action avec une force irrésistible. L individu assiste à ce déchaînement de ses réflexes psychiques avec la conscience de son impuissance à les modérer. Là aussi éclate la lutte pour l’existence entre les représentations de l’intelligence, dont les forces inégales, antagonistes, s’opposent, se neutralisent ou assurent le triomphe final de l’image la plus intense. C’est là une loi psychologique tout p itant que physiologique ou cosmique : « Dans ce conflit sans trêve, dit Buccola, la forme mentale douée de l’énergie la plus grande survit. Mais, lorsqu’il s’agit du processus morbide des idées fixes, toute lutte est vaine et inutile, et toute résistance contre la pensée dominante ne laisse aucun espoir de vaincre*.

• Le cours des événements psychiques est absolument fatal, ni plus ni moins que celui des événements physiologiques, ni plus ni moins que celui de tous les [événements de la nature.» • H. Ardigo. La science expérimentale de la pensée. Leçon faite dans l’aula de i’Université de Padoue (1888). — flev. scient if ., 27 avril 1889.

Buccola. Le idee fisse e le loro condizioni fisiopalologiche. Riv,

speriment. di freniatria, 1880, 155. C’est dans cette Revue que Buccola avait publié, en 1881-1882, ses Etudes de physiologie expérimentale : I. La misura degli atti psichici elementari; II. La durata del discemi-

On retrouve ces idées dans une étude récente, et qui nous semble de premier ordre, de Raffaele Brugia et Scip. Marzocchi, Sur les mouvements systématisés dans quelques formes d affaiblissement mental l . Par mouvements systématisés ou fixes, ces auteurs entendent les mouvements qu'on appelle d'ordinaire forcés ou incoercibles {Zumngsbewegungeu), mais ils trouvent cette dernière désignation trop étendue pour exprimer la nature clinique des phénomènes qu’ils étudient.

Ceux-ci sont toujours liés à une altération de l'intelligence, contrairement à ce qu'on observe dans les convulsions partielles ou générales de l'épilepsie, dans l'hystérie, dans un grand nombre d'affections spasmodiques ou choréiques, le latah, le miryachit, les tics convulsifs avec ou sans échokim sie et coprolaüe, les suggestions d’actes, etc. « Par mouvements fixes ou systématisés, nous entendons ces mouvements circonscrits, stéréotypés, rhythmiques et coordonnés, qui s'accomplissent involontairement, bien que la volonté puisse jusqu'à un certain point les dominer; qui ne correspondent à aucun but, en dépit de leur apparence de mouvements intentionnels, etqui, en l'absence de toute activité volitive propre de l'individu, servent d'issue aux états d'excitation, aux décharges motrices du cerveau, » Ces mouvements peuvent être acquis ou congénitaux : parmi ceux-ci, sont les tics et mouve-

mento e délia determlnazione volitiva; III. Nuove ricerche sulla durala délia localizzazione la ni le. La riproduzione delle percezioni di moviiï> en t o ne II o spazio vi&?"o. 1882-1883 : La rnemoria organisa nel meca nwmo délia scrittura; SJ la durala delle percezioni olfattive .

* Dei movimenti sùlematizzali in alcune forme di indebolimenlo mentale. Archivio ital. perle mal. nerv. T 1887, 125.

inenls automatiques des idiots ; parmi ceux-là, les tics convulsifs des névropathes non aliénés. L’association automatique, partant involontaire et inconsciente, des idées, des sentiments etdes mouvements, est fréquente chez les personnes d’une intelligence inférieure et chez les névropathes. La sobriété des gestes et des mouvements, le pouvoir de les maîtriser et de les contenir, bref, le pouvoir d’inhibition motrice, est, on le sait, un caractère d’organisation supérieure : l’intensité de la conscience est en raison inverse de la diffusion des mouvements, a dit Kerrier.

Les mouvements systématisés étudiés par Brugia et Marzocchi sont donc des réactions automatiques provoquées par desstimuli internes, résultant d’un ensemble de mouvements inconscients, organiquement ou dynamiquement coordonnés en vue d’une fin, et qui se reproduisent toujours les mêmes, consécutivement a 1 excitation de leurs centres respectifs. On peut les répartir sous quatre chefs, selon qu’ils ont lieu : 1° par irritation locale des centres corticaux du mouvement, comme dans l’agitation maniaque et les affections convulsives de certaines phrénopathies ; ' 2 ° par irritation retentissant directement des ganglions

de la base et du bulbe sur les centres moteurs pour y provoquer une réaction automatique cérébrale, phénomène d autant plus fréquent que Fintensité des représentations, et partant celle delà conscience, est plus faible, que les associations psychiques sont moins complexes et que les excitations peuvent suivre sans encombre les voies de moindre résistance ; 3° par excitations transmises des zones « sensitivo-idéatives » aux centres moteurs corticaux : les cas de tics convulsifs,

sur lesquels Charcot et ses élèves ont récemment appelé l'attention, et les idées fixes, si bien étudiées par Buccola et par Tamburini 1 , font comprendre la pathogénie de ces troubles ; 4° par excitations fonctionnelles des résidus moteurs [re.si.dtti di moto ).

Il n’est pas rare d’observer dans les asiles d’aliénés, chez les déments, certains mouvements uniformes et rhythmiques, qui sont l’expression dernière de gestes, d’attitudes et d’habitudes corporelles en rapport avec les professions ou les occupations anciennes de ces malades. Ces résidus organiques de l’activité psycho-motrice sont les derniers vestiges d énergies intellectuelles éteintes. Ces mouvements systématisés et fixes, toujours les mêmes chez le même individu, sont tout ce qui reste de la mémoire organique qui présidaità l’automatisme des centres nerveux cérébro-spinaux. Les éléments moteurs de ces régions conservent encore la trace des réactions par lesquelles ils répondaient aux diverses incitations : les résidus de mouvements que présentent ces déments sont donc analogues aux résidus d idees, et, de fait, ce sont des résidus d’images motrices. La faible énergie musculaire que déploient encore ces malades est inconsciente ; les décharges nerveuses de ces centres ont lieu avec une fatalité d’autant plus assurée que toute fonction supérieure d inhibition est eteinte dans ces cerveaux en ruines.

Dans cet ordre de recherches encore, Bianehi a publié, sur le tremblement des paralytiques généraux

S uLia pazzia del dubbio con timoré del contait o e $ulle idee fisse cd impulsive. Reggio Km ilia, 1883.

* l. Bianehi. Contribuions alla nozionc semiotiva del tremore délia paralisi proyressiva. N a poli. 1880.

une étude où cette altération de la motilité est constamment rapprochée des troubles psychiques du même genre des idées et des émotions chez ces malades. Bianchi a d’abord trouvé que, dans les deux tiers des cas, les mains participent au tremblement de la face et de la langue. La méthode graphique démontre que les stimulations successives d’où résulte la contraction des muscles volontaires, —ce « tétanos physiologique », comme l’a appelé Morselli 1 , —sont très ralenties chez ces malades; que la fusion des énergies dirigées sur un groupe musculaire fait défaut ; que la force psycho-motrice se diffuse et se p^rd par des voies collatérales, môme lointaines. Or, les phénomènes psychiques sont ici frappés au môme coin que ces phénomènes moteurs élémentaires : diffusion, incohérence, arhythmie, épuisement rapide des processus nerveux, voilà ce qui les caractérise.

Bianchi compare aux oscillations irrégulières du sommet des courbes de ses tracés, la mobilité extrême du plateau des ondes psychiques, qui sans cesse se soulè, eût et s’abaissent pour disparaître dans l’océan de l’inconscient. L’apparition fréquente, môme à l’état de repos, de contractions fugaces, représente, dit-il, chez ces malades, dans le domaine de la motilité, ce qu’est dans celui de l’intelligence l’apparition subite d’idées et d’émotions sans liens d’association

* E. Morselli. S alla dinamografia e sue applieazioni al diagnostieo dci diwrdini motorii ndle r^alatlie nervose . Hiv. «périment, di fren 1H84, 265; 1885, 221. Cf., p. 223, l’important paragraphe consacré à la paralysie générale progressive des aliénés , et les tracés dynamographiques d'aliénés paralytiques, ta courbe de contraction volontaire se présente comme une ligne brisee; l’innervation motrice est désordonnée et affaiblie en même temps ; les efforts, assez intenses, sont suivis d’une prompte résolution musculaire.

évidents L si caractéristiques dans certaines formes d’excitation de la paralysie générale. La diffusion des impulsions volontaires sur un grand nombre de groupes musculaires, souvent fort éloignés, le défaut de fusion et de direction des courants nerveux psycho-moteurs, correspondent, selon lui, au soulèvement tumultueux des représentations mentales, dont quelques-unes seulement atteignent à peine le seuil de la conscience, pour retomber bientôt, incohérentes et désordonnées. Bianchi rapproche de la faiblesse dynamométrique du groupe musculaire sur lequel un courant nerveux est primitivement dirigé, l'affaiblissement des notion? du plus vulgaire bon sens, de toute raison et de tout jugement chez ces malades. La forme convulsive que revêt ici. au début, tout mouvement volontaire, lequel s’épuise avant d’avoir atteint son but, répondrait à l'extrême vivacité avec laquelle surgissent les représentations mentales. Par exemple, si, chez un paralytique, la représentation mentale d’une pièce d’or vient à surgir, le concept abstrait de cet objet, bd qu’il résulte d'innombrables associations, lui fait défaut: il ne voit que l’or, dont l’éclatante vision éblouit en quelque sorte, momentanément, sa conscience, et qui, jusqu’à ce que l’image pâlisse et s’éteigne, empêche de naître toute autre représentation mentale. Ces rapports si étroits d’analogie entre le tremblement et les autres phénomènes mentaux des paralytiques généraux indiquent quelle part doivent prendre à la pathogénie de ce

’ Kug. Tan zi a remarqué avec finesse qu'avant déjuger incohérentes «les suites eu apparence inextricables de pensées, comme dans la démence, on devrait bien chercher s’il n’existe pas quelque fil invisible ou très subtil d’association entre ces idées. Inlorno alla auoeiazitm : dette idée. Rev. di filos. s< ietttif., 1888.

phénomène les centres nerveux de l'écorce cérébrale dont la désorganisation s'exprime, fonctionnellement, par les processus que nous venons de rappeler, et qui se résument tous dans un seul, l’affaiblissement progressif.

Mais le travail le plus profond, et d’une très grande portée pour l’explication scientifique des idées et des impulsions incoercibles, est dû à Tamburini ■. Dans son mémoire sur les hallucinations motrices, ce savant n a eu qu à rappeler les idées vraiment géniales de son hypothèse des centres mixtes de l’écorce cérébrale, hypothèse présentée en 1876, et que nous avons exposée plus haut, pour édifier une théorie complète, et peut-être définitive, non seulement des hallucinations, mais de toutes les réactions motrices qui, à quelque degré que ce soit, accompagnent toujours les processus psychiques. La nature mixte des centres fonctionnels de l’écorce cérébrale étant aumise (et les recherches postérieures des physiologistes, des cliniciens et des histologistes (fiolgi) sont décidément favorable; à l’hypothèse de Tamburini), l'excitation d’un centre quelconque de l’écorce doit provoquer à la fois, s’il s’agit par exemple d’un centre « moteur » : 1" le réveil des images de sensibilité tactile et musculaire qui accompagnent le mouvement considéré, et dont le complexus constitue la représentation idéale de ce mouvement; 2 impulsus centrifuge vers les nerfs et les muscles qui doivent être mis enjeu pour la production du mouvement. La sensation

* \, Tamlturini. Suite aliunrwziont moiorie, — Riv. s périment. <Ji fren. vol. XV, 1889. Communie, al VI Congr. freniatr. ita!. tn Novara.

<1 innervation motrice, c’estla conscience de l’excitation fonctionnelle des éléments nerveux sensitifs d’un centre sensitivo-moteur de l'écorce cérébrale, excitation quia lieu en même temps que celle des éléments « moteurs » dececentre. La représentation d'un mouvement, quelle soit physiologique ou pathologique, c’est le réveil des images sensitives, tactiles et musculaires, qui accompagnent la phase centrifuge d’une idée motrice : quoiqu’il n’y ait point de mouvement effectué, les nerfs moteurs et les muscles sont affectés, à l’étal faible, comme ils l’ont été et comme iis le seraient, à 1 état fort, si un mouvement véritable se produisait.

Trois phases caractérisent, selon Tamburini, les processus des représentations motrices : 1- la phme rentrait r est constituée par le réveil, dans un centre cortical, des images sensitives du mouvement; 2° la jihtixe rentrifuge est constituée par l’impulsion motrice qui, «lu même centre, va vers les nerfs et les muscles destinés au mouvement; .T la phfse centripète est constituée par la perception centrale des modifications survenues dans les appareils périphériques du mouvement (muscles, tendons, aponévroses, etc.) consécutivement ù l’arrivée de l’impulsion motrice. Cette dernière phase est la plus importante pour l’organisation «les représentations idéales du mouvement. Mais une fois ces représentations organisées dans les centres correspondants de l’écorce cérébrale, les parties périphériques du corps peuvent manquer, ainsi qu’on le voit dans les hallucinations des amputés, sans que les images motrices et la conscience du mouvement accompli fassent défaut. La phase centrale et la phase centrifuge du processus suffisent pour produire

l'illusion, non seulement de l'existence, mais du déplacement et du mouvement des parties absentes ou frappées anesthésie tactile et musculaire : l’éveil des images motrices et de la projection de ces états internes au dehors par le canal de l’impulsus centrifuge, toujours simultané, créent de toutes pièces les hallucinations du mouvement.

Cette genèse des hallucinations motrices vaut pour toutes les hallucinations en général, puisque tous les centres de l’écorce cérébrale, et non pas seulement les centres dits moteurs, sont mixtes, et sont par conséquent, à la fois, des centres de perception des impressions de la sensibilité générale ou de la sensibilité spécifique de chaque partie correspondante du corps, et des points de départ des impulsions motrices en rapport avec ces parties. Le mécanisme des hallucinations motrices des membres et de la face ne diffère donc point de celui des hallucinations de la vision, par exemple, tel qu’il a été déjà expliqué. L’excitation, normale ou pathologique, du centre cortical de la vision déterminera, selon Tamburini, outre une perception visuelle, une sensation des mouvements de l’œil, une représentation motrice, consciente ou inconsciente, constituée par des images tactiles et musculaires des mouvements de l’œil, représentation nécessairement liée à cet acte fonctionnel, et qui en constitue la phase centrifuge. Ce sentiment d’innervation des muscles de l’œil, accompagnant la perception visuelle, expliquerait même le fait de la projection et de la localisation dans l’espace des hallucinations, en particulier de celle de la vue.

Les hallucinations de la sensibilité et celle de la

motilité doivent donc être ramenées à des processus au fond identiques. J’ajoute qu’il n’y a point lieu d’en être surpris, puisque les unes et les autres ne sont, en dépit des apparences et surtout des mots, que I expression d’une seule et unique propriété des cellules nerveuses de l’écorce cérébrale, j’entends de la propriété d’être impressionnées ou sensibles. Les réactions motrices sont le fait des appareils périphériques de mouvement avec lesquel s toutes les régions de l’écorce sont en rapport anatomique et fonctionnel. Mais, quelle que soit la propriété spécifique, acquise au cours de l’évolution phylogénique, des cellules nerveuses de telle ou telle aire corticale, elle est toujours réductible à un mode de sensibilité.

C’est particulièrement dans la sphère motrice du langage articulé que les hallucinations de la motilité ont été étudiées dans ces derniers temps. Après Séglas, dont il cite les beaux travaux sur les hallucinations verbales motrices ', Tamburini rapporte un cas tout à fait pur du même genre, caractérisé par la perception nette de mots que la malade « sent dans sa bouche », c est-à-dire par des sensations de très légers mouvements de la langue, et cela alors même que la malade exécute en parlant des mouvements volontaires avec sa langue, ou que celle-ci est fortement immobilisée ltorsde la bouche. D’ailleurs aucune hallucination verbale de la vue ni de l’audition, et point d’idée délirante de persécution. Il s'agit donc bien d’images motrices morbidement intenses, telles que le sont

1 Séglas. IJ*hallucination dans ses rapports avec la fonction du langage; tes hallucinations psycho-motrices. Progrès médical, août im- 10 aoiU *8*9* De Vantagonisme s idées délirantes chez tes aliénée Ann, médico-psychol., janv. 1889.

celle? des hallucinations; la parole n’est pas perçue comme un processus central : elle est projetée aux parties ou va rimpulsus centrifuge. La malade éprouve donc une sensation aussi nette que celle qui se produirait si la parole était réellement prononcée. C’est ainsi que dans une hallucination de la vue, l’image représentative équivaut à celle de la vision réelle. Au lieu d être situé dans le lobe occipital, comme ce serait le cas dans une hallucination de cette nature, le siège de l'hallucination verbale motrice est localisé dans la région inférieure de la FA et dans le pied de la F 5 ; voilà tout.

La condition nécessaire et suffisante d’une hallucination motrice verbale pure est la production simultanée dans le centre cortical irrité : 1 d’images sensitives des mouvements correspondant à la projection des représentations verbales motrices; 2° d’un courant nerveux centrifuge qui, suivant le degré d’irritation pathologique du centre considéré, déterminera dans les nerfs et dans les muscles destinés à l’articulation, ou des états faibles d’innervation périphérique qui, sans qu’il y ait d’articulation véritable, provoqueront une sensation analogue pour la conscience; ou des rudiments d’artieulatior perceptibles seulement pour le malade; ou des mou vements réels, mais toujours sans qu’aucune parole soit prononcée en réalité. Toutefois, avec la durée et l’intensité de l’excitation du centre cortical, une émission de mots pourra se produire : ce sera un cas à'impulsion incoercible , qui constitue pour Tamburini une sorte d’épilepsie.

Or si une irritation pathologique d’un centre fonctionnel du cerveau, tel que celui de l’articulation, ou

de 1 hypoglosse, ou du larynx, est capable de produire isolément une hallucination motrice corrélative, il n'y a pas de raison pour qu’une irritation du même genre siégeant sur d'autres aires corticales, n’y détermine des hallucinations motrices de n'importe quelle région correspondante du corps. Et il en est bien ainsi. A ce propos, Tamburini a rappelé les hallucinations motrices graphiques des médiums écrivant, les hallucinations motrices que nous éprouvons tous en rêve lorsque, sans nous mouvoir, nous avons la sensation d’une chute du haut d'une tour ou dans un précipice, etc,, enfin les hallucinations motrices de tant d’aliénés et de spirites qui croient voler, et celles en particulier des sorcières, qui témoignaient, jusque sur le bûcher, de s'être senties emportées dans les airs sur le manche d'un balai.

Les travaux des physiologistes et des cliniciens italiens sur les rapports de la circulation eu sang avec les fonctions du cerveau comptent, on le sait, parmi les plus solides et les plus originaux de notre siècle. Les expériences fameuses, depuis longtemps classiques, de Mosso, exécutées, a 1 aide du pléthysmographe, sur deux hommes et une femme qui présentaient une perte considérable des os frontaux, en démontrant que, pendant 1 activité cérébrale, ou sous l'influence de sensations et d'émotions, l’avant-bras, dont le pouls devient plus fréquent et plus petit, diminue de volume, tandis qu’augmente le volume du cerveau, par suite d’un afflux de sang plus considérable, — ont établi qu’il n’en va pas autrement pour le cerveau qui travaille que pour le muscle qui se contracte ou pour la glande qui fonctionne : la circulation y est

plus rapide et le sang y afflue en plus grande quantité 1 . Et l'augmentation de volume du cerveau dans ces circonstances ne dépend ni des modifications de l activité cardiaque ni de celles de la respiration, ainsi que Giey,se rangeant à l’opinion de Mosso, l’a établi contre Franck, quoique le nombre des battements du cœur soit en raison directe de l’intensité de l’attention 5 : cette suractivité de la circulation cérébrale est due, selon Gley, à une influence vaso-motrice. Les cellules cérébrales, excitées, réagissent à leur tour sur les fibres vaso-motrices des artères carotides et les dilatent; ces artères, recevant alors une plus grande quantité de sang, déterminent, par le canal des artérioles et des capillaires, également dilatés, une irrigation sanguine plus active et plus abondante de la substance grise du cerveau.

La circulation éveille et entretient l'activité du cerveau, mais les fonctions de cet organe, les sensations, les pensées et les émotions, modifient à chaque instant la vitesse et l’ampleur du courant sanguin.

Les expériences de Mosso, appliquées à l’étude de la circulation cérébrale pendant le sommeil,ont aussi démontré l’existence des perceptions inconscientes Aine voix, un bruit, toute espèce d’impression sensible provoquent une contraction des vaisseaux de l’avant-bras

1 Mosso. La cireoUnione del tangue ntl ver relia delCuomo; ricet'che sfigmogra fiche. Alti délia R. Accad. dei Lincei, lüHO. Influenza del im* tema nervosa sulltt tempera tara animale . — A rehiv. p«r le scient© iiiediche. Torino, 1886. — La doctrine de la fièvre et les ventres thermiques cérébraux, fctude sur l’action des antipyrétiques. — Giorn. d. R. Accad. d. raed. di Torino, 1889, et Arch. ital. de biol., XIII, 1890, 4M.

* Gley. Etude expérimentale sur l'état du pouls carotidien pendant le travail intellectuel . Paris, 1881. Cf. De t'influence du travail intellectuel sur la température générale . C. R. de la Soc. de biol., 1884, 265,

l.ES FONCTIONS IM CERVEAU.

ut une augmentation d'afflux du sang dans lu cerveau du l'individu endormi; au réveil, il n'a aucune conscience dus processus psychiques, très réels pourtant, qui ont accompagné ces modifications du la circulation cérébrale déterminées par des excitations extérieur!*.

Seppilli et Tamhurini, dans leurs études sur lus phénomènes du l'hypnose 1 , ont rapproché du ces faits eu qui s'observe lorsque, dans lu somnambulisme provoqué, une impression des sens suscite un certain ordre d'idées et d'actes correspondants sans que l'individu, une fois réveillé, en conserve le plus léger souvenir. Ainsi, chez une hystérique un léthargie, l'ouverture des yeux, la vibration d’un diapason, une piqûre d'épingle, l'articulation du nom de la malade, déterminent une diminution du volume de l'avantbras. L'analogie ne permet-elle pas d'admettre que, dans l’hypnose comme dans le sommeil normal, les stimuii externes, en réveillant l’activité «lu cerveau, provoquent un afflux plus considérable du sang dans cet organe ? En tous cas, les observations et les expériences de .Mosso démontraient une fois de plus que l’activité cérébrale existe et persiste sans que la conscience en ait la moindre notion *.

Quelle influence les diverses perceptions simples exercent-elles sur Fêtai de la circulation cérébrale ? Les variations de la circulation cérébrale sont-elles

: Tamhurini et Seppilli. ttieerche nui femmemi di iwoli», «fi *IW

retpiro e del eirc&lfo nette cm * dette fan lelargica, cataiettica, nmnaw- Mica de tipnmi. — Hiv. ««pertinent. <li freii., Itîftî. —- Seppilli. ta etreotmione det mngtte net eerreiio rn retanone ai fenmneni pnchici.

Riv. di li*oloii& seietiiif., IS82.

* Cf. Tito Yignoli. i*$icnpiica. Intomo mi aimai intei'vatti incm cicnti in una «erie coordinata di atti pnchici. Rieerehe telle il R, Islit. Lombarde, 188t>.

'* ' 1 roMf îti»ss r«t <"fCRvjtAi*,

mie condition déterminante .1*» ces perception- .1 ne font-elles <|u<- les accompagner on h-s suivre ' Pour l«- '.Hoir, Morselli .-I llordonil flre.luzzi mil exécute une centaine d'c\|»éricncns. ai! moyen de stimuli électriques, olfactifs. moustique-. lumineux. de ., et ü I aide <1 instruments enregistreur-, *»ur un homme <|iii présentait une largo perte île substance du crAne «lani la région tempnrn-puri.tale gauche 1 . Kng.-n.Tal, l.uili- |..-r.-.-|ilion est tuirir dune aiignu-nlalion .lu xoliiin.* .lu cerveau : (•.•Ile-ci c»| en raison directe de l'intensité du -tininlu* et en raison inverse d. ce que . * s auteurs appellent I.* degro d élévation psychique des perceptions. I,e temps où se manifestent les variations de la circulation cérébrale, consécutives i\ l'action des stimuli. est beaucoup plus long .pie celui du processus physiologique des perceptions. On .-n doit conclure que c.-s modifications «le la circulation sont I effet, et non la cause déterminante.des actions refiexes cérébrales provoquées par les perceptions. Itiancbi. depuis, a aussi écrit que, à létal normal comme à l'état pathologique, ces variations dans la circulation et la pression sanguines doivent plutôt être considérées comme des effets que comme des causes de l'activité psychique. Qui pourrait affirmer, dit -il, que f hyperhémie soit la cause de la manie ? » Ile même pour l'anémie cérébrale dans la mélancolie *. Citons encore les o// /„ ,éré-

hr.,h de C. Hummo i l Kerrannini.de Naples, qui ont

t+i'+brnU t’Urnioiit dntlê r ptrrnim» #imotiH

dtîatrtu, 111*4. F

— Archif. «ti pfi.

* I,. Biatidii ftlê *>r> tionfî

tir(!n ftiichmlria, p. JJ.

î.k« Koxmo\« ur * rhvkat.

'•tii.li.- Ir j„,uU <-iTcbr;il cln«z d.-ux individus prisonlunt un,- „uv,-rhm- du , r;in,- : l,-s variations d- In cireulata.n .vn'-brnl.* p.-mluiil i,- «mim.-i! | ( .„r paraient fg.ili-uiinl t-lr,- Idiot, ,-| non la raust-, du sonimdl 1 .

L,-s r.-di< rdi.-s tlimno-d«-driqu.‘s d,- Tanzi s»,- |,. s variations !t,,*rini,|u,-s du .vr-vau p,-ndaul 1,-s «data «•motifs no ronliuu.-nl pas s, av ,.,- ,. r l a l rdles •lu Sdiitr: dl«*s nii-m-nt plus loin ,-t. ,-ntr,- autre* voi,-s nouvelle*. elle* paraissent bien avoir onv,-rt relie qui r. li,- directement la psychologie, |« science ,l,-s f„nc lions du système nerveux, aux sciences physico-chiiniques.

Un -«• rappelle, en l'rance. la discussion, si élevée si belle. <|iii eu! lier, naguère, dans la /tente trie,,- Hfiym*. sur la nature de la pensée. I n éminent chinnsti*. .VI, Armand Uautier, avait soutenu «pie les difFér«*nts proeessus psychiipies, sensations, perceptions, images, concept*. etc., seraient de « pures formes perçues dans les organes mêmes qui en sont le siège * ». Pourquoi les physiologistes affirment-ils que la pensée est une transformation «le l'énergie, c'est-à-dire une forme spéciale de l'énergie, comme le mouvement, la chaleur et 1 électricité?-— Les phénomènes psychiipies. disent-ils, ont un «ajuivalent m«»cani«|ue, thermique, chimique; 1 animal qui pense perd une partie de son énergie. Voilà ce qu'il faudrait prouver, objectait f iaiitier : il faudrait montrer, ou bien «jue les phéno-

1 ArrMv,»» liait,.nitrg d.* biologie, IX, 1887, 57. Cf. Cappelii et Brugia.

H f l<*'*l* dd P<4*o mW avambraetio r ml rermlto dell

iiww» fier ejfetiij tn fixant ayenii tera,*eutici, Areliiv. dt p$ich. 1886.

; /f.«, et 18 déc. 1886; 1-janv. 1887. La pemée n'm

pat une forme 4e femr<jt<t, * >d ta peteeplion 4e$ étal, intérieur, de leur, relation,.

menus psychiques ne* peuvent apparaître qu'en taisant disparaître une quantité proportionnelle de l’énergie, cinétique ou potentielle, ou, tout au moins, qu’ils se transforment en mouvement, chaleur, électricité, etc. L observation, continuait Gautier, a justement établi le contraire : témoin les expériences de Sehiff sur réchauffement des nerfs et des centres nerveux à la suite des irritations sensitives, sensorielles et psychiques. Les expériences de Schifl prouvent que le cerveau s'échauffe lorsqu’il reçoit et élabore les impressions d’origine externe qui suscitent la pensée. Or, dans l’hypothèse d’une transformation d’une partie de l’énergie calorique ou électrique en pensée, « le cerveau devrait se refroidir , ou son potentiel électrique baisser, ou bien la consommation de ses réserves produire une moindre température qu’à l’étal normal ». C’est donc une erreur de donner précisément comme une preuve indirecte de l’équivalence mécanique de la pensée, l’élévation de la température et l’augmentation des déchets chimiques qui accompagnent le travail cérébral. Ainsi, il faut admettre, concluait A. Gautier, et c’était pour lui l’évidence même, que « la sensation, la pensée, le travail d’esprit n’ont point d’équivalent mécanique, c’est-à-dire qu’ils ne dépensent point d’énergie. Ils ne sont point, à proprement parler, un travail , un produit de l’énergie mécanique ou chimique. Ils sont encore moins une force, car s’ils ne font point disparaître d’énergie en se produisant, iis n’en font point aussi apparaître ».

Les réponses que les physiologistes ont faites à cette argumentation d’Armand Gautier sont à coup sûr victorieuses. Charles Richet , avec sa simplicité et sa pré-

LKS FONCTIONS ï»t rRRVR4l*.

cision ordinaires, qui nVxclu« s nl pas réloqui*nc«.\ a rappelé, comme ii aime à le faire, que, depuis Lavoisier, l'être vivant est une « machine à force chimique *». « Les phénomènes de la vie sont des phénomènes physiques et chimiques; I^avoisier l a établi : Magendie. W. Edwards, Jean Muller, IlelmholU,CL Bernard font répété après Lavoisier. Im, physiologie esl un chapitre de la physique et de la chimie »»'. Gomment, seules, les fonctions du syrtème nerveux se manifesteraientelles sans résulter d'une énergie quelconque, sans avoir un équivalent thermique ou mécanique ? Le travail psychique doit être, autant que possible, assimilé au travail musculaire; l'équation est la même pour le muscle que pour le cerveau. « On pourrait évaluer, avait écrit Lavoisier, ce qu’il y a «le mécanique dans le travail du philosophe qui réfléchit, de l’homme de lettres qui écrit, du musicien qui compose. Ces efforts, considérés comme purement moraux, ont quelque chose de physique et de matériel qui permet, sous ce rapport, de les comparer à ce que fait l'homme de peine. » La pensée, comme le mouvement musculaire, sont des effets de l'action chimique. La pensée est donc un phénomène chimique, et, si elle est un

1 Ch. Richet. Le travail psychique et la fotre chimique. Rev. scirntif., 1886, XII, 788. Im pensée et le travail chimique. XIII, 88. Cf. Im physiolagie et la médecine. Leçon «Couverture du cours de physiologie, taris, 1888, p. 16. V. aussi E. Lambling, — bes origine» de la chaleur et de la force chez le$ êêm vivante, taris, 1886. « Inapplication des lois physicochimiques aux phénomènes biologiques est sans restriction. Le domaine des sciences physico-chimiques aujourd’hui comprend la biologie. » (P. IX.) Rappelons encore ces paroles de Blanchi, si fort en accord avec les idées de l'école expérimentale des physiologistes et des cliniciens italiens : « Ce sont les lois physiques mêmes que l'on rencontre partout comme fondement de l’organisme mental. » Sur la polarisalùm psychique dam la phase somnambulique de V hypnotisme. par L. Bianchi et Guelfo von Sommer. — Rev* philo*., XXIII, 146.

phénomène chimique, elle est soumise ail principe de la conservation de l'énergie. En outre, A. Gautier ayant «lit que la sensation, la mémoire, l'intelligence, ne pouvaient avoir d’équivalent mécanique parce qu’elles ne sont que des « phénomènes de vision intérieure **, Charles Kiehet, avec toute raison, témoignait ne pouvoir comprendre pourquoi une pareille vision, la perception d’une forme, celle d’états intérieurs et de leurs rapports, ne représentent pas un certain travail?

De même, Ilerzen a fait la remarque, absolument juste, que cette « perception des états internes » est une définition de la conscience, et non de l’activité psychique en général, qui peut être consciente ou inconsciente *. La pensée, travail intellectuel, a certainement été confondue par A. Gautier avec un état essentiellement variable et transitoire de la pensée, la conscience : « L’animal qui pense, c’est l’organisme observant lui-même ses modifications et percevant leurs rapports. » Non, répond Ilerzen, cette vue intérieure, c’est l’état de conscience, comme l’a dit d'ailleurs expressément Spinoza, dans la proposition de Y Éthique qu’a citée A. Gautier lui-même.

Mais, et c’est là que j’en veux venii, pour montrer toute la portée des recherches thermo-électriques de Tanzi sur le cerveau, les physiologistes français ne se sont pas bornés à ces questions de définition : ils ont très bien compris l’objection, en effet capitale, d’A. Gautier, j’entends ce qui a trait au refroidissement du muscle ou du cerveau actif, et ils y ont répondu. Mais

* A. Ilerzen. L'activité musculaire et l'équivalence des forces. Rev . scienlif., Î9 févr. 1887, XIII, 237.

quehpios mois encore sur les Iiomarqw* mmtmùqne*

() roccftxmti <Ip ht twhhP (h* ht pPits^e* qu a publiées <î. Pouchet. Nous citerons lu Ij’ftrp «le («olgi que ces lieman/n >* ont value au savant professeur du Muséum «l'histoire naturelle. C. PouchH estime qu’il n existe pas plus de preuves en faveur du sentiment de Pichet et de llerzen qu’à l’appui de celui de 1 unifier. et que, de longtemps sans doute, on ne les pourra fournir.

« Quel est, demande-t-il, le calorimètre assez sensible pour accuser réchauffement ou le refroidissement d une masse aussi petite les myeîocvtes de Robin), et y retrouver, en fraction de calorie, l’equivalent d un travail intime quelconque? » Et 1 équivalent chimique de la pensée serait aussi impossible à trouver que l'équivalent thermique : alors meme, en effet, qu’on parviendrait à isoler, dans les résidus de l'organisme, ce qui provient du muscle et ce qui provient do la substance nerveuse, le moyen de ne tenir compte que des produits de désassimilation de 1 element ner\eux vraiment actif? Cette « partie de la substance nerveuse où l’activité s’exerce sous la forme propre de volition est infime, comparée à celle où doit s'exercer l’activité motrice inconsciente, mise en jeu consécutivement, et qu’on doit supposer adéquate à la modification moléculaire survenant dans les muscles ». Pour Ci. Pouchet, « c’est se faire une idée très fausse du siège des facultés intellectuelles ou psychiques proprement dites, que de le placer dans les éléments anatomiques désignés habituelkunent sous le nom de cellules nerveuses. Celles-ci, toujours d’un volume

ftev . scientif., 5 févr. 1887

notable, toujours réliées à un grand nombre de conducteurs élémentaires, ne jouent, selon toute apparence, qu’un rôle accessoire comme collecteurs, accumulateurs, diffuseurs d’énergie nerveuse. Tout porte à penser qu’elles ne sont jamais le siège d’actes psychiques proprement dits, d’actes conscients, tels qu’une perception, une volition... Tout indique, au contraire, que le véritable siège des facultés conscientes est dans les petits éléments nerveux déterminés, pour la première fois, comme tels, par Ch. Robin, et qu’il a nommés myélocytes ». Les myélocytes ont de 5 à 6 ^ de diamètre, rarement 8, d’après Robin. Encore la plus grande partie du « myélocyte conscient » est-elle occupée par un noyau ; or, « tout ce que nons savons en anatomie générale autorise à penser que ce noyau, quoique nécessaire peut-être au maintien de la substance cellulaire, n’en partage point les qualités fonctionnelles propres. 11 faudrait réduire, en ce cas, de 9/10, tout au moins, la quantité de substance cérébrale pensante. On peut admettre que les facultés propres qui font l'homme de génie sont toujours immanentes à un poids très faible de substance cellulaire nerveuse. Les Principes de Newton, Y Enfer de Dante n’ont peut-être pas été élaborés dans plus d’un millimètre cube de substance vivante ».

Les physiologistes et les anatomistes italiens paraissent avoir été beaucoup plus émus qu’on ne l’a été, de ce côté-ci des Alpes, par cette conception étrange de M. G. Pouehet. Herzen en particulier témoigna ne pouvoir découvrir sur quoi G. Pouehet se fonde pour localiser ainsi les fonctions psychiques proprement dites dans les myélocytes. Je ne le vois pas non plus ;

LES FONCTIONS DU CBKVKAl*.

ce n'est point, ù coup sûr, la considération de quantité ou de volume de l'élément anatomique que G. Pouehet considère comme nerveux, qui me ferait reculer; car on ne saurait imaginer de rapport nécessaire d’aucune sorte entre la forme d’un élément nerveux et sa fonction. En ce domaine, si obscur encore, de la connaissance, tout est possible. Je n’ai pas non plus d’objection contre la déchéance fonctionnelle dont sont encore frappées ici les cellules nerveuses; nous avons assisté déjà à d’autres verdicts du même genre. Je voudrais seulement quelque preuve à l’appui de la nature des fonctions attribuées à ces myélocytes. Je le voudrais, comme Lombroso qui, fort étonné et rendu perplexe par l’article de G. Pouchet, écrivit au célèbre professeur d’histologie de Pavie, à Golgi lui-même, pour avoir son sentiment sur ce travail. Voici, sans commentaire, la lettre par laquelle Golgi a répondu à Lombroso :

« Pavie, 15 mars 1887.

« Dans l’article de 0. Pouchet : Remarques anatomiques à l'occasion tle la nature de la pensée , je ne vois d'anatomique qtule titre. Tout l’écrit, je le jugerai plutôt une fantaisie anatomo-physiologique (una fantasia annlomo-fîsiologica). Avant tout, pour m’assurer une base anatomique, je démaillerai : Où sont et quels sout ces éléments du tissu cérébral que P.obin a voulu baptiser du nom de myélocytes ? Vraisemblablement, il ne s’agit point d’éléments nerveux. S’ils le sont, certes Kob.ii na pu le dire, parce qu’il manquait du critérium indispensable pour juger de la nature nerveuse des diverses catégories d’éléments constituant le tissu cérébral.

« Cela suffirait pour qualifier de fantaisiste un raisonnement tendant à démontrer qu’à ces éléments incombe l'une ou l’autre des fonctions spécifiques relatives au système nerveux.

c Mais il y a plus. A mesure que progressent nos connaissances sur l’anatomie fine des organes nerveux centraux, il apparat! toujours plus clairement que, comme il existe anatomiquement, il doit aussi exister fonctionnellement un lien étroit entre les diverses

catégories d'é'émenis neiveux, et qu‘une délimitation rigoureuse de groupes cellulaires ou de zones nerveuses est impossible. Aussi, vouloir localiser avec précision une fonction dans un élément ou dans un groupe plus ou moins étendu de ces éléments, c est un pur artifice.

« De catégories cellulaires qui aient uneindépendanceanatomique quelconque, je n’en commis pas. Cela étant, de quel droit localiser une des fonctions spécifiques des organes nerveux (les facultés intellectuelles!) dans tel ou tel groupe de cellules?

« Si je disais que les fonctions dites intellectuelles représentent la somme des activités coordonnées de tous les éléments nerveux — aucune catégorie exclue, — je pourrais bien faire, à l’appui de celle idée, un raisonnement à hase anatomique, mais je m'en garderai bit n, car, sans fapparaüis nécessaire des détails techniques d’histologie, qui ne seraient pas ici à leur place, à mon tour, je pourrais être taxé de faire de la fcmtaisie. 0. Golgi 1 . »

Revenons à l’étude des variations thermiques, et, en particulier, à celle du refroidissement du muscle, telle qu’elle existait avant les recherches thermo-électriques des physiologistes italiens sur la température des centres nerveux durant le travail psychique. Dans sa réponse à A. Gautier, Ch. Richet a rappelé que Béclard avait établi que, en outre du phénomène résultant de toute contraction musculaire, c’est-à-dire de la production de chaleur, un phénomène inverse accompagnait le travail positif du muscle : la chaleur diminuait. Des expériences faites par Béclard sur luimême, à l’aide de thermomètres gradués en 50° de degré centigrade, prenant la température au travers des téguments, il résultait que la contraction musculaire statique, c’est-à-dire celle du muscle dont la puissance est maintenue en équilibre par une résis-

* Archivio dt psichiatria, sienze penoli ed antropologia criminale, VI1 ï (1887), J00. Cf. J. Chatin. La cellule nerveuse. Etudes d'hiuoloyit: zoologiques sur la forme dite myèlocite. Paris, 1890. « Il serait certainement prématuré, dit fauteur, de vouloir définir le rôle de ces cellules. »

tance qui n’est pas surmontée, développe toujours une quantité de chaleur supérieure à celle de la contraction musculaire dynamique, c'est-à-dire accompagnée d’effets mécaniques extérieurs, de travail utile ou positif 1 . Bédard en tirait dès lors cette conclusion, que « la contraction musculaire n est pas une source de chaleur à la manière dont les physiologistes h* pensent, mais qu’il n'y a que la partie de la force musculaire non tttilisêe comme travail mécanique qui apparaisse sous forme de chaleur ». Ailleurs, Béclard note expressément que ;< la quantité de chaleur qui disparaît du muscle quand il produit un travail mécanique extérieur, correspond à l’effet mécanique produit. La chaleur musculaire n’est que complémentaire du travail mécanique utile produit par la contraction. Quand l’animal est en mouvement, une partie des actions chimiques qui s’accomplissent dans les muscles a pour équivalent le travail effectué par ce mouvement; le reste seul apparaît sous forme de chaleur. Par conséquent, à*une même somme d’action chimique produite dans l’intérieur des muscles, répond un dégagement de chaleur moindre dans l’état de mouvement que dans l’état de repos* ». Et l’éminent physiologiste, voyant clairement, dans une sorte de vision prophétique, toute la portée de sa découverte, écrivait ces paroles, qui en résument la haute philosophie, et auxquelles l’avenir le plus lointain n’aura sans doute rien à changer : « Il s’agit de la transformation et de

1 J. Bédard. De la chaleur produite pendant le travail de la contraction musculaire. C. R. de l’Acad. des sciences, 1860, l, 471. Cf. Archives générales de médecine, XVII, 1861.

* J. Bédard. Traité élémen aire de physiologie, 7* édit., Caris, 1880, I, p. 560-551. Cf. II, 60 sq.

la corrélation des forces, Tune des plus grandes questions de la science moderne, et ces faits rattachent lanimal, par un nouvel anneau, à l'ensemble de l’univers. »

Comparé au phénomène de thermogenèse qui, par son intensité, le masquait presque, le phénomène d’absorption de chaleur résultant du travail positif du muscle se trouvait sans doute de valeur numérique minime ; mais il existait d’une façon appréciable ; Réclard l’avait constaté dès 1860. Si l’on appliquait à l’activité musculaire le raisonnement que A. Gautier applique à l’activité psychique, on pourrait dire, comme le fait remarquer Ch. Richet : le muscle s’échauffe, donc il ne produit pas de travail. Or, on sait déjà que, dans la « phase dynamique » de la contraction musculaire, dans la phase du travail positif, le muscle se refroidit. Le postulat d’Armand Gautier est donc déjà en partie vérifié par les faits.

Dans leurs observations thermo-galvanométriques sur l’activité musculaire, Solger, Mayerstein, Thiry, Mosso, ont vu, au début de la contraction, une légère déviationdansle sens du refroidissement. Les expériences deFick, Marc Dufour et Herzen, ont aussi accusé un léger refroidissement au début du travail positif du muscle 1 . « En 1883, écrivait Herzen, ayant à ma disposition un homme et un chien, tous deux munis de fistules gastriques de trois centimètres de diamètre, j’en profitai pour fixer un thermomètre dans l’estomac, de façon à pouvoir l’observer à chaque instant. Or, pen-

1 Rev. icientif 20 juin 1885, 796. Cf. Herzen. Le refroidissement du muscle actif. Réponse à Chauveau : Sur Véquivalence du travail pAÿsiologique. Ibid., 1888, p. 188.

I*BS FONCTIONS DU CERVEAU. ggg

liant l’ascension rapide d’un très long escalief représentant un dénivellement d’environ 50 mètres homme m'a plusieurs fois donné, le matin, à jeun! un alternent de 2 « 3 dinèmes de degré, une fois de 0 4, au commencement de la montée, mais ([u i disparaissait deqa et était remplacée par une élévation avant 1 achèvement de la montée. C estlà évidemment! excès de chaleur du aux réactions chimiques. Mais, on le voit' il est précédé par un déficit, dû mus doute au traçait mécène considérable. „ Chez le chien, l’abaissement de la température a paru plus marqué encore • i a une lois atteint huit à neuf dixièmes de de-ré’

cnnîf r 0 aSCCnsion très ra Pide. « Je crois donc! conclu Herzen, que, dans certaines conditions, on

peut observer un abamement bien réel au début d'un

* S ;f‘ mcn M exercice provoque bientôt e dégagement d un excès de chaleur. Ainsi, toute contraction musculaire manifeste deux phénomènes de sens contraire : 1» un phénomène physique, absorbant de la chaleur et déterminant un refroidissement du muscle actif; ."un phénomène chimique, produisant

muscle^ eUF 6t da " rrninant un échauffement du

Mais une démonstration éclatante de ce phénomène a ete donnée par Laborde‘. Ce physiologiste étudiait les variations de la température dans le muscle actif; d avait établi que la fibre musculaire, séparée de ses connexions nerveuses et circulatoires, possède un pouvoir propre de calorification, dont la source ne peut

•“ circulation. C. U Z‘ £,*?*"** *

être que dans les processus chimiques du tissu musculaire, lorsqu’il assista, dit-il, à un fait des plus remarquables :

Cinq minutes après la section du bulbe (chien), la mort générale étant réalisée, nous provoquons, à ia façon de M. Ch. Richet, le tétanos électrique, en faisant passer le courant maximum dans toute la longueur de la moelle : tout le corps de l’animal est violemment soulevé, ne tenant que par les attaches qui fixent l'extrémité des pattes, dont les muscles sont en tétanisation, de même que tous les muscles du corps. Pendant ce temps, la colonne du thermomètre intra-muscuiaire qui, avant l’expérience, marquait 39°43, descend progressivement, et, vers la quarante-cinquième minute, a baissé de sept vingtièmes de degré. On cesse l'électrisation et nous voyons aussitôt la colonne remonter à 39° 16, et dépasser le cliifTre initial. Après quelques minutes de repos, répétition de l’expérience; provocation d’un violent tétanos généralisé ; mêmes effets de projection et de soulèvement du corps, et, cette fois encore, abaissement immédiat et progressif de la température à 39°ii — 39 ü *. L’électricité et ses effets cessent, et ia température remonte à 39°8— 39°18.

Or, cet abaissement initial de la température, qui correspond exactement au mouvement de soulèvement du corps de l'animal, par l’effet de la contraction tétanique des muscles, représente la phase du travail utile, la phase dynamique, comme s’exprime Laborde après Iléclard; la phase statique, au contraire, ou d’énergie perdue, a toujours fait réapparaître la chaleur dans le muscle.

Il restait à démontrer que, pour le cerveau qui travaille, il n’en va pas autrement que pour le muscle actif; en d’autres termes, que le travail cérébral, psychique, ne détermine pas seulement une élévation de la température des centres nerveux dans la phase statique de leur activité, comme l’a établi Schiff, mais manifeste bien, au début de cette activité, dans la

phase de travail, un refroidissement appréciable

ainsi que le postulait Armand Gautier. "

Une première démonstration de ce fait fut donnée par Corso, qui, expérimentant sur des animaux narcoses a>ec et lier (chiens, chats), les soumettait à 1 observation aussitôt après l’ouverture du crâne avant 1 apparition des processus inflammatoires: ot so n implantait qu’une aiguille thermo-électrique soudure; dans la masse cérébrale, au lieu de deux (• chifl), qu il réunissait au galvanomètre 1 . Les critiques que Tanzi a adressées aux expériences de Schiff atteignent donc aussi celles de Corso : la présence ! 7° r'f llIe ^ermo-élec trique dans la pulpe cérébi .île détermine nécessairement un trouble local plus ou moins grave de la région explorée, si bien que l a déviation galvanométrique révèle plutôt les phéno menés pathologiques d’un tissu altéré que l’état des onctions physiologiques de l’organe. Quoi qu’il en soit Il résultait des expériences de Corso, que les excitations provoquées, quelle que fût leur nature, déterminaient bien moins, la plupart du temps, une élévation de la température cérébrale, qu’un refroidissement

organe. Ainsi, en face des observations d’hvpérthermie du cerveau actif, si bien étudiées par Schiff se dressaient en quelque sorte les observations d W thermie notées par Corso à peu près dans les mêmes conditions.

Tanzi devait concilier ces résultats expérimentaux en apparence opposés, mais également vrais, fl montra qu en accordant une plus grande attention aux

dd cahre nd —«

variations successives de la température durant le travail cérébral, on constatait l’existence de véritables oscillations thermiques alternantes de refroidissement et d’échauffement 1 .

* Dans les expériences de Tanzi, une extrémité de la pile thermo-électrique plongeait dans la glace fondante, ce qui assurait une source constante de chaleur,

l’autre pôle venait, dans la cavité crânienne, en contact avec les méninges, par conséquent à la surlace du cerveau, sans pénétrer dans la substance cérébrale elle-même, ainsi que dans les expériences de Schiff et de Corso. Comme les variations thermiques du cerveau actif ne dépendaient, pas plus que dans les expériences de Schifl, de la circulation générale ou locale du cerveau, il ne restait qu’un hypothèse à faire : ces oscillations alternatives de refroidissement et d’échauffement ont pour siège 1 écorce cérébrale elle-même et pour condition immédiate le travail fonctionnel qui s'y effectue. Ces variations thermiques sont les corrélatifs hysiques des processus chimiques de désintégration et i’miégraùon qui se succèdent rapidement, à la manière d’une suite d’explosions nerveuses.

Que le travail positif du cerveau repose, comme celui du muscle, sur des processus de désagrégation moléculaire, ce n’est plus un postulat : c’est un fait. Que la désagrégation, c’est-à-dire l’augmentation des distances intermoléculaires, ou la décomposition de

* Tan 7 Î lliccrche Icrmo-deltrkhe sulla corteccia cerebrale in reltilionc côn gli stali emolivi. Iteggio-Emilia, 1889. liai Laboratono d. lisioîoJL dél it. Ist. di midi super... in K,renie. Ces expérience», on le voit ont été faites dans le laboratoire de physio og.e de Horence et sous la direction du professeur l.uciani, avec laide de Uano Baldi.

molécules plus complexes en molécules plus simples, s’accompagne d’une perte de chaleur, c’est là une loi do la Hiermo-chimie. Nous savons que la chaleur absorbée dans la décomposition d'un corps est précisément égale à la chaleur développée pour sa formation (Berthelot), « Si nous admettons qu’à ce travail de dissociation succède immédiatement ieretour de l’agrégat à l’état d’équilibre primitif, et que celte alternative puisse se renouveler plusieurs fois de suite dans le même groupe moléculaire, ou se répète successivement dans un certain nombre de groupes voisins, on comprendra comment notre galvanomètre, outre un refroidissement, signale un réchauffement d’égale quantité à peu près. «Les refroidissements sont dus à des processus de désintégration des centres nerveux, leséchauffements à des processus d’intégration. L’hypothermie représente le travail positifdu cerveau, la mise en liberté de l’énergie actuelle; rhyperthermie, la reconstitution organique en rapport avec la phase de repos, la réaccumulation compensatrice d’une nouvelle énergie potentielle. Ces expériences sur la température du cerveau actif sont donc en parfait accord avec celles des physiologistes sur les oscillations thermiques du muscle en travail : le refroidissement du cerveau, pendant la phase du travail positif, correspond à l’oscillation négative de la température qui accompagne le début de la contraction musculaire. C’est ce qu’a très bien écrit Tanzî lui-même dans les paroles suivantes :

« Les résultats de nos expériences sont en harmonie avec les théories que la physiologie postule pour expliquer le mécanisme des fonctions du système nerveux.

A un point de vue plus général encore, le fait qu a la production du travail fonctionnel correspond un refroidissement du cerveau, suivi dune élévation de température en rapportavec le repos, confirme avec éclat l’idée suivant laquelle il y a équivalence et convertibilité réciproque entre l'énergie psychique et les autres formes dt 1 énergie, celle de la chaleur en particulier h »

De quelle nature étaient les phénomènes subjectifs correspondant a ces oscillations thermiques du cerveau? Ltaient-ce des sensations ou des émotions? Les excitations auxquelles étaient soumis les animaux en expérience étaient des menaces, des caresses, etc. Or, il n est point douteux, pour Tanzi, que les oscillations thermiques observées au galvanomètre résultaient, non d une simple transmission des excitations sous forme sensitive ou sensorielle, mais de leur diffusion dans l’écorce sous forme d’émotion. Ainsi, les phénomènes observes étaient de nature émotionnelle, et les oscillations thermiques du cerveau étaient « le substratum physique d’une émotion, et non d’une sensation». Ajoutez que, quel que fût le point du cerveau directement exploré, — lobes frontaux, pariétaux ou occipitaux, soitdei hémisphèredroit, soit de l’hémisphère gauche, partout et toujours, on constatait ces réactions thermiques, ce qui implique que le processus fonctionnel provoqué par 1 excitation se propageait à toute la substance corticale. Le manteau tout entier peut donc prendre part au développement d une émotion intense et d une certaine duree. Gela ne veut pas dire qu une sensation simple ne puisse aussi provo-

* Taïizi. Ricerche termo-eletlriehe mlla cortcccia cérébrale, n. 32

({lier un changement dans l'équilibre chimique H Hiermicjue de l'ecorce. En somme, les excitations les plus variées, pourvu qu’elles soient capables de réveiller des passions ou des émotions assez intenses, provoquent des modilieations étendues de la température de l'écorce, ayant un caractère d’alternance ou d'oscillation positive et négative. Ces oscillations thermiques peuvent être très considérables, puisque Tanzi a noté, dans quelques cas, jusqu'à «T centigrades. Si l'on songe que, dans ces expériences, cette température étant celle des méninges, celle du cerveau devrait être plus «•levée encore, on ne peut s'empêcher de trouver ce fait bien extraordinaire. De nouvelles expériences nous paraissent nécessaires à cet égard 1 .

Ne dépendant ni du rhythme respiratoire, ni du rhythmeartériel, ces oscillations thermiques ne seraient en rapport qu’avec le rhythme de l'alternance des processus de désintégration et de réintégration. Ce rhythme se répéterait plusieurs fois dans chaque point actif de l’écorce, ou se propagerait rapidement d’un groupe moléculaire aux groupes contigus. La rapidité avec laquelle les deux séries de phénomènes endother-

Dans u le critique des travaux de Corso et de Tanzi, présentée par Uorta (Eh- le critique et expérimentale sur la température cérébrale à la mite d'i ritalions xensitivts et sensorielles , th. de Genève, 1889), mais cvideinmen inspirée par le professeur SehdT, dans le laboratoire duquel ces reeherc ses ont été faites, i! est dit expressément que • M. Schiff n a jamais observé de telles oscillations ». Voici comment le phénomène des oscilla ions thermiques observé par Tanzi est interprété dans ce travail : < Tanzi introduit sa soudure dans le crâne jusqu’au contact des méningés et la lixe aux os du crâne par un bouchon. 11 est clair nue. sVt a réussi dans sa manipulation, le cerveau, en s’abaissant dans le crâne, doit s’éloigner de l’aiguille, et, dans l’élévation produite soit par la respiration, soit par la circulation, s’en rapprocher *, p. 29, Ainsi, d’après cette interprétation, que nous devions signaler, les mouvements du cerveau seraient la cause des oscillations thermiques.

iniques et exothermiques se succèdent expliquerait pourquoi, en dépit de leur intensité considérable, ils échappent à l’exploration thennométrique. Au point de vue psychologique, ces expériences démontrent encore, ce qui étaitadmis depuis longtemps (Meynert), que '< les émotions et les pensées sont constituées par un grand nombre de processus élémentaires plus simples, qu’un examen attentif peut révéler à notre conscience, et que l'expérimentation peut surprendre, dans leur manifestation diffuse, sur les différents points de l’écorce, où ils déterminent des abaissements et des élévations de température 1 ».

Cette étude capitale de Tanzi avait été précédée d’un autre travail, de Tanzi et Musso, sur les rnrintions thermiques de la tète durant les émotions *. Dans tes nouvelles recherches thermo-électriques sur l'équivalent thermique de l’activité cérébrale, ces auteurs avaient des précurseurs : Lombard,.de Llos m(l8G(>;, Schiff (18tiT), Paul Bert(18T9) et Corso (1881 i. Quant aux physiologistes qui, pour ces recherches, s’étaient servis du thermomètre à mercure, il nous suffira de citer Broca, Seppilli et Maragliano Amidon, Maragliano, Bianchi, avec Montefusco etBifulco \ Tous ces auteurs avaient noté que la température de la tète augmente avec le travail cérébral (travail intellectuel, émotions, mouvements volontaires). Malheureusement

* Tanzi. L, c p. 37.

* Tanzi et Musso, Le vanazioni termiche del capo durante le emozioni. flicerche lermo-elettriche supra individui ipnotizzati. — Riv. di filos scientif., 1888.

* Seppilli et Maragliano. Studi di termometria cerebrale. — Riv. speriment. di fr n., 1879.

* Contribulo alla dottrina delta lemperatura cefalica. La Rsichiatria,

les Fonctions r>u cerveau.

I accord est loin d’exister parmi les physiologistes sur la signification qu’il convient d’attribuer à cette élévation de température de la tête. Ces variations de la température épicranienne correspondent-elles en redite avec celles du cerveau, et dans quelle mesure ?

Suivant Schiff. qui n’a plus vu se produired’élévation thermique à la suite d’excitations psy chiques et sensorielles, lorsque les nerfs vasculaires de la peau avaient été préalablement coupés dans les régions considérées, ce phénomène aurait une origine locale dans le tissu cellulaire sous-cutané : il ne s’agirait pas «l'une élévation de température du cerveau, mais d’un phénomène vaso-moteur du à des influences psychiques. Selon Seppilli on ne saurait nier qu’il existe quelque rapport entre la température externe du crâne et la température interne du cerveau : ce phénomène est dû non seulement à la conductibilité physique des parois du crâne pour la chaleur, mais aussi à une action vaso-motrice, produisant simultanément des variations de la circulation à la fois dans la tète et dans le cerveau.

Quoi qu’il en soit/l’anziet Musso ont institué leurs recherches thermo-électriques sur deux sujets hypnotisés, deux jeunes femmes de constitution physique et de caractère moral différents : l’une blonde, anémique, douce et sensible; 1 autre brune, robuste, expansive, capable d émotions fortes. Dans l’hypnose, les sujets sont sous la puissance absolue de l’expérimentateur, qui évoque à son gré les sentiments, déchaîne ou tem-

1 Seppilli. / mutamenti /isteo-chemici dei nervi e venlri nervoti nell aitività del pemiero. Milano-Torino, p. 7.

père les émotions, colère, frayeur, joie, douleur, pudeur, tristesse, etc. De tous les états subjectifs qui accompagnent le travail cérébral, les émotions, nous 1 avons dit, sont certainement, les plus intenses; elles se distinguent encore par leur durée et par leur tendance envahissante. Si faible qu elle soit, une émotion est toujours un processus de diffusion (Bain). Que Ton songe au nombre et à la variété des processus centrifuges par lesquels elles se manifestent au dehors : tonicité vaso-motrice, sécrétions, modifications du rhythme de la respiration, mimique, etc. C'flt que, comme la noté Meynert, dont les auteurs italiens citent les paroles au début de leur étude, l’intensité de la réaction émotive dépend, non de la sensation simple qui la provoque, mais de la nature et du nombre dés associations qu’elle réveille. L’image rétinienne d’une personne indifférente ou d’un ennemi détermine des émotions bien différentes. Les émotions offrent donc le meilleur terrain d'expériences pour l'étude de la thermogenèse cérébrale.

La pile de Tanzi et Musso était formée de deux couples en communication avec un galvanomètre : une soudure de la pile plongeait dans la glace fondante, l’autre extrémité était fixée sur la peau du sujet, soit sur la région occipitale, pariétale ou frontale, soit sur les joues. Les expériences furent répétées sur chacun des deux côtés de la tète, et toujours en des points d’application homologues chez les deux sujets. Or, un premier résultat, assez inattendu, c’est que les variations thermiques de la tète observées durant les émotions ne se sont manifestées que sur la région frontale (17 expériences). Dans 25 expériences

oh une extrémité de la pile était appliquée sur les régions pariétale, ouu : ulule, etc., de la tète, le galvanomètre est demeure immobile. Trois fois seulement, sous J'influe ne e d'une émotion intense et de longue duree, on nota de légères \uriations de température a i occiput. Les diverses émotions donnent lieu aux mêmes oscillations thermiques; seule, la peur se distingue des autres émotions par l'intensité plus grande de ces oscillations.

11 reste à expliquer pourquoi ces variations thermiques se sont trouvées localisées dans la région frontale de la tête. \ oici 1.'interprétation de Tanzi et Musse :

“ I on réfléchit, disent-ils, à la complexité <*t à la tendance envahissante aes émotions, meme de medioen*

intensité, on doit admettre que des levers corticaux variés et disséminés concourent à leur production ; plus nombreux encore et plus disséminés sont ceux qui, pris dans 1 engrenage associatif, maintiennent pour quelque temps l'émotion. » Dans de pareilles conditions, il n’est pas absurde de croire que des régions elenduesde 1 ecoree participent au développement des états émotiis, non pas tant par l’elfet de leurs fonctions spécifiques, que par l’éveil successif oa simultané de leurs représentations. Or, le travail nerveux de ces régions de l'écorce s accompagne certainement d’un accroissement local d échangés organiques et de variations thermiques correspondantes. Eh bien, si dans la production experimentale des émotions, ces phénomènes sont surtout sensibles sur la région frontale, la raison en serait que, faites sous forme verbale, les suggestions exigeaient que les sujets traduisissent d'abord les paroles en pensées; ces pensées réveillaient à leur

lotir dos souvenirs et des concepts qui, très probablement, se représentaient encore à l’esprit des sujets sous iorme verbale. Bref, « les processus élémentaires qui servent de substratum aux émotions seraient des représentations et des sensations d*un caractère essentiellement idéatif et abstrait ». Rien d étonnant, par conséquent, dans cette hypothèse, s'il se développe, dans les lobes frontaux, un travail plus intense que dans les autres parties du cerveau, et si les variations de la température y sont plus accusées. Chez les animaux, il n'existe à cet égard aucune difïérence entre les différentes régions du cerveau : c'est que des émotions provoquées par des moyens grossiers (bruit, contact, piqûre, etc.) ne sont point comparables aux processus d’association, * : complexes et si délicats, et où les représentations l’emportent sur les sensations des sujets hypnotisés.

Ln second résultat, déjà très nettement indiqué ici, c est que les variations de la température de la tète ont constamment présente un caractère décidé d’oscillation successive et alternante de refroidissement et d’échauffement. « Ainsi, concluent Tanzi et Musso, sous 1 empire des émotions, nous avons vu qu'il se produit des oscillations de température, surtout au Iront, sinon uniquement dans cette région de la tète; ces oscillations thermiques du crâne, qui ne sont que des signes atténués des oscillations thermiques correspondantes du cerveau, démontrent que, dans l’activité cérébrale aussi, agit cette loi du rhythme qui semble présider à la production de tout phénomène biologique, et qui a été élevée, par Herbert Spencer, à la dignité de principe universel de l’énergie. »

Ces résultats, Béclard les avait entrevus et ptvdits: l'œuvre des Italiens a été de les faire sortir de- faits et d’en présenter une démonstration expérimentale. Que Von réfléchisse à lu portée de la découverte* de Corso,et dcTanzi, et Ion reconnaîtra sans doute que* après celle des localisations fonctionnelles du cerveau, dont l'importance théorique et pratique demeure incomparable. il n’en a pas été fait de plus fécondé ni de plus grande dans le domaine entier de la psychologie physiologique. Iîn dépit des objections que l'on a pu faire aux expériences de Tanzi. objections que nous n'avons ni dissimulées ni affaiblies, il reste que le travail cérébral, comme celui du muscle*, est une forme de l'énergie cosmique, et que la pensée a des équivalents chimiques, thermiques, mécaniques.

La psychologie, la science des fonctions psyehîquesde la matière vivante, depuis celles du protoplasma indifférencié de certains protozoaires jusqu’aux plus hautes activités du système nerveux de l'homme, n'est donc, en dernière analyse, comme la physiologie, qu’un chapitre de la physique et de la chimie. Ces larges assises de la science future de l'esprit survivront sans doute à bien des constructions plus ambitieuses, bâties sur le sable mouvant des systèmes, non sur le roc inébranlable de l'observation et de l'expérience.

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